IVG : Les conséquences de la réforme espagnole
Par Mademoiselle le 04/10/09, 16:41 - Le privé est pathétique
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La vie des mitres
La légalisation de l'IVG en Espagne ressemble à priori à un progrès pour les espagnoles. Les jeunes filles mineures de 16 et 17 ans vont peut-être pouvoir avorter sans autorisation parentale et on parle d'une reconnaissance du "droit inaliénable de la femme à décider de sa maternité". Bref, à priori un progrès pour Lafâme. Sauf que... On peut fêter la réforme ou se demander pourquoi diable avoir fixé un délai à 14 semaines...(Illustration, F. Kahlo. My Birth.)
Le délai pour avorter en Espagne, du fait justement de l'absence claire de législation, était assez souple jusqu'à présent. Pour des raisons "de santé physique ou mentale de la femme", certaines cliniques de Catalogne, bénéficiant d'un statut particulier, pratiquaient des IVG entre 13 et 22 semaines, au motif de détresse psychologique menaçant de la santé de la mère (définition OMS) et sans délai pour les situations dramatiques. La France, elle, au delà de 12 semaines de grossesse bascule de l'Interruption Volontaire de Grossesse à l'Interruption Médicale de Grossesse, et ne retient pas la détresse psychologique ou sociale dans sa définition de la santé des femmes.L’avortement obtenu au forceps
Espagne . Un projet de loi permettant la légalisation de l’IVG a été adopté.
(Source : L'Humanité)Le Conseil des ministres espagnol a ouvert, samedi, la voie à la modification de la norme de 1985 qui régit les conditions d’avortement. Alors que celui-ci n’était que dépénalisé, le projet de loi présenté par le gouvernement et qui sera soumis au Parlement permettra une véritable légalisation du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). La droite, ainsi que l’Église, opposées à la sortie de l’avortement du Code pénal ont convoqué une manifestation pour le 17 octobre.
Selon le projet de loi, les femmes auront le choix de mettre fin à leur grossesse dans un délai de quatorze semaines. Cela concerne aussi les mineures de seize et dix-sept ans, qui pourront avorter sans autorisation parentale. De manière exceptionnelle, l’IVG sera autorisée jusqu’à vingt-deux semaines en cas de « risque pour la vie et la santé » de la mère ou « de graves anomalies du foetus ».
La dépénalisation de 1985 n’offrait pas de cadre juridique fiable. Ainsi, en 2007 et 2008, les opposants à l’avortement étaient parvenus à faire procéder à des arrestations. Certaines cliniques avaient été fermées temporairement, embarrassant un gouvernement pourtant favorable à l’IVG. Face à ce flou législatif, et devant les hésitations socialistes, Izquierda Unida (coalition écolo-communiste) avait présenté en ce début d’année la première proposition de loi sur les délais d’avortement, afin de reconnaître « le droit inaliénable de la femme à décider sur sa maternité ».
Gaël De Santis
Cette relative souplesse espagnole, malgré les diverses pressions et arrestations, bénéficiait aux espagnoles mais aussi aux françaises. Ces dernières, au delà de 12 semaines de grossesse, avaient donc jusqu'à présent le "choix" entre les Pays-Bas et l'Espagne pour avorter.
Avec la réforme espagnole en préparation, on passe donc d'une situation dans laquelle les femmes et les équipes soignantes agissaient dans l'illégalité, à l'ère de l'IVG officiellement reconnue comme un droit. Ce genre de symbole est évidemment capital, sauf qu'il a des conséquences assez paradoxales puisqu'il réduit d'une façon drastique le délais pour avorter. Pour les françaises, par exemple, on peut se demander ce qu'il va advenir des femmes hors délais légal habituellement envoyées en Espagne. Bien entendu, ces cas ne sont pas légion en France : on estime que 5000 femmes françaises chaque année passent la frontière espagnole ou hollandaise pour aller y avorter à leur frais (source : ANCIC). Ce qui fait tout de même plus de 400 femmes par mois...
Vous allez me dire qu'il leur restera toujours la possibilité d'aller aux Pays-Bas. Certes. Mais pour les femmes qui habitent dans l'ouest ou le sud de la France, la facture de l'IVG va être, du fait de la distance, bien plus salée. Voire impossible à payer pour certaines femmes. Parce que financer une IVG à l'étranger, c'est bien souvent devoir demander de l'argent à l'entourage, et en cela, ajouter à l'illégalité, la dépendance, l'impossibilité d'agir d'une manière autonome.
