Variable d'ajustement
Par Mademoiselle le 18/09/09, 18:44 - Les Couteaux
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Sous-Sol
Violence

La connasse de la boîte d'intérim s'appelait "Béné", c'était écrit sur son dévidoir à scotch. Elle paraissait toujours sortir de chez le coiffeur, faisait mille petites manières avec sa bouche et saisissait tous les objets comme si son vernis à ongle n'était pas encore sec. J'ai eu envie de l'éclater des milliers de fois, de lui casser la gueule, de hurler, de foutre en l'air son bureau. Sauf que j'avais besoin d'argent et qu'elle avait le pouvoir de me trouver des "missions" d'intérim.
La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas me donner de mission sans que je sois inscrite, alors j'ai dit que je voulais m'inscrire. Elle m'a répondu que les inscriptions, c'était pas l'après-midi, mais le matin. Je suppose que c'est pour tester la motivation du chômeur, détecter les demandeurs honnêtes puisque matinaux. Je suis donc revenue le lendemain matin. Elle m'a inscrite puis a relevé la tête et m'a dit: "On n'a pas de mission pour vous". Pendant plusieurs semaines, j'ai insisté jusqu'à ce qu'elle craque et me fasse l'honneur de me confier "un inventaire".
Je me suis retrouvée quelques jours plus tard à attendre avec quatre-vingts intérimaires, sur un parking de grande surface, de nuit. On est venu nous annoncer qu'il n'y avait pas de vestiaire pour nous, et que le parking ne serait pas surveillé. Par conséquent, "l'entreprise n'était pas responsable des éventuels vols qui pourraient se produire" pendant notre nuit de travail. Nous sommes quand même tous allés déposer nos manteaux et sacs dans nos voitures, avant de nous remettre à attendre sans manteaux, dans le froid, que la petite porte s'ouvre.
Tu entres souvent par un couloir dans lequel personne n'a trouvé utile de mettre un peu de peinture sur les moellons. La lumière est dégueulasse, ça sent la poussière et le désinfectant industriel. Tu suis le troupeau jusque dans le magasin, et tu constates qu'ils n'ont allumé qu'une petite partie des néons, pour faire des économies. C'est glauque à crever.
Des inventaires, j'en ai fait des tonnes. J'ai compté des rouleaux de PQ, des livres, des fromages, des brioches, des chewing-gums dans les présentoirs devant les caisses, des tasseaux, des clous, des élastiques, des barrettes à cheveux... il y a eu des missions pires que d'autres, mais à chaque début d'inventaire, le chefaillon s'est toujours fendu d'un petit aboiement hargneux pour nous expliquer qu'il passerait au hasard recompter derrière nous. S'il trouvait deux erreurs, il nous virerait devant tout le monde. Et faudra pas compter être payé.
J'ai commencé à m'habituer aux inventaires. Le principe était simple, bien que l'organisation sous-entendait que tu n'aies plus de vie. La boîte d'intérim me prévenait parfois juste une demi-heure avant, par sms. Là, il fallait tout lâcher, filer en courant sur un nouveau lieu de travail sans savoir quand on pourrait rentrer chez nous. Parce que tu ne sais jamais vraiment quand tu auras terminé. Parfois, on te fait pointer un peu avant minuit, puis un peu après minuit, pour te passer artificiellement sur "une autre" mission. Tu te retrouves comme ça à bosser de 20 heures à sept heures trente du matin. C'était pas prévu, ou on n'a pas jugé utile de te le dire, et si chez toi on on s'inquiète parce qu'on ne te voit pas rentrer de la nuit, c'est tant pis.
Les missions à l'usine étaient certainement plus dures que les inventaires et les mises en rayon dans la grande distribution, mais finalement, le point commun restait notre statut de merde, notre statut d'intérimaire. Quand tu fais de l'intérim, tu n'es rien, tu retournes au XIX° siècle, tu es journalier. Tu dépends du bon vouloir de celui ou celle qui organise le marché à bestiaux. Tu te pointes et on te regarde les dents. Tu ne fais que passer, alors on t'appelle "Eh, toi de la parfumerie" si tu es au rayon dentifrice, "Eh, toi des liquides", si tu es au rayon des bouteilles... On te presse pour travailler plus vite, toujours plus vite, et tu te retrouves en concurrence malgré toi avec les permanents, les moins précaires, qui en retour ne t'aiment pas.On a le droit à rien, qu'à fermer notre gueule. On bosse par missions d'une semaine, on est renouvelé tacitement semaines après semaines, si on est assez docile. Il y en a qui bossent comme ça des années, dans des grandes entreprises françaises bien connues, des fiertés nationales.
Être renouvelée, c'était à la fois l'horreur et ce que je recherchais. Parce que toujours recommencer dans un lieu nouveau, avec au ventre la peur de se planter, de ne pas trouver ses marques, les repas seule le midi parce que tu ne connais personne, c'est très dur. Mais ne pas être renouvelée, c'était s'octroyer une journée, deux, voire une semaine pour souffler et retrouver un rythme de vie humain. Parce que quand tu fais de l'intérim, tu n'as pas de vacances, pas de jours de repos. On peut te virer si tu dois prendre une après-midi. Enfin, on ne te vire pas en fait, c'est juste qu'on ne te renouvelle pas.
J'ai découvert ça avec étonnement. Je savais bien qu'il y avait des gens qui bossaient dans des conditions immondes, même que je trouvais ça dégueulasse puisque j'étais de gôche. Mais quand je m'y suis retrouvée, quand je suis montée dans mon AX vieille de dix huit ans après mes huit heures de chaîne, ma pause de quinze minutes et que j'ai vu le 4x4 Porsche Cayenne du directeur de l'usine garé pas loin... Comment dire ? Ça s'est incarné, c'est devenu une sensation physique. Moi, normalement, je devais être du côté des DRH, je n'aurais jamais dû me retrouver à cette place. C'est avec mon grand-père que j'ai pu discuter de ces conditions misérables sans que cela l'étonne. Je n'ai pas trouvé que c'était bon signe.
Avant, quand j'entrais dans une grande surface, je n'imaginais absolument pas que pour que je puisse m'acheter un steak et une savonnette, il y avait des gens qui s'étaient levés à quatre heure du matin, qui avait quitté leur maison, dégivré la voiture, fait de la route et traversé ce couloir de merde pour tout installer sous une lumière glauque. Avant, je n'imaginais pas que de me délester d'un paquet de café au rayon des confitures parce que je n'en voulais plus, c'était piétiner le boulot des gens. Je n'imaginais rien, c'était magique. Les produits devaient pousser dans les rayons, comme ça... Pas besoin de traîner un énorme chariot cassé à cinq heures du matin, pas besoin d'éclater des cartons, de tenter de faire tenir des foutus déodorants droits et alignés sur des kilomètres, pas besoin de se casser le dos avec une palette d'huile bio qu'on ne peut pas se payer.
