Naturels et Naturalisés
Par Mademoiselle le 20/04/09, 12:24 - Le privé est pathétique
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Je suis arrivée à la mairie en sortant du collège, je me souviens encore de l'allure de la femme à l'accueil. J'ai expliqué que je voulais une carte d'identité, elle a commencé à remplir des papiers pour moi. Histoire de parler, j'ai dit comme ça que la procédure ne devrait pas être longue puisque j'étais née en France, de parents français. Elle m'a alors répondu sans lever les yeux de sa feuille : "oui, mais ta maman n'est pas née en France, elle a été naturalisée".
Elle a ensuite levé les yeux et m'a fait un sourire, et comme pour atténuer ma faute, elle m'a dit que ce n'était "pas grave". Elle avait insisté sur le mot "naturalisée", l'appuyant, traînant dessus comme s'il y avait une tâche sur mes origines, un problème, un doute qui planait sur moi.
Je suis rentrée chez moi en colère, sans trop savoir pourquoi, j'ai essayé de le cacher à ma mère, j'ai pris un ton neutre lorsqu'elle m'a demandé si j'étais passée à la mairie retirer les papiers. J'ai eu peur de lui faire de la peine.
Moi j'étais fière de mes origines, ça me semblait "cool", différent des autres. Je le disais à qui voulait l'entendre, je le retrouvais l'été chez mes grand-parents, qui mélangeaient les langues, les expressions. Ma mère m'a longtemps demandé d'arrêter de le crier sur les toits. Les gens n'avaient pas besoin de savoir.
Quelques années plus tard, pour une histoire de carte grise, j'ai été obligée de me rendre à la préfecture. J'ai mis des mois à y aller. Je n'avais pas envie, je reculais, je m'inventais des prétextes. Lorsqu'on m'a pressé de le faire, j'ai compris que je n'y allais pas parce que j'avais un peu la trouille. Je ne savais pas pourquoi exactement, mais j'avais le sentiment que ce n'était pas anodin. Des fois qu'ils trouvent quelque chose. Quoi ? Quelque chose, on ne sait jamais. Mon entourage s'est gentiment foutu de ma gueule alors j'y suis allée et personne ne m'a envoyé au trou en me braquant une lumière blanche au visage. Je n'ai pas non plus été molestée. Je n'ai pas été incarcérée ou inquiétée. On m'a parlé avec beaucoup de gentillesse, j'ai eu ma carte grise tout de suite, je me suis sentie soulagée et ridicule. En sortant, juste avant la grande porte vitrée, j'ai croisé des gens au guichet des cartes de séjour. Je me suis trouvée encore plus pitoyable d'avoir eu la trouille. Assise dans ma voiture, j'ai pourtant été obligée de constater mon profond sentiment de soulagement : tout s'était très bien passé.
Par la suite, je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas que la préfecture qui me tétanisait. Il y avait aussi la sécu, les impôts, la douane volante, les flics, les vigiles, les portiques des magasins, les papiers officiels en général et le passage de la frontière en rentrant en France. Et toujours ce "des fois qu'ils trouvent quelque chose", toujours cette petite peur de ne pas être en règle.
Je crois que je le mettais sur le compte d'un vague sentiment de mépris pour les forces de l'ordre, les connards du guichet, les papiers iniques à remplir, la pouffiasse de l'accueil, le crétin au téléphone. Et puis il y a eu un feu de cheminée chez une amie, ça a pris comme ça, ça faisait un bruit de dingue, des flammèches, de la fumée. On a appelé les pompiers, on est sorti de la maison en attendant. Tout le monde avait les mains dans les poches et regardait la cheminée de l'extérieur. Moi, j'avais le nez dans mon sac pour vérifier que j'avais bien mes papiers. Comme ma mère.
Ma mère m'avait dit un jour qu'elle voulait acheter un coffre qui résiste aux flammes pour y mettre son extrait de naturalisation. Elle m'avait dit que s'il y avait un incendie, il fallait prendre les papiers avant toute chose. Elle m'avait bien montré leur emplacement. Ces papiers prouvaient qu'elle était bien française. Déjà qu'avec les papiers c'était compliqué. Alors sans.
Pour le renouvellement de sa carte d'identité française, il fallait qu'elle prouve qu'elle était bien naturalisée française. Ça la mettait en colère, aux larmes. Elle me disait qu'elle en avait marre de devoir montrer patte blanche depuis quarante ans. C'est comme ça que j'ai connu Nantes. La S.D.N. (sous-direction des naturalisations).
Au moindre papier officiel, ça ne loupait pas : lieu de naissance ? Ma mère répondait. La personne levait les yeux. Mais ce n'est pas en France ça, Madame. Non. Ma mère épelait. Un nom de maréchal de France en plus, et ces connards ne le connaissaient même pas.
Lorsque j'ai mis le nez dans ses papiers, je me suis rendue compte qu'elle avait tout gardé. Des factures d'électricité de vingt ans, des diplômes, des relevé de notes et des photocopies diverses au cas ou. Le tout était rangé selon un ordre impeccable, annoté, trié, histoire de prouver que si elle était moins naturellement naturelle que les autres français, elle était tout de même une femme bien, elle avait les preuves de sa naturalité, même douteuse.