Certes, l'avortement serait autorisé en Espagne jusqu'à 22 semaines "en cas de « risque pour la vie et la santé » de la mère". Sauf que si la volonté du législateur est de faire de cette possibilité une exception, ce qui semble être le cas, vous pouvez être certains que la demande sera soumise à une véritable batterie de rendez-vous, de tests et de réunions éthiques qui rendront le séjour des françaises bien plus long, donc bien plus onéreux.
Alors oui, on va me parler de tradition catholique et expliquer qu'il s'agit déjà d'un acte courageux de la part du gouvernement espagnol. Sauf qu'à la différence de la France, partant d'un seuil légal à 10 semaines, les espagnols auraient pu s'appuyer sur une situation plus ouverte en terme de délais.
- Avorter aujourd'hui. Trente ans après la loi Weil. Olivia Benhamou.

Il me semble que le bouquin ouvre sur un départ à l'étranger, justement...
- L'évènement, d'Annie Ernaux.

Le récit de son avortement, en 1963.
Quelques liens :
Synthèse de la législation sur l'IVG proposée par le Planning familial
Et toujours cet article du Monde Diplomatique :
Le droit à l'avortement dans l'union européenne



Commentaires
D'abord merci pour le blog parce que je ne savais pas qu'il y avait une réforme en espagne. Je ne savais pas non plus qu'il y avait actuellement autant de femmes qui allaient à l'étranger, comme à l'époque en Angleterre. J'aimerai bein connaître les tarifs.
C'est ça les réformes socialistes ! :D
Yavait pas un bateau de l'avortement ? Il va pouvoir venir sur nos cotes.
@Marine : Eh bien si, on va toujours "à l'étranger" actuellement... pour les frais, il n'est pas évident de te donner une réponse, c'est variable. Ça dépend du délais, de la clinique, des prix du transport. On me corrigera si je me plante, mais je dirais qu'il faut compter en moyenne 800 euros.
@PloDD :
Je crois qu'il a eu des problèmes le bateau de l'IVG tiens d'ailleurs...
Tiens, une question, puisque les choses ne sont pas très claires dans les articles (qui disent d'ailleurs tous la même chose, ils ne se sont pas cassés). Est-ce 14 semaines de GROSSESSE ou d'AMÉNORRHÉE pour l'Espagne ? Parce que si c'est 14 semaines de grossesse, c'est donc deux semaines de plus que la France.
Enfin, ça ne change pas vraiment le fond.
Il semble qu'il s'agisse de 14 semaines de Grossesse, donc un peu mieux que la France.
Ça m'a toujours interrogé d'ailleurs ces délais. Sont-ils certains au jour près quand ils refusent des nanas parce qu'elles seraient à 12 et quelques jours, donc en léger dépassement en France ?
Tiens, tiens, une différence de deux semaines se mesure comment ? Sur les dires de la femme ? Et si elle ment sur la date de ses dernières règles ?
@geno : En principe ça se mesure avec une échographie.
Il n'y aurait pas un changement hormonal au commencement d'une grossesse (test de grossesse) et une poursuite de ces changements hormonaux dans les semaines qui suivent ?
L'âge de la grossesse se mesure à l'échographie, c'est même l'un des objectifs de la première échographie, que la grossesse soit destinée ou non à être poursuivie.
En début de grossesse, cette mesure est même très précise, elle le sera moins plus tard.
Je suis assez partagée sur la question du délai. Plus l'interruption de grossesse est tardive, plus ses complications éventuelles peuvent être nombreuses et graves. Et pour moi, la question psychologique, bien que dramatisée et instrumentalisée par les ennemis de la loi, n'est pas complètement à écarter.
Par ailleurs, il me semble difficile de ne fixer aucune limite, ou alors il faut également autoriser l'euthanasie. En effet, les avortements très tardifs existent, lorsque le motif en est médical. Ils posent, en plus, la question de la viabilité du foetus. Que fait le médecin si le foetus survit? Il le colle dans les bras des parents -il s'agit généralement d'un enfant lourdement handicapé- en leur disant, désolé, ça n'a pas marché? Ou il le laisse sans soins pour qu'il finisse par mourir? Ou encore il l'étouffe (absolument illégal).