J'ai bousillé des heures de ma vie à me coller des contractures partout pour que des cinémas de merde fassent la promotion d'un film de merde avec des héros de merde en carton grandeur nature. De six heures du matin à quatorze heures sur une chaîne, rebaptisée ligne pour euphémiser le tout, avec quinze minutes de pause, et l'obligation de pointer pour aller aux toilettes. J'en arrivais à ne faire que de très techniques demi-pipi pour ne pas sacrifier mon temps de pause. J'avais mal partout, j'avais les mains coupées et ça cicatrisait mal à cause des produits chimiques contenus dans le carton. Je n'avais jamais imaginé qu'il faille sacrifier autant de mains, de dos ou hacher des vies à coup de pointage pour que certains puissent avec désinvolture balancer un paquet de chips ou une bouteille de shampoing dans un caddie. Je n'avais jamais imaginé ça.
Mais ce qui est pire, finalement, ce n'est pas un boulot dur, c'est un boulot dans lequel tu es déshumanisé, dans lequel tu n'as même plus un minimum de contrôle sur ton corps, ton temps, un boulot dans lequel tu es transparent, interchangeable, dans lequel tu n'es rien qu'un petit point d'organisation. Parce que la dureté, tu t'en accommodes, tu t'y fais. Mais ce qui est odieux, c'est de se sentir en permanence au dessus du vide, de ne pas savoir ce qui t'attend en te levant le matin, d'avoir peur qu'ils te changent de poste au pied levé, d'équipier, de lieu, sans raisons apparentes. Être balloté par des gens qui ne savent même pas comment tu t'appelles et qui te traitent comme de la merde.
Alors évidemment, ils me font rire à se demander pourquoi les gens se suicident à cause de leur boulot. On ne se suicide pas simplement parce que le travail est dur, on se suicide quand on est devenu le "rien", quand on est devenu le "jouet", la variable d'ajustement, quand on a le sentiment qu'on ne sert à rien qu'à se faire marcher sur la gueule, presser, humilier. On se suicide quand on a le sentiment que tout a éclaté, qu'on ne sait plus comment faire, ce qu'on va devenir. J'ai rarement rencontré de gens qui n'en n'avaient rien à foutre de leur boulot. En général, on essaie de faire de notre mieux, de bien faire son travail. Quand on passe huit heures par jour au boulot, on n'a pas envie de se dire que ça ne sert à rien ce qu'on fait, au contraire, c'est vital d'essayer d'y mettre du sens. C'est quand on commence à ne plus trouver de logique à la violence qu'on supporte, quand on nous enlève les moyens de faire ce qu'on nous demande pourtant toujours de faire, qu'on a envie de se flinguer.
J'ai vu que le journal Le Monde présentait des "lectures en temps de crise"... des baffes oui. Voilà les miennes :
Daniel MARTINEZ, Carnets d'un intérimaire.

CQFD, Journal de critique sociale.
Pour lire autre chose que les lots de fadaises hypnotiques que dégueule la presse respectable.







Commentaires
Bienvenue dans le Capitalisme. (et ça réapprend aussi à ne plus faire se courses en grande surface)
Mais quant reverrais-je, de mon petit village fumer la cheminée et en quelle saison, mais quant reverrais-je...
MMmmmhmmm...
La bonne sousoupe...
Miam !
Moi, pour ma part, j'ai grandis dans une merveilleuse "campagne industrielle", au sens où que t'as toujours du boulot dégueulasse, du genre empaler des poulets morts sur des crochets pour qu'ils aillent se faire découper (pas moins de 7000/jours parfois). Jä jä j'l'ai fait plus qu'à mon tour, pour me payer un no-futur de luxe en fac publique.
Ahah !
Pas le nirvana, mais un endroit tranquille, avant appelé "bocage" et constituée de tout pleins de micro-parcelles de terre cultivées par de tout petits exploitants. Une cambrousse où personne ne connaissait rien au monde ouvrier il y a encore trente ans. Pas de syndicats, pas de lutte des classes, en un endroit où le plus riche du bled était le plombier et le plus important le cureton.
Autrement dit :le paradis du papatron.
Aujourd'hui les fils et filles de paysans vont s'foutre en l'air la caboche sans compter leur heures à faire tourner la machine. Le vendredi c'est poisson dans les ref' de ces fabriques, on parle de secret story. Pour le poisson, c'est le patron qui décide. Personne n'y trouve rien à redire : au pire si t'as des envies de rebellion, la picole te les fera ravaler ! Fait pas bon d'cracher dans la soupe par ici.
C'est bien, on dit rien : on va pas se plaindre, y'a tellement de chômeurs qui rêveraient de nous piquer nos tafs... Alors aller ! on travaille pour rien et on paye pour le gentil patron qui vient du nord et qu'en à eu marre de ces râleurs d'ouvriers gauchistes de Lille ou Strasbourg ! Nous on fera pas comme eux, on fera comme on nous dit. Même que bientôt on sera des "gentils-hommes-du-XXI°-siècle"
Le paysage est devenus un immense abreuvoir à usine, il produit le lait, les oeufs et les animaux pour faire les pizzas micro-ondes et les brochettes mexicaines. Il est tout plat, il n'y a plus d'arbres.
"C'est beau tant de réussite", pense la majorité des gens du coin...
Moi je me rappel l'enfance avec les petits troupeaux de moutons et de vaches. La guerre avec les copains dans les sous-bois. Aujourd'hui les copains ont des emprunts sur quarante ans pour la BMW et le pavillon moche. Où ils se bourrent la gueule.
Ce cliché déambulant, ce cauchemar de croissance positive en temps de crise, ce n'est pas un énième rêve malsain de papa Michelin, c'est la Vendée.
@plop : Merci pour ce très beau commentaire.
@eric : ?
@GouineMum : En même temps, faut bien écouler les intérimaires ET les poulets en batterie.
Si "on" estime encore que cette intervention est hors sujet c'est à désespérer...
Jean Jacques Liabeuf
Le 2 juillet 1910, à Paris, à 4 h 47, Jean Jacques LIABEUF, est guillotiné.
Né le 11 janvier 1886 à St-Etienne, ce jeune ouvrier cordonnier au chômage commet quelques larcins qui lui valent une interdiction de séjour dans sa ville natale. Il s'installe à Paris. En juillet 1909, il est arrêté par deux agents de police qui le font condamner le 14 août, à trois mois de prison et à une nouvelle interdiction de séjour, pour "proxénétisme". Condamné injustement, à sa sortie de prison, il décide de se venger de cet affront sur des agents de police. Le 8 janvier 1910, armé d'un pistolet et de deux tranchets de cordonnier, protégé par des brassards hérissés de pointes acérées (de sa fabrication), il tue un des policiers, blesse le second à la gorge et en envoie six autres à l'hôpital avant d'être arrêté.