Ce matin, je suis tombée sur un article intitulé "Besson présente la nouvelle procédure de naturalisation " dans le Figaro. Actuellement, pour tenter d'obtenir la nationalité française, il faut déposer une demande à la préfecture de son lieu de domicile et commencer à constituer un dossier, comprenant "un entretien d'assimilation". Ensuite la préfecture l'envoie à Nantes, à la SDN. Cette réforme de la procédure de naturalisation, enclenchée par Hortefeux et relayée par l'ex-socialiste Besson, prévoit un transfert de compétences vers les préfectures.
Inutile de rappeler le statut des préfets, leur rôle, leur dépendance au pouvoir.
Inutile également de mentionner les risques de cette réforme, l'arbitraire, l'hétérogénéité des possibilités d'accès à la naturalisation que cela va provoquer.
Inutile de parler de ce qui sous-tend cette réforme, inutile de dire que la France veut des naturels vraiment naturels, pas des naturels en toc, des faux, des mal nés, des métèques déguisés en bon français.



Commentaires
Allons allons, douter de la probité et de l'éthique des préfets... C'est pas comme s'il y en avait qui demandait à leur directeur de cabinet de pondre une directive à leurs services pour organiser la traque aux demandeurs lorsqu'ils viennent justement déposer leur dossier de régularisation en préfecture - Nanterre je crois ?
Ou comme si certains faisaient atterrir les sans-papiers raflés sur la côte basque à Toulouse parce qu'ils soupçonne le jug de Biarritz de plus de laxisme que son confrère haut-garonnais...
Et vu les joyeuses perspectives d'un changement rapide d'atmopshère, on peut pas s'attendre à beaucoup de désobéissance civique.
J'essaierai de faire moins de fautes le jour où je devrais prouver ma bonne et vraie nationalité française...
Pure étrangère immigrée que je suis, bien que ressortissante UE et blanche de peau, je m'amuse à chaque fois quand il s'agit de mes papiers.
P.ex. quand j'ai à tout prix voulu une nouvelle Carte de Séjour, alors que je n'y suis pas obligée. Car mon passeport, établi au consulat de mon État d'orgine, ne mentionne pas l'adresse de mon domicile. Et sans cette adresse sur un papier officiel, pas moyen de signer un chèque, ou un contrat de téléphonie mobile, ou un bail locatif, p.ex. (ni de quitter la manif anti-OTAN, récemment : filtrage par les gendarmes mobiles selon le lieu de résidence des manifestantEs)
Ma demande a plus troublé le fonctionnaire derrière le guichet de la Préfecture que le fait que je sois très visiblement transgenre (papiers à l'évidence masculins, apparence très féminine... j'en avais rajouté exprès, d'ailleurs
). Ahh, ces chers protocoles...
Concernant le racisme de l'État français qui commence à remonter même vers les générations précédentes, il est évidemment une infâmie à combattre de toute urgence.
(Soit noté en passant qu'en Alsace on est assez coutumierEs de ce genre de chicanes, comme pas mal d'aïeux de la région n'étaient pas FrançaisES mais AllemandEs, sans l'avoir d'ailleurs demandé et sans changer d'adresse. Comme quoi ce n'est pas seulement une question de couleur de peau et de pays lointains, mais tout simplement de xénophobie viscérale, au sein d'un seul pays.)
Même constatation que GouineMum concernant l'Alsace (et le fait de changer de nationalité sans avoir rien demandé et sans changer d'adresse !)
Mon père est né à Strasbourg en 1942 des amours d'une Allemande et d'un Alsacien «sujet rattaché» du Reich (puisque l'Allemagne avait annexé l'Alsace, ou plutôt que l'Alsace avait retrouvé le giron du grand Reich, selon la rhétorique de l'époque).
Il a dû réclamer la nationalité française à sa majorité, parce que les Alsaciens, en 1945, n'ont pas retrouvé automatiquement la nationalité française.
Bref : on a une vague idée chez nous, ce que ça peut signifier de se sentir parfois étranger dans son propre pays !
Le pays le plus ouvertement xénophobe d'Europe. Ce pays cumule les abjections, il y en a d'autres...
Très joli texte.
Souvent raconter une anecdote ou des éléments de sa vie est plus frappant qu'un discours.
Le père de mes enfants aussi est né de parents naturalisés et je retrouve dans ton texte cette inquiétude, latente, qu'avait mon beau-père dès qu'il fallait avoir des contacts avec l'administration, et pourtant, il avait même fait la guerre pour la France..."la patrie reconnaissante"
Je vis moi aussi dans un pays qui n'est pas le mien. C'est un choix, libre, celui de vivre avec mon compagnon et parfois ce n'est pas facile; surtout au début, quand je ne parlais pas Italien.
alors j'imagine facilement les difficultés que rencontrent les migrants qui se sont exilés pour fuir la misère ou un gouvernement inique.
Je suis idéaliste, j'aimerais que les frontières disparaissent mais c'est le contraire qui se produit, elles se multiplient et se renforcent.
J'ai le même sentiment d'être étranger devant les jeunes filles...Mais elles me disent rarement "c'est pas grave", au contraire elles trouvent que c'est grave ma demande de naturalisation... C'est étrange...
C'est toujours étonnant de voir comment nos aînés nés hors de france stockent tous les papiers, alors que nous, sûrs de notre bon droit, nous faisons confiance à Internet et à la numérisation.