Désolée d'être aussi violente, mais ça me semble nécessaire... on ne peut discuter cette question sur la base du déni.
@cultive ton jardin : Pour le délais, en effet l'écho est utile ne serait-ce que pour mesurer le BIP. Ma question concernait la datation en jours. Du genre, désoléE, délais dépassé de deux ou trois jours. Ça me fascine qu'on puisse être aussi précis, pour tout dire, j'ai du mal à y croire.
Concernant la question du délais, les pays-bas laissent le soin aux médecins de déterminer le délais et il ne me semble pas qu'on assiste à des tueries cruelles massives. Quant au risque, il en reste toujours plus à accoucher.
Pour les conséquences psychologiques, il serait peut-être utile de se demander en quoi le fait de marteler que c'est violent psychologiquement pour une femme normale a en effet un impact sur les femmes quand elles avortent. Si c'est présenté comme un drame obligatoire, obligatoire quand on est une femmes normale, sensible, mère en puissance, le fait de ne pas le sentir comme un drame, de ne pas dire qu'on en souffre fait illico passer pour une insensible, limite une criminelle.
Si ça peur aider...
http://www.planning-familial.org/th...
Je reviens et je m'obstine sur la question des délais. Il y avait une blague qui courait sur l'ex URSS:
"Avortement totalement libre et gratuit. Délai d'attente, neuf mois".
Si on continue naïvement à se crisper sur les délais légaux, sans s'occuper de l'organisation pratique qui fait que les femmes perdent du temps à chercher l'endroit ou yaura de la place pour elles, et de la culpabilisation ambiante qui fait que certaines femmes mettent des mois à se décider, c'est à ça qu'on va aboutir, belle victoire.
@DeProfundisMorpionibus : ça peut, merci, c'est d'ailleurs pour cela qu'il a été mis en lien dans le billet !
@cultive ton jardin : Tout à fait d'accord avec toi sur les délais d'attente. Sauf que c'est un tout petit peu plus compliqué que cela. Les pays-bas n'ont pas de seuil et moins d'IVG. La france est un des pays d'Europe le plus contracepté si je pius-dire, mais c'est également celui dans lequel le taux de fécondité est le plus élevé et les ivg nombreux. DU coup, on peut se demander, avec un délais à 12 semaines fixé, si le fait d'imposer ce délais n'est pas le signe d'une préoccupation à minima. On pose un seuil pour des raisons trouillardes, mais parallèlement, on ne s'en pose pas sur les questions de sexualité, de prescription contraceptive, de normes sexuelles...
Alors je trouve qu'il est assez pratique de fixer un délais pour évacuer le reste, comme pour poser un seuil de tolérance et préserver le reste. Si la sexualité et la procréation était finalement mieux dissociées, qu'on donnait aux gens la possibilité, les moyens, les pistes pour bien dissocier ces deux éléments, on ferait peut-être effectivement baisser le taux d'IVG, mais également celui de la fécondité, parce que tous les enfants nés ne sont pas le fruit d'une volonté réelle de procréer, mais souvent le fruit d'accident (je sais plus, c'est un sur trois non ?). Avec un modèle de relations hétérosexuelles du type coït avec comme horizon le couple et la maternité, i faut être de mauvaise foi ou naïf pour se demander pourquoi on se retrouve avec tant d'IVG.
Plus précisément pour la question du délais, les cas de hors délais que je rencontre ne sont pas simplement le fruit du manque de place pour les rendez-vous IVG. Certains le sont, et ce sera certes de pire en pire étant donné le manque d'enthousiasme et de militantisme des nouveaux médecins, mais d'autres facteurs entrent en compte. Par exemple le fait d'exiger de la patiente qu'elle fournisse une échographie par elle même, ce qui démultiplie le nombre de rendez-vous -et donc allonge le délai- ; également le fait qu'avec le tout contraceptif, des femmes se pensent dans la totale impossibilité d'être enceinte (ce qui est accentué par la présence de fausses règles par exemple). Les contraceptions mal adaptées au mode de vie des femmes également, qui les obligent à changer, créent des périodes de transitions tout à fait propices à une fécondation. Comme les nouveaux traitements créent des changements dans le corps, il est parfois difficile de repérer ce qui relève du nouveau contraceptif et d'un début de grossesse. Enfin, il y a les échecs de contraceptions liés aux manque d'information, aux croyances, ou les échecs des contraceptifs eux-mêmes, dont la fiabilité n'est pas totale (je me souviens d'un cas récent de femme enceinte sous une pilule du type grosse bertha de la pilule, claque hormonale, très fiable...).