Le socialiste révolutionnaire et antimilitariste Gustave HERVE, prend sa défense dans le journal "La Guerre Sociale", son article "Doit-on le tuer ?" fait scandale et lui vaut d'être condamné le 22 février, dans un procès tumultueux, à 4 ans de prison. Initiée par les anarchistes, l'agitation gagne alors toute la gauche et la condamnation à mort de Liabeuf le 7 mai, est l'objet d'une énorme manifestation.
Son exécution dans la nuit du 1er au 2 juillet se fait dans un climat d'insurrection, un agent est tué et des centaines de manifestants blessés dans les affrontements avec la police. Jusque sous le couperet de la guillotine, Liabeuf n'aura de cesse de crier:"Je ne suis pas un souteneur".
P.S.: je n'aime pas la langue du CQFD
@Isa : "On" ne publie pas les invectives qui entraînent de stériles duels. "On" n'aime pas modérer, c'est terriblement pénible, mais "on" a déjà suffisamment prévenu et fait preuve de patience.
À propos, pour pouvoir juger de la langue de CQFD, un extrait :
Il y a probablement plusieurs rédacteurs dans le CQFD... Tout du moins la forme de ce passage-ci ne me plaisait pas ce matin:
"Les nouveaux agitateurs sociaux"
Extraits : "Trop sympa, Manuel, ton indulgence pour le prolo ignorant tout de la stratégie publicitaire. Mais même si on n'existe aujourd'hui que si on passe à la télé, tout le monde n'a pas forcément envie de tortiller du cul pour plaire aux journalistes. A moins de vouloir faire carrière... Car les médias adorent, ces enfants terribles, anticapitalistes mais gentils".
Je ne dis certes pas que le fond (les informations et la priorité donnée à certains sujets sur d'autres) ne me convient pas. C'est un journal et c'est par conséquent informatif. Il me semble que j'ai du temps et assez de moyens à ma disposition pour satisfaire à l'information et c'est pourquoi je préfère des textes critiques qui prennent plus en considération ou la globalité ou des aspects des moyens de pouvoirs moins "visibles". J'ai cette chance, je ne le nie pas, de pouvoir assez "confortablement" réfléchir et écrire à partir de telles lectures et quoique mes écrits ne font, loin s'en faut (ici même) l'unanimité. Aussi j'admets que l'existence de CQFD est assez certainement la survivance d'un temps spectaculaire qui n'a déjà plus court (aussi paradoxal que cela puisse te paraître) et j'estime probable qu'il disparaîtra et ne sera pas remplacé quand délivrés des "derniers" obstacles les gens du spectacle sauront définitivement qu'ils peuvent aller jusqu'à la suppression de cette presse critique.
Pour appuyer mon propos un fait et une référence.
Le fait c'est que rien ne change au réél en dépit des nombreux articles sur les suicides dans les entreprises et l'on en lit depuis quinze ans. Rien ne change, tout s'aggrave.
La référence qui l'explique est extraite des commentaires sur la société du spectacle;
"Semblablement, la mise en place de la domination spectaculaire est une transformation sociale si profonde qu’elle a radicalement changé l’art de gouverner. Cette simplification, qui a si vite porté de tels fruits dans la pratique, n’a pas encore été pleinement comprise théoriquement. De vieux préjugés partout démentis, des précautions devenues inutiles, et jusqu’à des traces de scrupules d’autres temps, entravent encore un peu dans la pensée d’assez nombreux gouvernants cette compréhension, que toute la pratique établit et confirme chaque jour. Non seulement on fait croire aux assujettis qu’ils sont encore, pour l’essentiel, dans un monde que l’on a fait disparaître, mais les gouvernants eux-mêmes souffrent parfois de l’inconséquence de s’y croire encore par quelques côtés. Il leur arrive de penser à une part de ce qu’ils ont supprimé, comme si c’était demeuré une réalité, et qui devrait rester présente dans leurs calculs. Ce retard ne se prolongera pas beaucoup. Qui a pu en faire tant sans peine ira forcément plus loin. On ne doit pas croire que puissent se maintenir durablement, comme un archaïsme, dans les environs du pouvoir réel, ceux qui n’auraient pas assez vite compris toute la plasticité des nouvelles règles de leur jeu, et son espèce de grandeur barbare. Le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme éclairé."
Mlle S : "En même temps, faut bien écouler les intérimaires ET les poulets en batterie." On pourrait aussi mettre tous les poulets en batterie et faire faire leur job par des interimaires et des précaires...
"?" Mademoiselle S ? Le mystère c'est la saison óu la cheminée fume et la taille du village !
Le pire c'est quant on est en proie au pouvoir d'une gérante d'un anonyme dyscount du coin de la rue, qu'elle est frustrée par je ne sais quel mal-être existentiel et qu'elle manifeste ce pouvoir et sa frustration sous forme de harcèlement envers ses salariés et son propre mari et qu'on est incapable de se défendre jusqu'à être poussé à la démission.
Qu'on fini par se sentir lâche en se demandant si on aurait pas mieux fait de lui collé un coup de casque histoire de la remercier de sa connerie.Mais qu'on ne le fait pas et pourtant...
Le mystère c'est la saison óu fume la cheminée, la taille du village en comparaison de mon village et ce que représente "symboliquement la cheminée et sa fumée" !
Et quid de nous dans tout ça ?
"Ça s'est incarné, c'est devenu une sensation physique. Moi, normalement, je devais être du côté des DRH, je n'aurais jamais dû me retrouver à cette place." : C'est en le vivant qu'on comprend vraiment la notion de capital social de Bourdieu. Quand on en vient à regretter de ne pas avoir fait de BTS action commerciale, qui ne nous aurait pas valu de nous griller les neurones dans un travail abrutissant (quelques années de télémarketing et de sondages, pour ma part). Jusqu'à ce qu'une amie qui, elle, avait un BTS, raconte comment elle en vient à effectuer le travail de quatre personnes parce que sa boîte a décidé de réduire l'équipe... Difficile de conseiller les parents d'adolescents "pleins d'avenir" en ce moment, à part pour leur dire d'éviter à tout prix les études de sociologie, ça fait trop mal !
Ou des juristes employés dans les services de recouvrement des organismes de crédit. J'en ai connue une telle, douce et "inoffensive".
On m'a bien proposé un poste à la CPAM. Il s'agissait, juriste, de traquer les fraudeurs. J'ai répondu que le poste m'intéressait dans la mesure où la CAF me considèrant comme fraudeur, j'apprendrai ainsi beaucoup des techniques en usage et de l'idéologie nouvelle qui fait peser sur le voleur de pomme et sur l'innocent tous les maux de la terre. Bien entendu je n'ai pas été pris, c'était le but recherché.