Mes parents ont des cartons entiers de relevés de compte et de factures, pour prouver qu'ils ont bien vécu en France toutes les années qu'il faut, au cas où l'on réformerait la procédure d'obtention de carte de séjour.
D'ailleurs, ma mère, légalement en France depuis plus de trente ans a vu sa dernière demande de renouvellement de carte de séjour assortie d'une attente inopinée de six mois, pendant lesquels elle a eu peur de sortir de chez elle avec un simple récepissé dans le portefeuille. J'aime ce pays où les étrangers ont peur, et où leur enfants sont encore des étrangers.
Si d'éclatantes flammes n'embrasent pas les villes alors nous irons vers toujours plus de tyrannies...
Isa, si c'est vraiment si terrible ici, où donc aller ; pourquoi n'y es-tu pas déjà ? (puisque visiblement tu n'es pas en train de lancer un départ d'incendie pour faire changer les choses)
Loin de moi la rhétorique tu-l'aimes-ou-tu-la-quittes mais les palmarès ("pays le plus ouvertement raciste") sont très subjectifs et peu constructifs... Et dans notre grand marché transatlantique la libre circulation des personnes est toujours restée un mythe.
Un très bon texte.
C'est un joli portrait que vous faites de votre mère, Mlle S. J'aime bien le paragraphe qui commence par "lorsque j'ai mis le nez dans ses papiers". Réveil de souffrance. C'est d'abord : "ne touche pas à ça, ce sont des papiers", puis " les papiers sont rangés là, et il y en a d'autres là, s'il faut, si jamais tu dois...", puis un jour, on met le nez dans les papiers.
" (...) il n'y avait pas que la préfecture qui me tétanisait. Il y avait aussi la sécu, les impôts, la douane volante, les flics, les vigiles, les portiques des magasins, les papiers officiels en général et le passage de la frontière en rentrant en France. "
C'est curieux, moi aussi... alors que je n'ai vraiment rien à me reprocher. Il faut croire que ce n'est pas la violence, le pouvoir ou la force qui fait peur... c'est le fait qu'il/elle soit "légal", toute puissante. Si c'est une "racaille", on peut toujours essayer de se défendre, d'appeler à l'aide. Mais s'ils ont un uniforme, s'ils sont tout puissant... on se sent désarmé, sans défense, vulnérable. En fait, c'est très bien illustré par le "grand frère" ("big brother") qui se mettrait être tyrannique, violent, etc.
Celeste : Je précise juste que "mon" (possessif absurde) pays n'est pas celui où je suis née (dont j'ai la nationalité et où j'ai vécu jusqu'à mes 20 ans), mais celui où j'ai choisi de construire ma vie, donc la France. Que je déteste tous les jours un peu plus, mais dont je ne bougerai pas, parce que je ne recule jamais devant l'adversité, mais que je persiste à construrire ce que je veux où je veux. (cela dit, je ne suis d'aucun pays, et encore moins d'un Etat : no nation, no border)
Que dire face à ce si beau texte ?
Français "de souche" comme disent les français bon teint, j'ai choisi de quitter la France il y a plus de 10 ans pour un autre pays francophone, ce contact avec cette autre culture m'a ouvert les yeux il y a bien longtemps : la France est un état raciste, pas d'un racisme ouvert et légalisé (à l'époque), un racisme larvé, l'étranger y est considéré comme différent, suspect à priori, à la limite du non-humain, le non-blanc plus que les autres. Tout étant dans tout, les français déguisent leur propre langue pour cacher leur racisme : "nationalisme" devient "chauvinisme" alors qu'au fond la notion est la même : ce qui est fait en France est mieux que ce qui est fait ailleurs. Point. Cela ne se discute pas. Un journalisme mentionnera toujours la nationalité de l'entreprise dont il parle avec un ton protecteur pour les entreprises françaises et un ton méprisant pour les entreprises étrangères. Quand est il de la réalité ? Les dirigeants et cadres de grandes entreprises sont internationaux, la préférence nationale des entreprises est une chimère et qui est berné au final : les résidents de France, qu'ils soient français ou autre, qu'ils soient naturalisés ou non.
La nationalité et le nationalisme sont des épouvantails qui servent à justifier la haine des puissants et les rapports de force des puissants, je leur laisse, qu'ils s'amusent et qu'ils crient dans le désert, j'ai mieux à faire que de les écouter et de les regarder, je préfère tendre la main vers mon frère quelque soit sa couleur.
Merci. Une précision tout de même, j'ai oublié de le mentionner, c'est crétin, le titre fait référence à Abdelmalek Sayad, sociologue dont nous avons déjà évoqué les travaux ici...
"La France que je déteste tous les jours un peu plus".
C'est beau la détestation, c'est elle qui nourrit toutes les xénophobies. Car, qu'est-ce qu'un pays ? l'ensemble de ses habitants... vous y compris !
Ce pays qui "cumule tellement les abjections" qu'on peut être venu d'ailleurs et y être président de la république, président de l'assemblée nationale, préfet, ambassadeur, leader politique, journaliste dans un grand media, maire de son village, douanier, policier, ....
Dénoncer de mauvaises lois, lutter contre certaines mentalités est une chose, dénigrer une société dans son ensemble en est une autre.
