La plaie
Par Mademoiselle le 20/08/08, 12:57 - Nos amis et nous
Filed under: plaies
sans espoir
Il n'y a pas que mes amis de gôche qui
aiment à ramper vers la zone crépusculaire des cervelles sévèrement
burnées. Il y aussi aussi le « Monsieur qu'a tout vu et
qu'emmerde le monde ». Celui là mélange allègrement bite,
chatte et couille à son registre de langue soutenu. Parce qu'il
emmerde le monde. En général, il est couperosé, quinquagénaire,
il sent le pipi, le cigarillos et le parfum de luxe pour hômme. Il
aime quand la chair fraîche lui résiste, et lorsqu'il s'excite, il
respire encore plus fort que d'habitude.
Il a lu des écrivains contestés par des connards ternes et bien pensants, il trouve ça glorieux de mettre la main au cul d'une minette devant sa femme, qui en rit à gorge déployée. Parce que sa femme aussi, elle emmerde le monde, mais jamais vraiment son mari par contre.
Souvent, ce Monsieur roule en berline et aime aller au bord de la mer, hors saison, parce qu'elle a du chien cette salope par temps gris, et que c'est une saison idéale pour se faire un resto.
Le reste du temps, il bouquine avec désinvolture de beaux livres reliés, en cuir, sur son sofa, en cuir, au milieu d'un intérieur de bon goût, bois et pierres apparentes, blanc cassé, vert anglais et quelques dorures. Quand il allume la télévision, c'est d'une voix grave et posée qu'il corrige tous ces journalistes qui n'y connaissent rien, ces politiciens qui n'ont aucun courage, ces socialo qui sont des bouffons. Et sa femme complète ce qu'il dit, parce que c'est un bon faire-valoir. Parfois il soulève sa bedaine, signe qu'il sait vivre, lui, pour aller jeter un coup d'oeil à ce que le patrimoine français à de plus beau, en berline. Mais il est souvent déçu. La petite minette vacataire qui a présenté les tableaux n'y connaissait rien, malgré son charmant petit cul de salope. Alors il intervient avec une pointe d'humour à sa sauce, sa voix forte résonne, la minette est gênée, minaude, certains se gaussent de son jeu de mot, il rit aussi. Qu'il est drôle. Sa femme glousse, regarde fièrement autour d'elle. Ça lui rappelle la fois où il avait fait ce jeu de mot sur les tantouzes, au dernier repas de famille. Oh mon dieu qu'il était drôle. Il ose, lui, parler de ce qui fâche. Parce que ce qu'aime faire par dessus tout ce priapique couperosé, c'est se croire au dessus des conventions. Et pour cela, il adopte en général une posture fort peu originale : taper ceux qui sont le plus facile à cogner quand on est un cadre blanc hétéro plutôt friqué. Il aime donc frapper l'arabe, la femme, le pédé, la gouine, le RMIste, le chômeur longue durée, le noir...
Généralement il est cadre quelque part, ce qui ne le change pas de son statut à la maison, il est au dessus de tout, mais on ne sait pas vraiment quel est son rôle exact.
C'est une plaie qui se rencontre au boulot, dans une association ou un parti politique, parfois c'est une plaie qui s'appelle tonton ou beau-papa. C'est en tous cas une plaie assez terrible, particulièrement lorsqu'elle est avinée et que les quelques verrous sautent à mesure que le taux d'alcoolémie grimpe. En général la plaie va vous attraper le bras avec force, pour vous parler d'une sombre question qu'elle croit maîtriser, en approchant son visage très près du vôtre. Elle tentera également de toucher vos seins en se penchant pour attraper quelque chose sur la table, ou essaiera de provoquer verbalement le mec qui éventuellement vous accompagne. La plaie se met en concurrence avec tous les jeunes hommes qu'elle rencontre. La plaie se trouve irrésistible.



Commentaires
C'est un bien réaliste portrait que vous dressez là, Mademoiselle. Et de surcroît, collectif.
De la plaie comme un fait social constant. Paternaliste, présomptueux, baudruche qui tente de se regonfler à la moindre résistance. Son socle gazeux est inavouable.
Je compatis. Et je mesure la chance que j'ai à ne pas connaître personnellement de telles plaies (peut-être bien qu'elles me fuient intuitivement, remarque... ce que je leur conseillerais d'ailleurs en effet)
Bien essayé...