En renfort du témoignage d'Isa et de sa référence à ce passage des commentaires sur la société du spectacle et pour illustrer le domaine réel du "code du travail"
Témoignage de J.C, ancien libraire en Avignon, sur les conditions et les pratiques nouvelles :
Pouy je l'ai eu au téléphone lorsque j'habitais Avignon. Je m'étais fait lourdé d'une librairie parce que je refusais de signer une clause de mutation (ce qui à l'époque ne pouvait pas être une cause de licenciement. Qu'importe personne, avocats, syndicats, n'a voulu me défendre). Je m'étais installé en Avignon depuis quelques mois à peine, j'y trouvais mes marques, pas question d'aller me perdre à Montelimar. Les racheteurs étaient des incultes et des brutes qui avaient fait fortune dans l'immobilier et dans le commerce "honnête" avec l'Arabie-Saoudite. Mon appartement a été cambriolé pour la première fois pendant la procédure de licenciement.
Pouy devait faire une lecture dans cette librairie quand je n'y étais plus. Celle qui l'avait fait venir était une cruche excitée par la cocaïne. Il y avait eu pas moins de six licenciements dans cette librairie et une quinzaine sur l'ensemble du groupe en un mois de temps. Quand j'ai appris que Pouy venait, je lui ai faxé un message. Je lui ai dit que s'il se prétendait anarchiste il ne pouvait pas venir dans cette librairie et s'il venait, nous autres, anars du coin, nous saurions le répéter à voix haute. Il m'a téléphoné par deux fois pour me demander des explications. Les pratiques de la librairie l'ont convaincu de ne pas venir.
Dans cette librairie certains membres du personnel qui est resté détournaient beaucoup de matèriel de papéterie, des bandes dessinées, plus rarement des livres. Ils (la direction ou un membre du personnel voleur qui ne m'aimait pas?) ont fait courir le bruit que j'étais le responsable de ces détournements. L'Etat a dû être bien déçu quand ses sbires sont venus cambrioler mon appartement une seconde fois, il n'y avait rien... Mais ils sont parvenus à me chasser d’Avignon à force de sales coups bizarres qui me sont arrivés la dernière année, et notamment le vol de ma voiture quelques semaines après ce second cambriolage dont le seul butin était une bouteille de parfum... et la porte fracturée n'avait pu être ouverte qu'avec des clefs ou un passe-passe. J'ai quitté Avignon. La semaine suivante un copain a vu ma voiture en centre ville. Ni la police, ni l'assurance ne m'ont prévenu qu'ils l'avaient cédé alors à un garage.
Je me souviens de ces petites plaies causées par le carton qui, si fortement cadensées, ne pouvaient cicatriser. Je me souviens de ce petit gros, chef de rayon, titulaire d'un Cap acquis au début des 70's et qui vociférait des ordres, en direction de nous tous, qui pourtant fréquentions les bancs de l'enseignement supérieur. Dans cette (non) relation se jouait la dignité de nos positions respectives : soit deux états du système scolaire, deux états des conditions d'entrée sur le marché du travail, et pour finir d'entrée sur le marché matrimonial (le tout bien sur à l'appréciation du conseiller bancaire). Ce type, j'aurais voulu lui enfourner les packs de briquets à l'effigie de l'Euro 96 (en 2005), trouvés parmi l'étéroclite achalandage des caisses. Mais trop mal au dos. Et trop attendu par ttes les Béné du monde. Et par la Sainte famille, qui a tt vu, et tt laissé s'effrondrer sous ses pieds, par "petits pas", par convocations successives aux urnes, vidées de sens ... L'appel de la forêt.
Bien solidairement.
Bravo pour votre remarquable critique, ou photographie pour être plus juste, pour nous, les intérimaires et les nouveaux oubliés des combats sociaux, qui se tapent des boulots de merde, et dire merci madame la fransse.
Où est cette solidarité ? la lutte des classes à laisser place à des rayons de karcher, de made in china et de halal que de grands arnaqueurs nous vendent pour mieux nous entuber.
salem
@canthilde : ça fait mal, certes... En même temps, étant donné que je me demande comment on peut encore avoir l'idée de faire des gosses... alors les désorienter à l'école...
@La Sonate à Kreutzer : Si ça se trouve, on s'est croisé sur ces missions... qui sait ?
@un humainsulman : "La lutte des classes a laissé place à des rayons de karchers, de made in china et de halal". J'aurai pas mieux résumé.
Beau témoignage vécu et réflexion lucide sur le travail.
Pour les bouquins je me permets aussi de recommander chaudement "tribulations d'un précaire" de Iain Levison. Ca se passe aux States mais les problèmes sont les mêmes et il trouve le moyen d'arriver à nous faire rire sur des sujets qui ne sont a priori pas franchement risibles.
Mon coup de gueule dans le coup de gueule:
C'est une belle peinture de la réalité. Mais j'ai toujours trouvé complètement con de se "délester d'un paquet de café au rayon des confitures", c'est comme jeter un mégot de cigarette par terre dans la rue: il ne se bio-dégrade pas tout seul, des gars passent avec des balais tous les matins vers 6h pour les ramasser.
(que personne ne vienne me dire que "ça fait des emplois en plus", ça m'énerve)
Alors oui, la vie c'est compliqué, ça demande de réfléchir à plein de choses à chaque instant - parce que chaque acte a des conséquences.
On oublie que par le moindre écart de conduite, on autorise et justifie tous les écarts des autres.
Car les échelles de valeurs sont différentes.
Tu saccages les valeurs de quelqu'un, il ira saccager celles de quelqu'un d'autre (sauf cas très rare d'une personne qui a accepté d'être piétinée par la vie).
Ce n'est pas très intelligent mais c'est la nature humaine. Une partie de notre éducation devrait nous apprendre à composer avec.
@Zlotzky : Merci pour la référence ! J'en profite également pour dire que Martinez, dans Carnets d'un intérimaire (cité en fin de billet), parvient aussi à nous faire rire.
Voici le l'ouvrage de Levison :
Plus un extrait du livre ici.
@F : Pour le paquet de café au rayon confiture, j'en remets une couche si je puis dire. C'est lourd quand on bosse en grande surface de se retrouver avec cinquante trucs d'autres rayons. Avant de se lancer dans la facing (l'aligment pour faire joli) et après avoir déballé des tonnes de marchandises, faut courir -le temps est très juste avant l'ouverture du magazin- avec son carton de produits divers dans tous les rayons pour les replacer...
