La monstrueuse Parade
Par Mademoiselle le 21/11/09, 19:22 - Mademoiselle a lu Biba
Filed under: (é)Norme
Corps
Sous-titrage
J'ignore si vous avez déjà entendu meugler Christina Cordula. C'est un peu comme ma grand-mère, on l'entend avant de la voir. Et quand elle approche, un vague sentiment de panique nous saisit. Eh bien Christine Cordula, c'est un peu la puissance vocale de ma grand-mère, sans la portion de museau en gelée dans l'assiette et le tablier, mais avec une paire de boucles d'oreilles géante, une grande bouche pleine de dents avec du gloss autour.
C'est la reine de la féminitude sur M6. En général, elle arrive en faisant des moulinets avec les bras et vocifère des "Ma chériiiiiiiiiiie !" stridents avant de s'attaquer violemment à une nana qui, selon elle, s'habille comme un sac.

En général, l'émission "Nouveau look pour une nouvelle vie" présente des fâmes qui ont l'outrecuidance de :
- ne pas être allée chez le coiffeur depuis plusieurs mois
- porter des grands pulls
- ne pas porter des tenues en adéquation avec leur morphologie (= cacher leur gros cul)
Des trucs vachement grave, donc.
Entre deux hurlements girly et sur fond de musique d'ascenseur, notre reine des abeilles, missionnée par le dieu ovaire, va donc tenter de sauver le monde de la mode de l'invasion de boudins mal sapés.
Pour cela, elle opte en général pour la culpabilisation (ce qui n'est pas sans me rappeler, encore une fois, ma grand-mère). On assiste donc souvent à des dialogues du genre Barbie contre le boudin :

Montée sur secteur, notre reine du chiffon trop staïle s'arme ensuite de forceps pailletés pour faire accoucher Lafâme de sa féminitude.
- Tu es une femme ma chériiiiiie, n'est-ce pas ?
- Euh, oui...
- Alors ?
- Eh bien euh...
- Alors comment tu dois t'habiller ma chériiiiiiiie ?
- Ben euh... comme une femme ?
- Ouiiiiiiiiiii ! Comme une femme ma chériiiiiiiiiiie !
- ...
- Mais alors pourquoi tu ne le fais pas ma chériiiiiiiiiiiie ?
- Ben euh, parce que euh...
- Il faut que ça change, ça ma chériiiiiiiiiiie !
- Oui...
- Il y a du travail ma chériiiiiiiiiiiiie, mais on va te faire devenir une vraie femme, tu vas voir.
C'est là que notre grande gigue de 37 kilos pour 1m85 commence en général à décrire la silhouette de la nana en face d'elle. Normalement, elle lui dit des trucs super agréables du genre :
Tu as du ventre ma chériiiiiiiiiiie, il faut le cacher avec... et armée d'un cintre, elle fait virevolter un "top" (un haut quoi) au dessus de sa tête./Tu as les épaules plus larges que ton bassin ma chériiiiie, il faut atténuer ça avec.../Tu as des formes (tu es grosse) alors pourquoi tu ne montres pas ta poitrine ? (traduction : tu es grosse, alors fais au moins l'effort de montrer quelque chose d'agréable)/Tu as des petites jambes ma chériiiiiie, tu DOIS porter ce genre de vêtements...
Bref, Lafâme qui est en face comprend qu'elle ne DOIT PLUS se LAISSER ALLER de la sorte : elle doit faire des efforts pour ne pas continuer à être comme une grosse verrue venant gâcher le velouté d'une peau -imberbe- de papier glacé, une insulte à la môde.
Là par exemple, Bidule est en V...

Elle doit donc cacher sa tare avec une encolure spéciale :

Seul soucis, la nana n'aime pas... La réponse ne se fait pas attendre... Si elle n'aime pas, c'est qu'elle ne connait pas la tendance et qu'il faudrait qu'elle pense sérieusement à lire la presse féminine...

[Pour les courageux/ses, le lien]
Mais il y a mieux. M6 s'est demandé comment aller plus loin encore, et après mûre réflexion, la chaîne a décidé de mettre les nanas à poils.