Lyhel vous avez un nouvel ami, l'insipide jac. Vous devriez bien vous entendre et vous ferez des petits bleus blanc rouges
Isa, pas la peine d'empaler Iyhel.
Jac, oui, tu as raison, quand on veut, on peut. C'est simple, on se demande pourquoi les gens n'y pensent pas plus souvent. Ouvrons un ministère du Yaka.
Pour le reste, ça m'a fait repenser à une discussion avec une femme qui m'expliquait qu'on lui parlait toujours de sa peau mate, des ses cheveux très noirs jusqu'au jour ou elle a pris le nom de son mari, un truc qui sonnait comme Martin ou Dupont. Dès lors, plus personne n'a pensé à remarquer sa peau mate. Elle n'avait plus une tête d'immigrée, elle avait la peau cuivrée, bonne mine, un joli teint. Ah la magie du social, c'est beau.
Il y a des manières d'empaler qui feraient rougir d'envie Rocco Siffredi. Mais je n'y consens pas sans l'accord des dames. Toutes modesties gardées
Mademoiselle vous qui êtes douée et imaginative pour trouver des illustrations et y mettre des commentaires vifs et drôles, je vous soumets un projet qui fera plaisir à jac l'eventeur.
Projet: trouver une photo de flics qui tabassent un immigré ou qui encerclent un marmot de couleur. Y mettre ce commentaire (le discours de Sarkozy aux obsèques de Druon):
Nous aurions là une belle vision d'ensemble de votre sujet. Et je rappelle accesoirement que Druon se fendait d'un propos honnête et grand en 1945 : "« si on avait su, il n'y aurait pas eu de préfets et de sous-préfets pour signer les ordres de déportation, il y aurait eu moins de Juifs passifs, attendant qu'on vienne les arrêter, cousant leur étoile jaune sur leur vêtement, ils ne seraient pas restés là à attendre comme des groggys offerts aux sacrificateurs »
Sans commentaires... Il ouvrait la voie aux négationnistes...
jac : Primo j'ai le droit de détester qui et ce que je veux. Secundo, j'aurais pu dire "État français" au lieu de "France". Mais ce n'aurait pas été exact : je ne déteste pas que l'État français (qui est raciste, sexiste, LGBTIphobe, policier, hypocrite et bien d'autres choses détestables encore), mais aussi des choses en France qui ne font pas partie de l'État français (bien qu'elles soient sûrement conditionnées par lui). P.ex. un flagrante inculture du débat raisonné et une propension aux idées steriles, choses que tu sembles brillamment représenter. Mais quoi qu'il en soit, je reste ici parce que j'ai envie de changer cette société-ci et pas une autre. Chose que j'entends dire par fort peu de gens, d'ailleurs...
Mlle S. : Comme quoi le social c'est ce qu'on veut voir. Une projection.
Ma mère, petite, menue, brune et portant depuis des décennies des foulards parce que sensible aux courants d'air, s'est fait prendre mille fois pour turque en faisant ses courses (dans un pays voisin de la France, je précise), alors qu'elle n'y est immigrée ni de près ni de loin, idem sa famille. Dès qu'elle répond dans un parler parfaitement autochthone, correct et châtié, les gens se confondent en excuses...
Bonjour,
Comme le dit Céleste, l'histoire est souvent meilleure démonstrative que le discours.
Pour ce qui est des photos de pas très blancs tabassés par l'ordre républicain, ça se passait pas plus tard qu'hier dans le nord-est parisien :
http://www.rue89.com/photo-rue/2009...
Et au sujet de la fable sur le "pays où on peut tout", cf Mona Chollet :
« Chacun aura sa chance », clamait le nouveau président à peine élu. Le thème récurrent sur lequel tous ces médias ne cessent de broder d’infinies variations, et auquel nos cerveaux, de gauche comme de droite, ont développé une accoutumance pavlovienne, c’est celui de la success story. Success story du gagnant du Loto. Success story du petit entrepreneur « parti de rien », ou de la fringante bande de jeunes qui a créé sa start-up « dans son garage ». Success story du vainqueur de la Star Ac, des acteurs et des mannequins, auxquels on fait raconter en long et en large dans les interviews comment ils ont été « découverts », comment ils ont persévéré sans se laisser décourager malgré les déconvenues de leurs débuts, comment ils vivent leur célébrité et leur soudaine aisance financière, etc. Toutes ces histoires, dont on bombarde une population harassée par la précarité et l’angoisse du lendemain, véhiculent un seul message : pourquoi vouloir changer les choses ou se soucier d’égalité, si, à n’importe quel moment, un coup de chance, ou vos efforts acharnés, ou une combinaison des deux peuvent vous propulser hors de ce merdier et vous faire rejoindre l’Olympe où festoie la jet-set ? Bienvenue dans la société-casino !