Idem dans les magasins de fringues, ne remettez pas tout n'importe comment. J'ai entendu une mère dire à son gosse une fois "Oui, c'est tombé mon chéri, mais laisse, il y a des gens pour ramasser ça". Ahahaha. Les abrutiEs travaillent dur à élever de futurs abrutiES...
mademoiselle tu es un petit bijoux
je me reconnais dans le témoignage que tu nous fais...on peut aussi remercier cette fameuse crise qui a été une bénédiction, une caution pour le patronat : plus de licenciement, plus de contrat précaire, plus de pression...et tout ça avec l'aide d'un gouvernement aussi incompétent qu'inhumain...bref ça risque pas de s'arranger
merci en tout cas à toi...
pour le CQFD je suis abonné et c'est un vrai plaisir de lire leur articles bien plus indépendant que le canard enchainé
@raja : Merci, c'est toujours agréable les compliments.
Pour CQFD, je ne peux qu'encourager les gens à le lire, à visiter leur site, mais SURTOUT à l'acheter et encore plus, à S'ABONNER (17 euros pour les petits budgets, gratuit pour les détenus, 2 euros pour les anciens numéros...), si on veut les garder, les sauver même parfois, parce que ça n'a pas l'air évident tous les jours.
Je précise que je n'ai évidemment pas d'actions dans le journal et que je ne touche rien pour faire leur promo. J'aime les lire, ça me fait du bien, je les trouve bons et utiles.
C'est tellement rassurant, aussi, de se dire qu'il y a toujours un esclave, plus bas que nous, pour s'occuper des basses œuvres...
J'ajoute concernant CQFD que c'est un journal entièrement autofinancé à l'heure actuelle, qu'ils ont besoin d'abonnés pour survivre sans recourir à la publicité - péril qui les menace actuellement. (je sais pas vous, mais moi les pubs pour Renault, EDF ou les instituts de hautes études stratégiques et consorts dans le Diplo, ça m'a toujours laissé un goût amer...)
@Iyhel : J'allais le dire. Ça fait mal ces pubs dans le diplo. Erk Erk Erk. frisson. Erk Erk Erk.
Mlle S : Concernant les magasins de fringues : le comble de l'horreur est d'y bosser comme extra en temps de soldes. ObnubiléEs par l'appât du peudo-gain dans la dépense (faut le faire), les clientEs y jettent quasi systématiquement tout par terre. Vécu par des amies.
Vouais, je plussoie les bravo pour cet article, et les encouragements à s'abonner à l'indispensable chien rouge (mordre et ne rien lâcher, didjiou !).
Exploitée pour exploitée, en mes jeunes années j'avais choisi de faire plutôt du ménage dans les bureaux, les musées... ; les horaires ne me dérangeaient pas alors, on ne voyait personne d'autre que l'équipe, et on se marrait autant qu'on pouvait . On se serrait les coudes aussi, le petit chef était loin. Mais j'ai toujours un goût amer quand je pense que moi, j'ai fait ça quelque temps avant de m'en échapper, tandis que mes ex-collègues, elles, n'ayant pas d'autre possibilité, y sont toujours...
Aujourd'hui, je m'exploite moi-même comme soutière du tertiaire (quel progrès). Grompf !
Une fois j'étais dans un local d'un mouvement de gauche anticapitaliste, et au mur y avait un papier avec écrit un truc genre
"un bon révolutionnaire ne jette pas ses mégots par terre. citation de Léon Trotski"
je sais pas si c'est une vraie citation ou pas mais ça m'a fait rire.
CSP "apprend" le féminisme, toi tu "apprends" l'anticapitalisme. Et ça fait mal, très mal, j'en ai fais récemment les frais dans le travail saisonnier (duquel je me suis fait virer au moment où j'allais me déshumaniser et devenir une machine à ramasser des melons) J'ai la cahnce de n'avoir pas à y rester, mais bon je ne regarde non plus plus jamais un étal de fruits et légumes de la meme manière.
Bon courage et bonnes luttes.
@Greg: Je pratique les travaux saisonniers depuis un certain temps. Ils sont pénibles et la robotique est une menace pour la santé mentale et le corps. J'ai cependant toujours regardé les fruits et les légumes comme d'authentiques "miracles". Je ne les trouve pas responsables...
Debord disait de nos sociétés qu'elles disposent de tous les moyens techniques et culturels; et qu'il faut simplement en changer l'organisation et le sens.
Que demeurent les fruits et légumes
(et tout à fait accessoirement, à lire tout ceci je me félicite de mon boulot principal actuel... qui est sans aucun filet mais aussi sans laisse)
A voir sur le sujet du suicide au travail, de la violence des relations au boulot, du sens à trouver et que l'on n'a plus quand on vous licencie, le film "Sauf le respect que je vous dois", avec le très talentueux Olivier Gourmet.
A la chaîne chez Brun (à l'époque où ça existait encore, juillet 1968) je me souviens que, sans aucune égratignure, le sang suintait sur la face de mes pouces utilisée pour appliquer le scotch sur les cartons.
Quand je sortais, 5h/13 h avec une mini pause de 20 minutes et une autre pour aller pisser (et dépêche toi) pendant qu'on me remplaçait à la chaîne, je n'arrivais pas à marcher droit.
Je me couchais, me réveillais vers 20 heures pour manger, me recouchais pour me lever quelques heures plus tard, encore (ou déjà?) épuisée.
Les vieilles tenaient mieux le coup, au point de faire, en plus, des ménages l'après midi. Mais au prix d'une méchanceté abominable, quelle triste vie.
Que 40 ans plus tard ça ait si peu changé, que ça se soit même aggravé, comment l'accepter?
cultive ton jardin : Ça doit se combattre, pas accepter.
Je signale une autre lecture qui fait du bien, en BD, et qui fera plaisir à 'plop' - (ça se passe pas loin de chez lui, d'ailleurs):
Les Mauvaises gens, d'Etienne Davodeau (Delcourt).
Une description tendre, juste et cruelle de l'exploitation moderne version usines à la campagne (pas bucolique du tout).
C'est superbement dessiné et ça colle bien la rage.
C'est une belle peinture de la réalité
Une question pour tous et plus sûrement pour toutes. C'était un soir d'ivresse. Nous étions conviés par le patron d'un bar après la fermeture de son établissement à y demeurer. Une femme, passablement ivre, dont nous avons pris soin a été coucher dans la pièce voisine. Elle y dormait depuis trois heures je suis, à la suite de son cousin, allé la voir. Plongée dans la pénombre j'ai éclairé la pièce à la flamme de mon briquet. Je me suis accroupi et je lui ai dit des mots gentils. Qu'on ne se connaissait pas mais je l'avais observée, qu'elle était ivre certes mais qu'elle semblait animée d'une volonté de vivre que j'ai trouvé réconfortante et qu'ainsi je la trouvais belle. Elle a ouvert les yeux. Je lui ai demandé si je pouvais caresser son visage. Elle a hoché la tête favorablement. Ma caresse, ses yeux fermés. Après un moment je lui ai demandé si je pouvais l'embrasser, un baiser léger sur ses lèvres. Elle n'a réagi. J'ai supposé qu'elle dormait. Je n'ai pas insisté. Peu après elle s'est réveillée et levée.