Mademoiselle: Tu réprouves le coït?!? (je plaisante
@Isa : J'espère ! Je sais que tu plaisnates. Ça me permet d'ailleurs de préciser que mais que c'est sa centralité que j'interroge, le fait qu'il soit synonyme de relation sexuelle. L'appellation "préliminaires" est exemplaire à ce titre, puisqu'ils sont présentés -et vécus- comme des actes non sexuels, des préludes à l'acte sexuel.
Tu le soulignes parfaitement jusque dans la terminologie. On voit que ces questions t'occupent et que tu y réponds de manière très convaincante. Après quoi j'ai pour ma part la conviction que tu as l'art de sa pratique
Ainsi que Ségolène ferait débander un âne tu es plus stimulante quand bien même on te voit peu à la télévision 
bonjour tout le monde
ce sujet m'émeut
si
ben oui
moi je regarde ça de loin pourtant puisque je n'ai pas d'utérus et que je n'ai jamais été un fécondateur pour une femme.
le traitement de la question par l'institution dite civilisée me paraît attroce comme les règles de bien séances entre hommes et femme.
Moi
depuis mon enfance
j'ai bien compris qu'un homme c'était avant tout une bite fécondatrice et un porte monnaie d'après ce que me disaient les femmes de ma famille, tant du côté maternelle que du côté paternel. Un homme c'était pour elles aussi un éventuel violeur. Mais avant tout ça n'avait aucune autre utilité que de féconder et de rapporter de l'oseil. pas autre chose. si en plus on peut les culpabiliser s'ils ne baise féconde pas en temps voulu, c'est génial.
Comme par ailleurs les hommes comme les femmes là dedans ne savaient pas imposer leurs exigences d'identification à leur modèle de valeur par la violence et la terreur (menace constante d'être radié de la famille au cas où on dérogerait aux règles de leur identification et de jalousie donc menace de se retrouver en slip dans la rue), ben c'est simple, j'ai rien intégré.
Si ce n'est l'idée que jamais je ne serai comme eux.
Pour eux évidemment l'avortement est un crime : ben oui ils sont ensemble uniquement pour chier de la progéniture qui leur donne un domaine de toute puissance et donc une fierté.
Pour eux évidemment il ne doit pas y avoir de sexe en dehors du mariage : parce qu'autrement ça voudrait dire que ce qu'ils s'interdisent serait permis à d'autre.
Ils s'interdisent quoi au juste ?
je me suis demandé longtemps quoi ?
en fait
ils s'interdisent d'abord d'être conscient de leur sensibilité propre, de leur sensualité propre, celle qui s'exprime en dehors de la copulation et partout dans tous les gestes de la vie.
Ils s'interdisent l'affection simple qui nêt de la complicité dans les choses ordinaires de la vie commune.
Ils s'interdise la lucidité à l'égard de la responsabilité fantastique qui émerge de l'acte de mettre au monde un enfant.
Un enfant, on le fait biologiquement à deux et pas seulement au moment de la fécondation : il y a plein d'interaction psychologique qui somatisent sur la mère et le fétus lors de sn développement par l'effet des relations entre la mère et son environnement.
dès la fécondation, et même avant par ses inductions culturelles sur la mère et le père, l'enfant est fabriqué par le monde et les parents ne sont que des intermédiaire.
alors
ma question
de gosse profondément meurtri dans son psychisme et son corps par la domination culturel de l'ordre sexiste, par le mépris des femmes qui l'ont culpabilisé d'être né avec une bite, par les hommes qui l'ont vu comme un rival encombrant dès sa naissance à l'égard de l'affection qu'il n'ont jamais reçu ni de leur mère ni de leur père et qui a fait d'eux des brutes épaisses...
ma question
c'est est-ce que c'est bon de faire un enfant, parce que le monde, humain, est profondément mauvais, fabrique de la souffrance, fabrique de la culpabilité sur les victimes et jamais sur les bourreaux !
voilà !