Mademoiselle S vit dans un pavillon aux normes, au pied d'une éolienne de deux cents mètres de haut. Lorsqu'elle s'arrête, elle jette le beurre et le lait de son réfrigérateur avant qu'ils ne rancissent, en les triant sélectivement. Une directive européenne lui interdit de cueillir les fleurs qui poussent dans son jardin. Pour se rendre à son travail elle est fonctionnaire dans une collectivité locale elle marche un kilomètre jusqu'à l'arrêt du tramway qui le mène dans le centre-ville. Tous les jours elle célèbre la journée mondiale de quelque chose de bien, comme la paix, ou de quelque chose de mal que tout le monde s'accorde à combattre, comme le changement climatique. Elle le fait en arborant un petit calicot ou en se rendant à un concert pop où officient des artistes sexagénaires. Elle surveille ses pensées de peur qu'elles ne soient racistes ou xénophobes. Elle paye des impôts pour renforcer la solidarité, pour que les jeunes puissent faire la fête et peindre des fresques sur les murs. Le 14 juillet, elle se brasse socialement en profitant du métro gratuit pour aller à Paris Plage. La France rayonne dans le monde, parce qu'elle dit du mal des Etats-Unis et du libéralisme et prône un impôt mondial pour financer l'amour et la compassion. A l'école elle a appris la "citoyenneter" et "l'accord du participe passer" suivant les nouvelles méthodes pédagogiques en vigueur. Et aussi qu'elle est entouré d'ennemis: les délocalisations, le libéralisme, l'homophobie, le gaz carbonique, les piscines non clôturées, les radars automatiques, le communautarisme, les laboratoires pharmaceutiques, le négationnisme et didier Goux...
Sombre hoplight, ton bon gros bon sens commun (semblable à celui d'un vengeur masqué auvergnat) te perdra.
Mais dis-moi, sais-tu lire ?
P.S. : "C'est dans les nuages qu'il s'orientait"
Bien essayé hoplight.... Mais c'est manqué... J'apprécie tout particulièrement le " Elle surveille ses pensées de peur qu'elles ne soient racistes ou xénophobes". Parce qu'il ne vous vient pas l'idée qu'on puisse être naturellement porté à n'être ni l'un, ni l'autre, sans avoir à se surveiller... Vous êtes un coeur bien noir pauvre bougre. Sans doute redoublez-vous d'efforts pour paraître plus abruti que vous n'êtes. Je l'espère du moins.... Si Mademoiselle ne plane pas nécessairement au dessus d'une éolienne, c'est sans peine aucune et très naturellement, sans efforts, qu'elle vous dépasse de plusieurs têtes. Vous tachez de prendre de la hauteur et vous tombez très bas. En vous lisant je pense aux aiguilleurs du ciel, à leurs pesantes chutes sur le sol. Une caricature de réactionnaire, c'est suranné et cependant très en vogue. Vous ne frisez le ridicule, vous y êtes, avec tous vos camarades cyniques pétris de préjugés et incapable même de concevoir qu'il n'est pas nécessaire de se faire un devoir humain lorsqu'on l'est bien plus que vous. C'est le cas de Mademoiselle. Pour l'humanité vous repasserez, vous n'y parviendrez jamais.
C'est amusant, cette langue qu'essaie de parler Mlle Isa...
En tout cas, Mademoiselle S, vous avez des défenseurs zélés. Et, puisque je suis là, j'en profite pour vous dire que, moi, j'ai trouvé votre petit portrait à charge plutôt bien venu - cela dit sans la moindre ironie.
Du reste - toujours puisque je suis là -, si mes interventions vous ennuient, n'hésitez pas à me le dire : je continuerai à venir vous lire mais saurai me montrer silencieux.
En réalité (et, là, je suis sérieux), ce portrait correspond assez bien à la manière dont je me vois, les jours où je ne pète pas d'enthousiasme pour ma propre personne. Donc, bien vu. Un peu caricatural tout de même (c'est le genre qui veut ça), mais bien vu.
Lorsque j'ai vu Rachida Dati elle souriez d'aise. C'est qu'une volée d'insultes largement méritées aurait mérité meilleur sort: qu'on la pende haut et court. Elle jouissez du mal qu'elle fait, de la souffrance qu'aux autres elle fait endurer. De l'injustice. De cete tyrannie où elle s'est ménagée une place sinon enviable du moins enviée. A-t-on inventé un mot pour cette forme odieuse de jouissance? Perversion? Cynisme? Surtout lorsqu'elle est très répandue dans les milieux politiques les plus arrogants?
L'ironie est facile Goux. Mais ce que j'aime le moins c'est l'arrogance. Une arrogance sortie du même purin, pervers et cynique.