(…) Les ressorts narratifs de la success story sont si familiers, elle est si valorisée et valorisante, que Nicolas Sarkozy et son entourage eux-mêmes ont tout fait pour y conformer leur biographie. Cela a parfois exigé d’eux des trésors d’imagination, par exemple pour s’inventer de ces avanies censées s’être gravées à jamais dans votre mémoire pour vous forger le caractère et aiguillonner votre ambition. Le Nouvel Observateur rapportait ainsi l’« humiliation » du président d’avoir grandi dans — on ne rit pas — le « quartier pauvre de Neuilly » : « Nicolas n’ose pas inviter ses camarades chez lui. Un souvenir le hante : le saumon fumé sous cellophane acheté au Prisunic sur lequel il tombait quand il ouvrait le réfrigérateur familial. Chez ses amis, le saumon fumé venait des meilleurs traiteurs de la ville. » Poignant, non ? (…)
in "Rêves de Droite - Défaire l'imaginaire sarkozyste"
GouineMum très bien votre remise à niveau de jac l'éventeur... et merci à vous Pescade pour des photos qui sont malheureusement quotidiennes...
Votre quotidien est très triste. Et votre façon de voir la vie aussi.
En tant que "fille", je n'ai pas fait le métier que je désirais. Je suis insultée et méprisée plus que souvent, individuellement et collectivement, des lieux me sont interdits,on me refuse le droit d'aller où je veux quand je veux car je dois veiller particulièrement à ma sécurité. Je dois me méfier des membres de ma famille, de mes amis, de mon patron, du petit ou du grand couillon qui passe. Et je ne peux même pas contourner l'obstacle en changeant de prénom.
Si je clame sur un blog que je déteste tout le monde, les hommes en particulier et la France entière, aurais-je résolu mon problème, notre problème ? Non, mais j'aurai mon petit succès.
Mais si je dis que, quand même, je préfère ma vie à celle de ma mère ou de ma grand-mère, que j'ai conquis pas mal de liberttés et que je compte bien en conquérir d'autres pour nos filles et petites filles, quelle insipidité !
Et merci pour la "flagrante inculture" et les "idées stériles". J'ignorais que ce type d'argumentation faisait partie du "débat raisonné" .
GouineMum : je ne comprends pas ce que tu veux changer. Dans d'autres débats, il me semble que tu étais islamophile, ou pour le moins hostile aux islamophobes, je ne sais pas très bien comment le dire. Est-ce que tu es féministe, dans le sens où l'on doit veiller à ce que les femmes aient les mêmes droits que les hommes ? Tu détestes la France et tu veux te battre pour la rendre différente, mais en quoi ? Quel est le pays qui te semble le meilleur pour les hommes qui y vivent ? Je sais que cette dernière question est naïve, et je ne te répondrai pas "ben vas-y dans ce cas".
jac : Tu auras la gentillesse de me laisser seule juge de ma vie personnelle, merci. Et merci de soigner ta suffisance blessée devant ton propre miroir.
Suzanne : Ce que je veux changer p.ex. c'est l'obsession si française de la vue manichéiste de la vie... (dont tu fais preuve). Je me considère effectivement comme féministe dans le sens que tu dis. Ne serait-ce que parce que la base essentielle de tous mes combats (les droits des femmes n'en sont qu'un) est l'égalité de tout le monde en droits et en faits. Je ne me considère pas comme "phile" ou"phobe" de quelque chose dans le sens que tu dis (l'islam n'a d'ailleurs strictement rien à voir avec l'exemple que je citais : il s'agit de préjugés culturels/ethniques, pas religieux, merci de ne pas confondre). Et je n'ai besoin d'aucun pays référence "ou c'est mieux" pour avoir envie de changer les choses là où j'ai choisi de vivre : s'il fallait toujours avoir un exemple existant sous les yeux pour se mettre à vouloir changer les choses, on ne progresserait jamais d'un millimètre... L'imagination au pouvoir, quoi.
"l'obsession si française de la vue manichéiste de la vie."
Tu peux expliquer ? Par rapport à un autre pays européen, par exemple.
Et préjuger, c'est juger avant, non ? mais quand on juge en voyant ?
Exemple : supposons que je n'aime pas l'obsession de la propreté chez les Suisses, concernant les rues, les endroits publics, etc. Je n'ai pas un préjugé envers la Suisse, là. Une certaine répulsion (non, le mot est trop fort, disons méfiance) etnique, si les Suisses constituent une ethnie, ou culturelle, ou ce que tu voudras, mais tu me comprends sans doute.
20 avril 2009
Naturalisations : non à l’arbitraire ! (pétition) par Alexis SPIRE, Patrick WEIL et Caroline DOUKI
(...)
Jusqu’à aujourd’hui, la procédure comprenait deux étapes distinctes : les préfectures enregistrent les demandes, apprécient le niveau de maîtrise du français et émettent un avis mais la décision finale revient à des fonctionnaires spécialisés de la Sous-Direction des naturalisations.
Sous prétexte de réduire les délais, le conseil de modernisation des politiques publiques propose de confier l’entière responsabilité de la naturalisation aux préfectures. Or, c’est justement au niveau des préfectures que les délais d’enregistrement et d’instruction des demandes sont déjà les plus longs. Cette modification, apparemment technique, ne réduira qu’à la marge le temps d’attente pour devenir français. Elle répond donc assurément à d’autres motivations et risque d’avoir des conséquences très graves pour les candidats à la naturalisation :
- elle creuserait inévitablement les écarts de délais d’instruction entre les départements et aboutirait à rompre l’égalité de traitement entre les candidats;
- elle déléguerait le pouvoir de décider qui devient français à des agents dépourvus de la compétence juridique nécessaire et davantage spécialisés dans le contrôle des étrangers;
- elle favoriserait le règne des dérogations et des privilèges consentis par les notables locaux à certaines clientèles.