pour moi c'est évident : l'avortement c'est une évidence de ne pas participer à la reproduction d'un monde que je réprouve.
mais je ne suis pas une femme.
pourtant
il m'est arrivé d'avoir été profondément touché par une femme, plus âgée que moi de quelques années.
et j'ai ressenti très curieusement une pulsion que je pense être hormonale, de faire un enfant avec elle.Je me disais que c'était aussi parce que je la sentais forte, consciente, responsable...
de toute façon mon affection n'était pas partagée et nous n'avons rien fait d'autres que quelques balades et travaux communs...
mais j'ai donc connu cette pulsion que j'ai trouvé impressionnante et qui tout d'un coup peut transformer l'approche que l'on a du sujet.
ça m'a tellement fait peur
que je n'ai jamais pu bander et copuler avec elle... d'où son abandon de ma personne.
j'ai fait une fois de plus une omission de mot en tapant trop vite et du coup j'ai exprimé presque le contraire de ce que je voulais dire
donc là je corrige
Comme par ailleurs les hommes comme les femmes là dedans ne savaient pas imposer leurs exigences d'identification à leur modèle de valeur AUTREMENT QUE par la violence et la terreur (baffes à vous faire traverser la pièce, coup de ceinture quand la main devient douloureuse,etc, menace constante d'être radié de la famille au cas où on dérogerait aux règles de leur identification et de jalousie donc menace de se retrouver en slip dans la rue), ben c'est simple, j'ai rien intégré.
"se demander pourquoi on se retrouve avec tant d'IVG.":
Quels critères avons-nous pour le nombre d'IVG? Plus qu'aux Pays Bas? Mais les Pays Bas sont un pays où l'éducation sexuelle des jeunes est ancienne et bien suivie (quoique j'ai pu parler il y a trois ou quatre ans avec une néerlandaise qui m'a dit que chez eux aussi, ça se dégradait par restriction du personnel).
On ne peut pas comparer avec les IVG d'avant la loi, on n'a jamais su combien, on n'a même jamais su combien de femmes en étaient MORTES, puisque la cause réelle du décès était souvent cachée par les soignants et/ou la famille (Histoire d'un secret témoigne d'un cas, mais cela se passait très souvent).
Je ne pense pas que ce soit tragique qu'il y ait beaucoup d'avortements s'ils sont très précoces. Médicalement, c'est une intervention assez légère, psychologiquement la grossesse n'est pas encore investie si elle n'était pas souhaitée. Par contre, je maintiens que plus le temps passe moins c'est anodin, à la fois sur le plan médical et sur le plan psychologique.
J'ai vécu un an à Hanoi, il semble que les vietnamiennes (les citadines de milieu éclairé au moins) d'une part sont extrêmement rapides à demander l'avortement (test de grossesse dès la premiers jours de retard et intervention immédiate), d'autre part utilisent l'avortement comme contraception, du coup les avortements sont à la fois très nombreux (autant que de naissances) et très précoces. Apparemment, cela ne pose pas de grave problème de santé publique.
Je suis assez réservée sur la proposition de laisser les toubibs décider du délai, quand on voit ce qu'ils ont fait de la clause de conscience, qui au départ était conçue comme le droit moral de ne pas pratiquer une intervention incompatible avec leurs croyances, et qui est devenue une simple clause de convenance personnelle! Certains ont refusé l'allongement à 14 semaines et ne pratiquent pas l'intervention au delà de 12 semaines.
Par contre, un toubib de bonne foi (il y en a) interprètera l'information donnée par l'échographie dans un sens favorable à la patiente. La précision de la datation entre 6 et 12 semaines est de + ou - TROIS jours.
Des jeunes filles que j'ai rencontré et qui m'ont confié avoir été avortées, j'ai été frappé de la répétition d'une situation tout particulièrement traumatisante et triste pour celles là.
Il arrivait fréquemment qu'elles encourent les reproches des médecins, mais qui s'en étonnerait (?), et c'est surtout la répétition du second fait qui me frappe et m'attriste pour elles: elles sont allées seules à l'opération.
Le compagnon, l'amant occasionnel, pourtant prévenus ne les accompagnaient pas. Soit qu'elles aient été contraintes de le taire à leur famille ou que leurs proches le leur aient reproché, pas un membre de la famille pour les assister...