Des copains me disent que j'aurai dû l'embrasser sous prétexte qu'une fille qui se fait caresser le visage est consentante. Je dis que rien n'est moins sûr et qu'une caresse n'engage pas nécessairement un baiser aussi léger soit il comme le joint n'amène pas forcément à la consommation de drogues dures. Vos avis si je peux les recueillir?
Qui était allé voir Proust en lui disant que telle femme était parfaite et Proust insistait pour lui faire admettre qu'elle ne l'était pas. Ils s'étaient fachés. Cette question nous fachera-t-elle?
C'est quoi l'idée Isa ? De nous montrer que toi t'es un mec bien car tu n'as pas agi sans le consentement de cette nana alors que tes potes, eux, l'auraient fait ?
Peut-être est-ce une vraie question... Mais tu y réponds dans la question.
Ceci dit, il serait intéressant de faire un billet sur le (non) consentement.
Je passe sur la haine de I.. J'attendais des manifestations haineuses... Pour en venir à toi Mlle S: oui je crois que c'est une vraie question. En tous les cas elle m'occupe beaucoup et pas cette fois seulement. Croyant que j'étais timoré à l'égard des filles et ne supposant qu'il puisse s'agir simplement d'avoir une exigeance de consentement sans équivoques, un ancien de mes camarades, psychanalystes m'a dit "il faut les "violer" les filles"... J'ai trouvé l'expression, accompagnée d'un sourire de connivence et d'encouragement, assez incongrue... Je suppose que ça ne manquera pas de vous intéresser car cette croyance est assez répandue..
Pour en revenir à I.: ce que je puis dire au virtuel je ne le dis pas au réel. Qu'aurai-je à gagner de me mettre en valeur au virtuel, sur ce point précis? Des baisers par pixels? Un Coït http? Mieux une union de ma main droite?
Ce qui prouve que vous êtes démesurément attachée au virtuel, que je vous plains de l'être parce que vous y manifestez de la haine. Je ne vous hais pas.
Je trouve que le problème consiste à vouloir échafauder des théories selon lesquelles tel acte égale (non)consentement....
Comme tu dis rien n'est moins sur que ce qu'elle souhaitait. Ni nous ni tes copains ne sont compétent en la question et c'est bien ça qui compte.
Il va de soi qu'une fille ivre ne risque pas de pouvoir exercer son (non)consentement donc dans ce cas précis je vois pas ce qu'on peut faire de mieux que s'abstenir.
Enfin je sais pas mais communiquer son désir sans mettre de pression sur l'autre en s'assurant qu'il peut y répondre en son ame et conscience c'est si difficile?
Je vois pas ce qu'on devrait faire de plus pour que les choses se passent au mieux
on s'arrête là l'invective personnelle. Je peux vous mettre en relation par mail si vous le souhaitez.
Sinon, sur le fait de violer les filles, ça me rappelle ce billet "Si un homme est trop respectueux d'une femme, il ne bande pas"
@nananimp : Je n'avais pas vu ton commentaire... Les joies de la modération... On file sur l'affaire de polanski là du coup...
Isa:"un ancien de mes camarades, psychanalystes m'a dit "il faut les "violer" les filles"."
Super youpiya j'adore me faire violer c'est bien connu
Enfin c'est la preuve que malgrès les mesures basiques de respects qu'implique un bonne compréhension du (non)consentement de l'autre
il y a encore un sacré boulot!!
Ouais une vraie question qui mérite probablement un billet
Puis en même temps si on y pense le féminisme consiste beaucoup à promouvoir des choses tellement basiques qu'elles devraient être normales depuis des lustres.
"Mlle S" hein je comprend pas bien ?? J'ai encore fait un truc scandaleux?
@nananimp : Non pas du tout, ton commentaire s'est intercalé. Je ne m'adressais pas à toi. Pas de soucis.
Entièrement de l'avis de nanaminp dans son commentaire 41. Rien de mieux à dire. Toutefois il arrive, grande et belle magie, qu'un homme et une femme s'embrassent sans s'être préalablement livrés à l'expression d'un consentement explicite. Et qu'ils s'aiment longtemps et encore aujourd'hui...
Mademoiselle S.: C'est un mystère pour moi qu'un homme puisse bander alors qu'il force et qu'il est rejeté avec cris et douleurs.... Je ne comprends pas...
ah ouf
Je croyais faire parti de ces cons qui se reconnaissent pas (j'en fait surement parti à d'autre égard mais bon).
J'en ai eu une magnifique illustration pas plus tard qu'hier. Rien à voir avec le billet de départ qui est génialement écrit d'ailleurs (sans exagération sincérement moi qui suis encore étudiante j'ai pu me rendre compte de certaines choses...) mais puisqu'on disgresse. Au cours d'une pause entre deux cours voilà qu'on se met à parler d'un sujet qui passionne les foules : la différence homme-femme. Tout ce beau petit monde déblatère. L'un parle du sort enviable des femmes françaises l'autre des différences possibles entre les intelects même si il avoue qu'il n'y a rien de probant dans ces foutus études. Et le comble c'est mon copain qui leur raconte des théories féministes qu'il tient de moi et dans le tout, moi la seule fille j'arrive pas a en placer une...
Je sais pas c'était effrayant leur aisance de dominants sur d'eux qui se questionnent pas (qu'est ce qu'on mon camarade sait du vécu des filles??) et surtout le côtés irrepressible du truc . Mon copain savait trés bien qui se comportait comme un trouduc (son surnom pour la semaine du coup) mais mais voilà il pouvait s'empêcher d'être le petit premier comme d'hab.
Je viens de lire "nos amis et nous" de Delphy ça collait sacrément bien pour le coup!
Faut que je travaille ma voix j'attend ma revanche avec impatience
Bon aller du coup, je suis dans une phase de logorrhée .
isa:"Toutefois il arrive, grande et belle magie, qu'un homme et une femme s'embrassent sans s'être préalablement livrés à l'expression d'un consentement explicite"
sûr mais je pense pas qu'une personne puisse en vouloir à une autre pour un baiser non voulu si vraiment il y a mauvaises compréhension et que tout s'arrête trés vite..
En fait le problème est de rendre les conditions favorables au non consentement...
Surtout que je pense que les fille ont tendance à se forcer (trop gênée pour exprimer un changement d'avis surtout vu comme on présente le désir masculin). Peut être que certains hommes sont trop gêné aussi pour exprimer leur revirement de désirs?
Sinon pour l'histoire ignoble du viol c'est aussi ruiner la vie sexuelle des hommes de la présenter avec autant de violence je trouve. Mon copain a été assez incommodé par ces images de sexualité brutales et dégueux . C'est affreusement culpabilisant comme modèle et on est obligé de s'en recréer un de toutes pièces .