Pour toutes ces raisons, nous demandons au gouvernement de renoncer à ce projet dangereux pour l’une des principales voies d’intégration à la société française et pour le principe d’égalité devant la loi.
Premiers signataires :
Caroline Douki, université de Paris 8
Alexis Spire, CNRS, Lille 2
Patrick Weil, CNRS, Paris1
NB: ne pas signer sur ce blog mais auprès de : alexis.spire@univ-lille2.fr
Quelques publications disponibles en ligne d'Alexis Spire :
Semblables et pourtant différents. La citoyenneté paradoxale des Français musulmans d’Algérie en métropole, Genèses. Sciences sociales et histoire, n°53, décembre 2003, p. 48-68.
Histoire et ethnographie d'un sens pratique. Le travail bureaucratique des agents de contrôle de l'immigration in Fournier (Pierre) et alii, Observer le travail, Paris, La Découverte, 2008.
Plus d'infos et de références bibliographiques ici.
Suzanne :
Je ne connais aucun autre pays où règne une telle manie de tout évaluer, juger, étiqueter, caser, ranger et diviser, notamment les êtres humains, qu'en France. Ce n'est le cas ni dans le pays où je suis née, pourtant réputé être "ordonné" (ce qui est très faux), ni dans d'autres qui entourent la France. Je suis d'ailleurs convaincue qu'il y a une volonté politique derrière cet état des choses : créer des "ennemiEs intéreieurEs" et diviser pour mieux régner.
"Et préjuger, c'est juger avant, non ? mais quand on juge en voyant ?"
Selon des idées qu'on a déjà toutes faites avant de s'échanger avec la personne qu'on juge ?... C'est ce que montre très clairement mon exemple. Du reste, je suis d'avis qu'on n'a pas à juger, mais à accepter et respecter la "différence" de l'autre. Inconditionnellement. Ne serait-ce que parce que nous sommes tous/-tes le/la "différentE" de quelqu'unE.
(à part ça, je crois que tu connais mal la Suisse
; non, je ne suis pas Suissesse...)
Pour la première partie de ta réponse, tu as peut-être raison, je manque de points de comparaison solides.
Tu penses qu'il y a un (ou plusieurs) pays européens dans lesquels il fait meilleur vivre pour un étranger, c'est possible.
Je pourrais dire, par exemple, que les villes du Sud de la France sont plus sales (jonchées de papiers gras, d'ordures diverses) que celles de l'Ouest, et ça comme je peux le voir, que je l'ai vu récemment, que je peux le reconstater demain, personne ne me fera changer d'avis là-dessus. Après, évidemment, se pose la question des pourquoi, etc.
"Du reste, je suis d'avis qu'on n'a pas à juger, mais à accepter et respecter la "différence" de l'autre. Inconditionnellement. Ne serait-ce que parce que nous sommes tous/-tes le/la "différentE" de quelqu'unE."
Différents et semblables, et c'est le jugement qui nous sauve.
En quoi juger nous rendrait-ils irrespectueux de la différence de l'autre ?
@ GouineMum
Pourquoi avez vous choisi de venir vivre en France, un pays qu'apparemment vous n'aimez pas?
Suzanne :
"Tu penses qu'il y a un (ou plusieurs) pays européens dans lesquels il fait meilleur vivre pour un étranger, c'est possible." Je n'ai nulle part dit ça. Et ce n'est d'ailleurs pas le sujet du débat. Le sujet est le racisme flagrant et éhonté de l'Etat français. Etat qui n'est bien sûr pas seul dans ce cas, mais le fait que ça aille mieux ou moins bien ailleurs ne change rien à la situation d'ici.
"Différents et semblables, et c'est le jugement qui nous sauve."
Houlà, le Conseil de l'Europe te dirait autre chose... (le slogan que tu cites vient de lui et a une quinzaine d'années déjà)
"En quoi juger nous rendrait-ils irrespectueux de la différence de l'autre ?" Parce que juger c'est assigner et s'approprier l'autre, et le/la positonner par rapport à soi, le/lé hiérarchiser. Ça viole sa liberté personnelle, et souvent aussi ses droits égaux sociaux.
On pourrait arrêter un peu les hors-sujet à présent ?...
Oui, on pourrait, on va même le faire.
Chômage et naturalisation : Bernard Kouchner dérape
Invité sur France Culture ce mercredi, Bernard Kouchner a réagi de manière inattendue à la chronique d'Olivier Duhamel consacrée à la réforme de la naturalisation. Initiée par Eric Besson, ministre de l'Immigration, elle prévoit que l'octroi de la nationalité française sera désormais décidé en préfecture et non plus au niveau national, au sein de la Sous-direction nationale de l'accès à la nationalité française (SDANF).