ON peut et c'est aisé accabler le corps médical. Mais qu'attendre de praticiens qui ne sont en rien liés affectivement avec ces jeunes filles, qui en voient beaucoup et qui sont généralement de parfaits suiveurs, surtout quand l'idéologie vise plus ouvertement à la normalisation.
Cette période n'est pas pré-révolutionnaire et elle préfigure plutôt l'horreur néo-fasciste par ce fait qu'aucun proche, dans des circonstances ou dramatiques ou très pénibles, ne soutient, par l'effort, de toutes jeunes filles qui ont "péché" là où tous les hommes aiment à les voir exceller: le plaisir de l'amour.
Et ça voyez-vous c'est un néo-fascisme qu'on déguise habilement sous un bien commode et déjà bien dégueulasse individualisme. Le plus fort c'est qu'elles pardonnent souvent à ces types là...
Une chose m'intéresserait, si quelqu'unE sait me répondre : Quelle est donc la situation en Grande-Bretagne ? Je veux notamment dire quels y sont les chiffres des IVG ? Sachant que, si je me souviens bien, la Grande-Bretagne tient le record européen du nombre de mères adolescentes.
Une chose me vient à l'esprit en relisant les différentes interventions.
La question de l'avortement est étroitement liée à celle de l'idéologie nataliste à la racine des cultures de quasiment tous les peuples.
Quand j'entends peuple, je parle de groupes humains lié par une culture et cela toutes classes sociales ou castes confondues.
On a pu voir dernièrement plusieurs articles massacrant ouvertement toute opinion anti-nataliste en les caricaturant et les dénaturant et pire encore en les attribuant à la classe sociale dominante.
Or anthropologiquement c'est totalement faux : d'une part l'anti-natalisme est le fait naturel de certaines cultures très rares de peuples restant en équilibre démographique avec leur environnement, donc à démographie stagnante, sur de très longues périodes de temps. Et qui à l'étude se révèlent non seulement inspirés par une idéologie non expansionniste, une notion de l'altérité ne centrant pas le monde sur l'anthropomorphisme, une très faible division des tâches sexualisées etc... Et qui plus est ces peuples pratiquent diverses formes de contraception et d'interruption de grossesse qui vont de paire avec une éducation de la responsabilité de l'homme et de la femme bien différente de celle pratiquée dans les cultures expansionnistes et dominatrices...
d'autre part, l'antinatalisme n'est pas systématiquement inspiré par le malthusianisme. Mais est souvent influencé précisément par les développements de divers courants dont féministes ayant transformé l'idée de dignité humaine de la femme comme de l'homme sur autre chose que l'acquisition d'un cheptel de chair, capital à la portée de tous y compris des plus pauvres, tous s'identifiant et se respectabilisant par une identité et une valeur de capital incarnée par la progéniture : contrairement à ce que prétendent les natalistes, notamment ceux qui vitupèrent en prétendant que l'anti-natalisme est bourgeois qui veut interdir et raréfier par ce biais les classes miséreuses et dominées, dans les cultures natalistes, la procréation n'est pas un droit mais une OBLIGATION, un devoir social écrasant l'individu, homme comme femme, sous une unique forme de construction de la dignité qui fait que l'on n'est rien si l'on n'est pas père ou mère, qu'en dehors donc de la procréation il n'y a pas de reconnaissance sociale.
Dans les cultures natalistes ce n'est pas la qualité de vie qui prime c'est le capital de chair offerte au groupe pour la reproduction de son modèle culturel guerrier expansionniste qui ne peut se développer et croître que si on lui livre son quota de chair à canon, de chair à viol, de chair à exploiter etc... de chair à dominer.
Dans ces cultures expansionnistes, le mécanisme de domination par le nombre prime : et il ne reste au plus pauvre de solution de dignité sociale que celle de la procréation... puis de s'accompagner d'un chien à battre quand on est SDF.
Alors dans une culture nataliste, avorter, inconsciemment, c'est voler au groupe un élément de son capital, c'est nier que sa propre dignité passe par la domination de l'enfant etc...
Dans ces cultures là on comprend que l'avortement est le crime antinomique de la fondation de l'ordre social.