Il y en a qui bandent ainsi...
Dans les champs où je travaille tôt le matin, la rosée sous la chaussure me confirme à cette ultime consolation: il n'y a pas sous mon pied le motif de la pendaison du soufi El Halaj. Sous les votres Goux j'en suis bien moins sûr...
"Nous serons en paix quand on aura pendu le dernier capitaliste avec les tripes du dernier bureaucrate"... Les situationnistes ne connaissaient pas Goux. Ils n'ont rien manqué... C'est un ennemi de si petite envergure qu'ils n'ont pas jugé bon de citer ses semblables: la vieille France qui disparaîtra avec le vieux monde...
Je ne sais pas si, quand tu pétes (d'enthousiasme), ton trou du cul est comme ta bouche, mais celle-là quand tu parles est pleine de cadavres... Et si comme je le pressens ça pue bien moins chez toi en bas qu'en haut, tu t'es trompé de marotte Goux: cesses d'écrire et montres ton cul pesant, ça fera rire les enfants... Au moins...
Heu, on pourrait un peu arrêter de nourrir le troll (pas doué, de surcroît) siouplé ?...
mille excuses à tous
was a joke of course, ne connaissant pas mlle S..
blog intéressant. et bien gardé!
tcho
Incroyable le portrait que vous faites de DG, je serai lui je vous aurai poursuivie en justice pour le portrait public que vous faîtes de lui , j'espère que ce billet restera assez longtemps pour être repéré par les personnes compétentes. Passez votre chemin et cessez de voir l'homme comme une menace, regardez vous en face un peu ! DG est un homme honorable, vous en revanche êtes pittoyable !
C'est la ligue de défense des personnes atteintes de fuites urinaires qui débarque ou quoi ?
Soyez sérieux, il s'agit simplement de la caricature d'une plaie rougeaude, comme on peut en rencontrer au détour d'un repas de famille, d'un séminaire de travail, une association, une émission de télé, ou un blog etc.
Allez, descendez donc de votre poste de vigie juchée sur son
bon vieux Dalloz, et respirez donc un coup pour vous détendre.
Très respectueusement,
Mademoiselle S.
PS : Sinon, prévenez les socialistes, anars, verts, sociologues etc que j'ai odieusement caricaturés dans ce billet, pendant que je me flagelle.
Une poursuite en justice! Le dernier qui ait voulu me pouruivre en justice c'était un étudiant en droit fraîchement converti à l'Islam. Motif: j'ai envoyé deux cartes postales, espacées de deux mois, à celle qui fut sa copine. Notre aimable juriste avait intercepté le courrier... S'il savait que trois auparavant tandis que je discutais avec sa copine et qu'il sortait d'une conférence, j'ai voulu lui céder la place... La belle insistait pour que je reste... Je les savais séparés depuis peu longtemps je n'ai écouté que ma générosité, je suis parti...
Salut, j' attérri ici par hazard par l' intermédiaire du blog de Nicolas, je ne suis pas décus pour ma part "la plaie est très bien menée, drôle, pertinente, écrit avec style et créativité, un peu comme Balzac le faisait avec ses personnages atypiques comme "boule de suif" par exemple, les détails sont bien à leur place, le rythme est bon.
J' ai passé un bon moment à llire, ce billet, je ne connais pas M. DG, ni la polémique du moment mais au delà de cela j' ai aimé la parodie.
Merci, chère mademoiselle S;
Chapeau aussi à Hoplight pour la riposte majestueuse de qualité, bonne réplique, un vrai combat de styles, l'un n'ayant rien à envier à l' autre.
Agréable à lire dans tout les cas.
Je reviendrais vous lire.
C'est amusant que certains poussent leur nombrilisme jusqu'à se sentir visés...
J'ai un énorme nombril GouineMum. Il me sert de cendrier lorsque je m'allonge le soir venu...
bon
j'arrive après le débat vachement en retard évidemment...
moi ce portrait m'a fait penser à bien des personnages dont j'ai subi l'autorité, le mépris, la domination, l'étouffement... depuis mon enfance.
je les hais
le billet ne m'a pas fait rire tant il m'a rappelé de choses réelles, violente, puissantes, destructrices
le billet à réveillé en moi toute la folie meurtrière fantasmagorique de mon enfance et de mon adolescence...
et ça fait très mal...
ce genre de personnage existe tel quel et réellement
et ils font si mal
que même en leur mettant une rocket dans la bedaine, ça suffit pas à taire l'horreur qu'ils inspirent...