@namamimp: ce psychanalyste n était-il incohérent? Après avoir dit qu'il faut "violer" les filles (et sans doute s'adressait-il à moi plus qu'à quiconque) il disait du baiser que c'est l'acte le plus intime, plus que le coït. Si l'on considère que ces deux opinions étaient tenues généralement sa cohérence serait assez "effrayante". Mais je crois qu'un des propos s'adressait particulièrement à moi et que par le second plus général il voulait peut-être conforter ma conviction qu'un baiser est intime et que je fais fort bien de ne pas "faire violence" aux filles. Sa cohérence serait alors tout à fait amicale et il conviendrait de sa première erreur.
Il m'est arrivé de me tromper en insistant (verbalement) au delà de ce qu'on attendait ou qu'on attendait pas de moi, mais je n'ai jamais pu me résoudre à risquer un baiser dont je n'étais pas certain. Je suis certainement marqué d'avoir insisté (verbalement) quelquefois alors que je n'aurai pas dû. "L'allumage" n'est pas un encouragement et on peut avoir parfois quelques peines à discerner un jeu d'un "engagement"...
Vous avez parfaitement raison de dire qu'il n'y a pas nécessairement continuité du désir, pour femmes ou hommes...
@ Isa : Les jeux de séduction tournent souvent à la déconvenue, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Il me semble aussi qu'un consentement explicite est nécessaire avant de tenter un rapprochement, surtout quand on est une femme à petit gabarit et qu'on aurait du mal à embrasser "par surprise" un grand gaillard un peu timoré ! Contrairement à ce qu'on entend souvent, les hommes ne sont pas prêts à sauter sur toutes les occasions qui se présentent (ou alors c'est juste moi qui suis très moche).
Discontinuité du désir... Peut-on passer de l'amitié sans équivoque au désir ? Ca n'a vraiment rien à voir avec le billet d'origine mais un échec sentimental poursuit au moins autant qu'une mission d'intérim ratée... Pour en revenir au sujet, vous connaissez sûrement les lettres de non motivation de Julien Prévieux :
http://www.editions-zones.fr/spip.p...
Ca ne rassure pas, mais ça défoule bien !
@canthilde: Deleuze disait, indépendamment des relations amoureuses, que de façon générale les rencontres sont des désastres...
Il y a certainement bien des façons de manoeuvrer la taille excessive d'un grand gaillard. L'époque du mouchoir est passée mais il y a encore des chaises et des manières bucoliques et adroites d'allonger dans l'herbe baignée de soleil.
Peut-être deviez-vous admettre qu'il y a peu d'amitiés équivoques et qu'elles passent au désir indique bien qu'elles n'étaient pas "innocentes" (pour l'un ou l'une au moins).
Il y a quelques années, je me levais de façon automatique comme pour une journée normale de travail. Je me mettais sur l'ordinateur pour explorer les annonces, les nouvelles, faisais des recherches sur des métiers et des entreprises, et rédigeais à tout va des lettres aux uns et aux autres... je me faisais des fichiers d'adresses et je prenais la voiture en organisant mes tournées comme un commercial bien organisé qui prospecte... tout ça pour... rien !
S'appercevoir que partout l'on est un inconnu qui a beau présenter de façon approfondie, calculée, son expérience en l'ayant théorisée, mis en valeur les capacités, les compétences développées, les avantages qu'elles apportent à l'employeur dans la recherche d'efficacité, de résolution de problème, de gain de temps et d'argent sous toutes sortes de formes, s'il n'est pas connu comme membre d'un réseau de connaissance, il n'est rien. Mais rien du tout. Les seules références qui sont retenues sont celles de grands noms, de gagnants, de gens qui ont enthousiasmé d'autres par une réussite durable ou momentanée, par des noms de gens écoutés parfois qu'on a expérimenté, sur des échanges de projets, comme dans des réalisations.
Alors je me suis fatigué de toutes ces recherches, de toutes ses interrogations, de toutes ses accusations, ces insinuations, ces doutes, ces mépris, ces rejets, ces fins de non recevoir...
Maintenant, je suis toujours à croc à l'ordinateur, attendant des réponses à mes envois de façon obscessionnelle. L'ordinateur est allumé du matin jusqu'à mon couché. le logiciel de courriel toute la journée ouvert sur un des bureaux du système, et j'attends, j'attends, j'attends...
Quoi au juste...
De l'amitié ?
De la complicité ?
De l'entraide ?
Une reconnaissance ?
De quoi ?
Dans un monde qui manifeste son égoïsme, son indifférence plus silencieuse que la mer, couverte par le brouhaha du spectacle de son égoïsme rageur, de la vanité des idoles, des mirages fascinant les foules prises par le désir mimétique d'être à la place de celui qui à le pouvoir de fascination sur les autres...
Je n'ai jamais cru en les croyances des adultes dans mon enfance. Et ma douleur lancinante m'a appris à comprendre comment ces mensonges se fabriquaient, s'entretenaient, se reproduisaient, par tous ceux qui croient, en la culture, en des religions, en la volonté de pouvoir, en n'importe quoi auquel ils se réfèrent pour se donner une contenance, un poids de fascination aux regards des autres...
Je me souviens à l'écoute de chaque convaincu de cette phrase du suplicié qui disait : "Ils ne savent pas ce qu'ils font..."
Mais moi je ne suis pas lui. Je ne crois pas que le pardon fasse changer quelque chose. Et j'ai appris à simplement faire taire toute émotion à ce constat, tout affecte, toute haine : devenir moi-même le silence du monde non-humain attendre sans temps que la fin de mon regard se fasse.
L'ordinateur est là, il ronronne. Je prends ces quelques note en me coupant d'une lecture de sciences naturelles parlant de forêts, de plantes et de vie. Parce qu'à un moment, le désir de recevoir l'autre s'est fait sentir, tout de suite arrêté par le constat du silence, du vide de la boite aux lettres.
Je me souviens de cette forêt que j'aime toujours dans mon corps. Des couleurs de ses automnes merveilleux où j'allais pleurer ma tristesse de cette solitude dans le monde humain autant que ma joie de me perdre dans la profondeur de la vie.
Parce que je me souviens aussi de ce bonheur évident de se simple sentir des bras de l'autre qui vous enserrent et me renvoient à la vie, à ma vie pour l'autre.
Et je pleurais de ne pouvoir pas encore me perdre définitivement dans ce silence dans lequel l'absence de l'autre n'est plus une souffrance.
L'essentiel est dans les bras de l'autre : ceux qui vous enserrent comme ceux qui vous suivent.
Les bras portent et expriment le travail d'échange de liens et de besoins, affectifs comme matériels. Dans un monde qui ne parlent que de savoir être, le paraître est la seule chose qu'il échange à distance.