Alors avec des idées aussi ignobles et inavouables, ces cultures là, devant la nécessité matérielle des éléments victimes des rivalités, jalousies, égoïsmes que génèrent ces mêmes cultures, faisant de la fille-mêre une paria, ou du couple misérable quelque chose d'encore plus misérable devant le poids matériel de l'assomption économique et affective d'un enfant dans un monde où ils n'auront pas la possibilité de lui permettre un développement affectif, culturel, économique de bonne qualité, devant donc la nécessité de l'avortement, reculent à grand cris et grands mensonges, enfonçant comme à leur habitude et leur principe générateur, les victimes.
Non mesdames ou messieurs, quand vous avortez vous n'êtes pas coupables. Vous êtes victimes d'un monde qui ne sait pas aimer la vie dans sa qualité de possible bonheur. Et le bonheur n'est pas dans la fatalité de la fécondation ni dans celui de la quantité d'enfant ou de bien matériel que vous pourrez fabriquer.
Il est dans la qualité de relation que vous pourrez entretenir avec votre environnement humain et non humain.
Avorter, à mon avis c'est précisément respecter la vie dans ce qu'elle a de plus délicat : le monde dans lequel je vais faire cet enfant lui permettra-t-il de vivre heureux ?
Et quand la lucidité montre que non, c'est un devoir d'amour que d'avorter.
Alors après, qu'ils finassent et tournent autour du pot en inventant des délais... difficilement appréciables en termes médicaux ou psychologiques... nous conduisent effectivement à chercher où et comment faire pour nous en sortir en cherchant vers quel pays et quel système d'hypocrisie légale se tourner...
Point de vue
Non, ma fille, tu n'iras plus avorter à l'hôpital public !
LE MONDE | 15.10.09 | 14h23 • Mis à jour le 15.10.09 | 14h23
Bientôt la loi du 30 novembre 1979 aura trente ans. Elle symbolise le mépris dans lequel sont tenues les femmes dès lors qu'il s'agit de disposer de leur corps, puisque la loi de 1975, dite loi Veil, n'a été votée que pour une durée de cinq ans, à l'essai.
Il fallait que les femmes, ces éternelles irresponsables, fassent leurs preuves ; qu'elles fassent montre d'une saine modération après la scandaleuse audace qu'elles avaient eue en descendant dans la rue, en signant des manifestes magnifiques, en pratiquant des avortements au sein du mouvement social exemplaire que fut le Mouvement pour la libération de l'avortement et la contraception (MLAC) ; il fallait qu'elles prouvent, évaluation démographique à l'appui, qu'elles n'avorteraient pas "par commodité".
En 1979, les parlementaires estimèrent donc que les femmes avaient donné satisfaction et mérité d'être confirmées dans leur nouveau droit. Ils votèrent la loi dite Veil-Pelletier, qui impose "l'obligation hospitalière" : chaque hôpital public doit créer une structure pour pratiquer les interruptions volontaires de grossesse. Il s'agit de faire d'un droit formel un droit réel, accessible à toutes (ce qui ne sera le cas qu'en 1982 avec le remboursement par la Sécurité sociale).
Aujourd'hui, la principale menace contre le droit à l'avortement ne vient plus de ses traditionnels opposants religieux, mis politiquement à genoux, mais du démantèlement de l'hôpital public. La situation de l'IVG à l'Assistance publique- Hôpitaux de Paris (AP-HP) en Ile-de-France est exemplaire de la dégradation rampante mais planifiée des capacités de réponse du service public aux besoins de santé de la population.
Alors que les délais d'attente pour avorter sont de trois semaines et que plus de la moitié des IVG en Ile-de-France sont réalisées par le secteur privé qui ne respecte pas toujours les tarifs réglementaires et refuse parfois de prendre en charge les mineures ou les étrangères sans papiers, l'AP-HP n'a rien trouvé de mieux à faire que de fermer trois structures IVG depuis le mois de mai 2009 : celles des hôpitaux Jean-Rostand (Ivry-sur-Seine), Tenon (Paris-20e) et Broussais (Paris-14e). Le centre d'IVG de l'hôpital Avicenne (Bobigny) fermera bientôt. Ces quatre structures réalisaient environ 2 800 IVG, sur les 12 000 pratiquées chaque année à l'AP-HP en Ile-de-France.
L'AP-HP assure que cette activité sera transférée sur ses autres hôpitaux. Ces fusions de services sont superposables aux autres restructurations orchestrées par l'AP-HP dans d'autres domaines.