Au micro de l'émission d'Ali Baddou, le ministre des Affaires étrangères, se lance dans une argumentation curieuse. Il prend d'abord la défense d'Eric Besson puis explique que la situation économique ne permet pas à la France de se montrer « généreuse » en matière de naturalisations :
Le journaliste l'interrompt alors et l'interroge sur le rapport entre chômage et naturalisation. Bernard Kouchner ne se démonte pas :
Le ministre confond « étrangers » et « sans-papiers »
Manifestement, le ministre confond « étrangers » et « sans-papiers ». Précisons donc que la condition préalable à toute naturalisation est la résidence régulière en France :
Deuxième confusion : « ils sont avec leur famille » et « ils ne travaillent pas ». Selon les chiffres du ministère de l'Immigration, sur les 117 000 naturalisations realisées en 2008, 29 000 l'ont été par déclaration, c'est-à-dire qu'elles concernent des personnes qui deviennent françaises par liens familiaux : conjoints, parents, enfants etc.
Les 88 000 autres cas sont des naturalisations par décret. La définition qui en est donnée sur le site internet du Quai d'Orsay est stricte :
La générosité de la France, la crise et le chômage n'ont donc rien à faire dans ce débat, puisque les personnes qui peuvent réclamer leur naturalisation vivent et travaillent régulièrement en France. Les étrangers en situation régulière, soumis aux mêmes devoirs que les Français, y ont donc autant de droits, y compris celui d'avoir la malchance de se retrouver au chômage.
Enfin, se voir refuser une naturalisation n'implique pas de quitter le territoire. (...)
Société - Article paru le 13 janvier 2009, l'Huma.
Faites des recherches sur Valuy et vous verrez bien de quel genre de pantin assermenté il s'agit..
C'est un bon texte.
Bien que ma famille et moi-même soient originaire d'ici, j'ai tout de même la phobie des papiers et de devoir justifier une identité qui ne me semble pas être la mienne. Je me sent étranger dans ce pays, et bien que, contrairement à une personne immigrée, je ne cours aucun risque, j'ai toujours peur du contrôle d'identité et des démarches officielles.
Cette peur à demi raisonnée s'accentue beaucoup au fil des années, avec l'apparition dans notre paysage de la bande à nico.
Comme je ne me suis jamais senti proche de l'esprit fn, alors dans la situation actuelle je me sent étranger malvenu dans ce pays. Pas forcément par esprit solidaire, mais parce que la manière dont le pouvoir en place considère les étrangers est juste un des aspects du mépris de l'humain en général.
Euh, la deuxième vidéo vient d'un blog bien sexiste. :/
J'ai pris les deux vidéos sur le même blog. Je l'ai rapidement parcouru, j'ai rien vu de sexiste. Mais j'ai fait un tour rapide.. Tu peux m'éclairer ?
Bonjour,
je viens de découvrir ce blog, pour et par les connasses comme moi
je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous ma dernière aventure à la préfecture
C'était avant que le Ministère de l'Immondice ne soit crée, mais le décor était déjà bien planté.
Depuis j'ai tranché, JAMAIS, je ne demanderai a être assimilée à cette vieille nation bouffée par la gangrène.
Je suis en France depuis déjà bien longtemps, pas de carte d’identité pourtant, mais une carte de séjour.
De passage mais pas touriste pour autant.
Mon fils et un de mes frères sont français, droit du sol, droit du sang s’emmêlent les sentiments, exil, terre d’accueil, atterrissage forcé sur un autre continent.
Mais les fruits de mon arbre aux racines si loin plantées se cueillent ici.
Après vingt ans d’arrangements identitaires disparates, je me décide à partir à la conquête de cette sacro sainte NATURALISATION.
D’ailleurs ce mot là, il est bizarre, les étrangers seraient donc artificiels, pas naturels ?
Sauvages oui, naturels non.
Quand on sait que la naturalisation est l’action de donner à un animal mort l’apparence du vivant par taxidermie, et que dans le Larousse, le mot se place entre national- socialisme et… naufrage, ça donne envie !
Enfin, je pointe ma face à la préfecture, service des étrangers, on peut pas le louper c’est juste à l’entrée à droite…bien à droite, sans passer par l’accueil.
L’aménagement de l’espace en dit long sur le traitement de l’espèce.
9h00, il y a là à vue d’œil une bonne petite centaine de personnes, en rang derrière des chaînes de chantier qui balisent l’accès au guichet qui donne les tickets pour être, peut-être reçu.
Je regarde autour de moi, les autres services n’ont pas un tel dispositif, nous sommes discriminés positivement.
Positivons, pas s’énerver, rester calme.
Dans ce grand hall, il y a une division nette, une tranchée, qui sépare les gens honnêtes, des étrangers.
La file avance doucement, mais pas d’esclandre, les plus âgés fatiguent, les plus jeunes s’énervent, mais en silence sous l’œil de la police.
Les mâchoires crispées dessinent top d’inquiétudes, un homme tout noir serre son bébé tout blanc dans ses bras, il le berce, comme on berce un espoir, il l’embrasse comme on embrasse une amulette.
Je ne le juge pas, je sais ce qu’il ressent, c’est grâce à la naissance de mon fils que j’ai obtenu l’autorisation de respirer le même air que vous.
Soudain, la fonctionnaire qui donne les tickets se casse!!
20 minutes après, elle revient, nature.
C’était la pause.
Pause pipi, pause café, nous c’est pause pas de questions et fait la queue, s’teplait.
Un étudiant étranger égaré se pointe au guichet, là on lui explique gentiment que les cerveaux étrangers n’ont pas à se déplacer à la préfecture, comme ce sont des cerveaux ils sont très très intelligents, et vivent avec leur temps, pour eux c’est en cliquant sur internet.