Dans ce monde deparaître, affectif et savoir faire n'ont aucune place, aucune existence.
Dans ce monde de spectacle de foule adoratrice de la danseuse, du roi, huhant le regard de la tête que l'on va couper par la volonté cachée de l'ambition inavouable, les bras ne sont plus rien : le travail est méprisé comme l'affecte est jalousé et donc interdits.
Il reste quoi à espérer encore au petit garçon au coeur souriant et aux mains habiles à attendre d'un monde qui ne sait sentir la douceur du contact caressant ?
Qu'il s'effondre.
Mais ce monde est tellement dominateur qu'il s'est répendu jusqu'aux plus profondes forêts du monde. Et que son effondrement entraîne déjà l'anéantissement des feuillages et de ses habitants.
La mort est-elle la seule chose qu'il reste à attendre de ce monde ?
Mon coeur pleure de cette horreur car il est toujours celui du petit garçon que je serai toujours...
La démocratie: instrument suprême de la dictature...l'aliénation par la, les libertés.
ksetm : Ce dans quoi nous vivons n'est pas une démocratie, plutôt. On est en train d'en parler plus en détail ici : http://www.crepegeorgette.com/2009/...
Bonjour,
je suis aussi une variable d'ajustement dans le merveilleux secteur de l'hôtellerie, barmaid, serveuse, réceptionniste, je fais le métier qu'on me demande de faire, aux dates où on me le demande. Pas déclarée parfois, exploitée souvent, logée dans des lieux insalubres, nourrie aux restes surcuits de la clientèle ou à de la bouffe en plastique, je fais ce que nous faisons tous dans ce secteur : je me soumets. Je fume pour ne pas trop sentir ma douleur, les autres boivent comme des trous, tous les jours, toutes les nuits, parce que dans les cris frénétiques de fausse joie on n'entend plus son mal de vivre. Mais voilà, nous ne sommes là que pour 3 mois, 6 mois (vive le statut de saisonnier pour le patronat), pourquoi se plaindre ? pourquoi emmerder tout le monde avec ses remises en cause du système, avec la revendication de ses droits élémentaires ?
Allez, un exemple typique, ma dernière saison d'été : je pars sur une petite île magnifique pour un poste de réceptionniste jusqu'à la fin de la saison. Comme d'habitude je me donne à fond parce que je n'ai toujours pas compris qu'il vaut mieux s'économiser dans ce monde cheap. Une semaine après mon arrivée et mon installation ma chef me tend un contrat de deux mois au lieu des quatre convenus par tél. Elle me dira plus tard, quand les clients confirmeront, si je peux rester plus (oh, s'il vous plaît). On me déménage trois fois de logement, dont une fois en pleine nuit. J'ai trente ans, mais quand je reçois mon copain je dois prévenir la direction, bordel ! Et encore, parce que j'ai catégoriquement refusé de leur "demander la permission". Bien sûr ils n'ont pas rallongé mon contrat (enfin, si, de 10 jours, pour un gros client), et ma chef cocaïnée a pris grand plaisir à m'annoncer mon départ de la boîte la veille.
Il faut apprendre à se protéger. A ne pas, surtout pas, signer les contrats quand on n'est pas d'accord. Au bout d'un mois dans une boîte, une loi décrète qu'on est officiellement en CDI. Devenir calculateur et mesquin, brrrrrr.
10 ans que je bosse, tout le temps, que je prends ce qui passe. 2 ans que j'ai tout stoppé. Plus la force, plus l'envie, et puis cette idée dérangeante que ma vie et mes humeurs sont trop liées à mon boulot, que je ne veux pas avoir l'air un jour de ces zombies ayant travaillé à la chaîne toute leur vie et déclarant à la TV lors de la délocalisation de leur boîte "ma vie est finie, je ne savais faire que ça". Damn, mon passage sur cette terre ne doit pas se résumer à ça, c'est impossible !
Alors j'ai arrêté de consommer (surtout quand ça implique de faire travailler les gens dans les pires conditions, que ce soit les petits chinois qui ont fabriqué le briquet multi-lumineux bifonctionnel ou la caissière qui me le vend), j'ai arrêté de regarder les infos ou de lire les quotidiens, je ne lis plus que CQFD tous les mois (ils parlent EXACTEMENT ma langue, même si ça manque parfois de profondeur dans les recherches et que les journalistes ne sont pas des professeurs émérites spécialisés dans un domaine...) ou Le Diplo (justement pour combler certaines lacunes de CQFD, mais pas trop souvent parce qu'il donne un constat très déprimant de l'état de la planète) et même Courrier International (qui m'aide à relativiser nos problèmes par son ton plus léger et le tour du monde des points de vue les plus divers). Je cuisine et je cultive mon jardin, je parle à mes fleurs et aux gens dans la rue, dans le métro, à la boulangerie, au parc.
Mais chercher du travail c'est exactement ce que dit Paul (53) on dirait une citation de Bible "La..., c'est l'absence totale de reconnaissance, personne ne voit ni ne comprend tout l'investissement personnel que ça demande, personne pour dire merci ou bravo, et de quoi avons-nous plus besoin que de reconnaissance ? Se reconnaître dans le regard de l'autre, quelle joie. Mais non, chercher un emploi ça n'est jamais fini, jamais assez bien, tout le monde (famille, amis, voisins) vous demande "et t'as essayé ça ? et t'es allée voir untel ? et pourquoi tu vas pas là ?" pour vous aider, pour être gentil, mais vous voulez parler d'autre chose, faire ce qui vous plait, vous barrer de chez vous trois jours sans culpabiliser (impossible pour moi).
L'angoisse de devoir quitter votre jolie maison et vos fleurs (elles savent dire merci !) parce qu'il n'y a plus d'argent, la mésestime de soi (mais si j'ai de la valeur et je le sais, et je le dis dans mes lettres de motivation - attention on dit lettre d'accompagnement aujourd'hui / mais non je ne suis qu'une merde, 30 ans et pas de situation, même pas un CDD de merde au SMIC ! Fume, fume)
Je viens de trouver un poste de trois mois, à 35h. Les horaires sont délirants (ce soir je finis à 23h et demain je fais 7h/11h) mais c'est pas loin je peux y aller en vélo, c'est déjà ça.
D'ailleurs j'y vais. Courage à vous, à Paul, aux autres : vous êtes beaux et avez de la valeur, ne vous laissez par broyer.
Et avant d'en venir au suicide j'ai une alternative : j'irai vivre dans une communauté où le travail est remplacé (au moins partiellement) par de saines activités, par le partage et la générosité, par le bricolage et le binage, où l'on accepte nos défauts, notre humanité, où les enfants n'ont pas tous un Ipod à 12 ans, où la vie se souvient des discussions sur un banc ou des soirées sous les étoiles, où les arbres sont beaux et gardent leurs rêves d'enfant...