Dans la novlangue qu'elle pratique à merveille, cela s'appelle des "économies d'échelle". Le principe est simple et familier au monde de l'entreprise, et ce depuis qu'existe l'exploitation de l'homme par l'homme : il s'agit de faire faire le même travail par moins de monde. Le risque est grand que l'AP-HP profite de ces divers déménagements pour assouvir sa principale passion : supprimer des postes.
Autre échantillon de ce vocabulaire pittoresque qui s'apparente à la forêt amazonienne tellement il relève de la langue de bois : l'AP-HP jure ses grands dieux que l'IVG fait partie de ses "activités socles". En d'autres termes, elle considère qu'il s'agit d'un service de proximité. Chacun peut constater ce que devient la proximité et la qualité de l'accueil du public quand on supprime quatre structures IVG pour les agréger à d'autres plus lointaines. Il est permis de se faire du souci pour d'autres activités qui ne font pas partie dudit "socle"...
Cette politique supprime les centres d'IVG autonomes (produits de la lutte et de la pratique du MLAC) et les unités fonctionnelles d'IVG dont les personnels et les locaux sont dédiés à cette activité. Il s'agit de les noyer dans les services de gynécologie-obstétrique dont l'IVG est parfois la dernière des préoccupations, et d'en finir ainsi avec des équipes militantes et motivées, sous prétexte de réintégrer l'IVG dans le "droit commun" hospitalier - langage cette fois juridique qui vient rappeler à qui l'aurait oublié que le combat pour la légitimité de l'avortement n'est jamais définitivement gagné. Ce processus de normalisation répond donc à des objectifs économiques autant qu'idéologiques.
D'autre part, l'argument relatif à la nécessaire réduction des délais d'attente pour avorter est parfois utilisé à mauvais escient, notamment contre le service public. La possibilité d'avorter hors de l'hôpital par la méthode médicamenteuse doit être défendue comme un moyen d'élargir la palette de choix des femmes, non comme un prétexte pour dédouaner le service public de ses responsabilités en matière d'avortement.
Et pendant que le service public de santé se saborde, le privé se désengage progressivement de la pratique des IVG, jugée peu rentable.
Le gouvernement et la direction de l'AP-HP présentent cette évolution comme inéluctable, ce qui correspond à une technique de communication largement éprouvée pour désarmer les luttes et toute velléité de contestation de la part des professionnels et des usagers. Pourtant, il s'agit bien d'une politique consciente, entamée depuis plusieurs années sous la houlette des gouvernements successifs et qui concerne l'ensemble du système de santé, et son échec est patent : depuis 1987, la moitié des maternités françaises ont été fermées, et avec elles leur activité IVG.
L'argument selon lequel ces fermetures sont liées à des impératifs de sécurité est un mensonge, et loin de réduire les inégalités sociales, cette politique les creuse : la très riche ville de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) a conservé trois maternités pour ses 70 000 habitants, tandis que l'ouest du Val-de-Marne n'a plus que deux maternités pour 400 000 habitants et quatorze agglomérations. Un des résultats de cette politique désastreuse, c'est que la situation actuelle de l'avortement à l'hôpital public correspond à un recul grave par rapport à l'obligation hospitalière incluse dans la loi de 1979.
Cette dégradation du service public de santé n'est pas inévitable, elle résulte de décisions politiques. La politique, c'est le rapport de forces. Ce que le pouvoir politique a fait, les luttes sociales peuvent le défaire. La lutte paie, en 1979 comme en 2009, et c'est pour cette raison parmi d'autres que nous manifesterons nombreuses et nombreux le 17 octobre, pour les droits des femmes, pour leur liberté, pour leur autonomie, pour la défense de l'hôpital public et de ses structures IVG autonomes (en termes de personnel, de budget et de direction), et pour la création d'autres structures dédiées à l'IVG dans les hôpitaux où elles n'existent pas.
Pour que le droit à l'avortement ne soit pas un article de loi sans contenu ni garantie, mais un droit réel, pour toutes. En 1979 comme en 2009.
Maud Gelly, Béatrice Fougeyrollas et Emmanuelle Lhomme, médecins au centre d'IVG de l'hôpital de Colombes (Hauts-de-Seine). Maya Surduts et Nora Tenenbaum, militantes de la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception.
Article paru dans l'édition du 16.10.09.