Ce n’est que la première étape de ma traversée, et déjà la rage noue ma gorge, mais je la ferme et j’observe la France d’à côté, celle qui balaye la saleté, celle qui dans l’ombre des ateliers confectionne les seules fringues qu’on peut se payer, celle qui casse les cailloux pour ériger les autoroutes de la modernité, celle qui participe à la croissance économique sans jamais en récolter les fruits.
10H, une heure de queue pour avoir un ticket.
Je peux enfin m’asseoir dans cette salle qui sent l’inquiétude teintée d’espoir de la France basanée, un jeune tête rasée, son crâne entre les mains tête baissée, regard rivée au sol, respire fort l’adversité, sa nervosité est palpable, les bébés commencent à pleurer, les couples mixtes accumulateurs de tracas administratifs semblent rodés. Atmosphère.
A côté, au service des cartes grises et permis de conduire les gens somnolent, permis de circuler sur les routes ou sur le territoire, à cet étage de la préfecture on s’occupe de la circulation des bagnoles et des bougnoules.
Question d’efficacité.
11h 30, le guichet des tickets ferme, les chanceux qui ont réussi à passer la première épreuve regardent les « sans tickets » faire demi tour, rentrer bredouille, il faudra revenir un autre jour en espérant obtenir le laissé passer pour avoir le privilège de rencontrer derrière un hygiaphone le fonctionnaire zélé.
11h45, mon numéro 622 s’affiche, ça ne fait que 2h45 que j’attend.
Je respire profondément et ordonne à ma bouche de fermer sa grande gueule.
- Bonjour madame
- Bonjour
- Je voudrais demander la nationalité française
- Vous avez un titre de séjour en règle ?
- Oui
- Voilà le dossier à remplir, et un numéro de téléphone pour prendre RDV afin de déposer le dossier.
- Euh, pardonnez ma curiosité, mais à titre indicatif, le RDV, ce serait à peu prés pour quand ?
- Si vous appelez maintenant, les RDV sont en 2010.
- ?!?!?!?! mais nous sommes en 2006 ! je serai peut-être morte en 2010 !
- C’est comme ça madame.
- Si j’appelle maintenant, j’aurai un RDV dans 4 ans pour seulement déposer le dossier, sans compter le délai de deux ans minimum pour avoir une réponse, ça nous fait, 2012 !!
- ET oui madame, être français ça se mérite.
@machal: C'est un fort témoignage... Me permettez-vous de le faire figurer surmon blog Myspace? Dont voici le lien (afin que vous puissiez juger):
http://profile.myspace.com/index.cf...
Un mail si vous voulez me contacter: anarkhea.stagolee@wanadoo.fr
Bien à vous. Soyez remerciée de votre intervention.
machal : Comme je te comprends... J'ai pris la même décision que toi, il y a longtemps déjà : la France ne me mérite pas. Je ne vois de toute façon pas ce que j'aurais gagner à avoir des papiers français. Vue ma nationalité actuelle, ça apporterait même plutôt une nette perte de prestige international, je crois...
@Isa : ce texte est copyleft, fais toi plaiz'
Comme on n'est jamais assez prudent avec ces choses-là, je propose qu'on demande à tout le monde de prouver qu'il est réellement français, et ce à l'aide de documents certifiés remontant à au moins douze générations.
De plus, pour éviter diverses fraudes faciles à imaginer, un examen oral complémentaire sera prévu, avec des questions portant sur la vie sexuelle des animateurs de TF1, les paroles de La Marseillaise et de Viens Poupoule, l'œuvre d'Alexandre Jardin et le comportement à adopter face à un individu d'apparence allogène.
Afin de lutter contre le terrorisme, ces démarches seront à répéter tous les trois mois et les personnes en attente de leur validation devront porter un macaron identificateur cousu sur chacun de leurs vêtements et incluant une puce informatique et un code-barre individuels délivrés par les services du Ministère du regroupement des étrangers.
Naturellement, les princes qui nous gouvernent, leurs épouses, leurs maîtresses, leurs enfants reconnus ou adultérins ainsi que tous leurs courtisans et les animateurs de télévision seront dispensés de ces formalités - du moins jusqu'à leur disgrâce.
Moi aussi, j’ai eu droit au formulaire absurde qui liste tous les documents à fournir pour prouver sa nationalité française…
J’ai créé un groupe sur Facebook : “Le Groupe des Français Sans-Papiers”
http://www.facebook.com/group.php?g...
@sam : Je connais Viens Poupoule par cœur ! Non mais sans déconner, j'ai peur de mon prochain renouvellement de passeport. Va falloir entrer dans les méandres des naturalisations, ça va être chouette. Heureusement que dans le tas, y'aura des bons normands pour me rattraper les origines douteuses.
@Kisinis : J'aime bcp la discussion de ce groupe "ce n'est pas une blague".
Si seulement ça l'était.
Tiens, tout frais : http://www.maitre-eolas.fr/post/201...
Et aussi : http://www.maitre-eolas.fr/post/201...
@GouineMum : Merci.
Mlle S : Idem : http://la-feuille-de-chou.fr/?p=547...
@Iyhel : réflexion qui ne vous honore pas, une discrimination de plus?