Là encore, le principe est simple. Après les avoir matraqué à coup de "t'es moche, t'es grosse, tu ne sais pas t'habiller", la chaîne adopte un ton mielleux et fait venir des femmes sévèrement dysmorphophobiques pour les coller en sous-vêtements devant quinze miroirs et cinq caméras. En général, celles qui sont choisies sont de jolies femmes atteintes d'une grave malformation : faire une taille 42, voire 44 !




Ces freaks, osons le mot, sont accompagnés par un gentil môssieur efféminé, ami fidèle de Lafâme et de la mode, cébienconnu.
Il est sympa comme tout, rassure les nanas en leur disant que tout n'est pas perdu et qu'elles ne sont pas si moches que ça, pendant que la voix off susurre des phrases du genre "Martine doit apprendre à mettre sa silhouette en valeur et retrouver une allure féminine".
Ce qui est terrible, c'est qu'à chaque fois ou presque, Lafâme verse une larme devant le miroir en balançant des :
j'ai de la graisse partout,
je suis énorme
j'ai des grosses cuisses
regardez moi ce ventre
On en est donc au point où Lafâme pleure à chaudes larmes. C'est le moment que choisit le présentateur pour passer à la vitesse supérieure. Il se met alors à l'assommer d'injonctions diverses relatives à sa nature de fâme. Le tout est entrecoupé de blagounettes bon enfant et de rigolades devant la caméra.
Mais si vous pensiez naïvement que le principe de l'émission était de permettre à ces fâmes de sortir en chantant "j'ai du ventre et je vous emmerde", c'est une terrible erreur.
Après avoir gentiment dit à Lafâme "Meuh non, je trouve que tu n'es pas si moche, regarde, sois positive, aime toi", on l'emmène dans un magasin pour lui faire acheter une gaine. Bah si.
Une GAINE. Bordel. Comme celle de mamie. Pour maintenir tout ça qu'il dit le présentateur. "Gros tas !" entend on hurler au loin.
Et Lafâme de l'émission, ben elle fait "oui oui" de la tête et elle se dirige vers la cabine pour enfiler ce machin qui va la comprimer. Et elle est émue en plus, parce qu'évidemment, comme on lui a collé sur le dos des fringues qui ne sortent pas de chez Babou, ça rend mieux.Bon, on l'a compris, le principe de l'émission, c'est d'apprendre à planquer son gras, pardon, apprendre à se mettre en valeur. Et comme dirait le présentateur "Bien sûr je ne vais pas leur dire : « Chérie, tu as 20 kilos en trop, c’est génial reste comme ça ! » ".
Une fois l'émission terminée, ils ont en général réussi à jucher Martine sur des talons improbables, à lui coller une frange à moitié dans la gueule et une jupe qui l'empêche de marcher autrement que la petite sirène.
On reste hébété quelques secondes, pendant que le générique hurle "big girls, you are beautiful", avant que ne monte une furieuse envie de personnaliser le relooking.
On proposerait bien à Lafâme ce joli diadème d'épines ultra fashion

Ou cette petite croix tendance...

Sans oublier la touche indispensable (ah les accessoires...)

La panoplie complète de Lafâme moderne en somme ma chériiiie.



Commentaires
C'est une connasse entourée de connasses qui se prêtent à un jeu odieux.
ton post m'a fait beaucoup rire, merci

je peux pas m'empêcher de regarder cette émission et écouter cristina hurler ses "ma chériiiiie" toutes les deux secondes, c'est trop drôle
...nan mais le pire, c'est que t'as même pas grossi le trait.
Hilarant ! L'art du camouflage est une science militaire...
non mais qu'est-ce que c'est que cette horreur ?
Dégoulinante de bêtise à laquelle elle semble vraiment croire... Mais autre chose, que font ces nanas qui ont l'air bien normales, même marrantes dans une émission aussi obcène? On les paie? On leur offre l'affreux topviolêêt ou la coloration?
Terrorisme de l'image:
Tu seras belle ma fille, et mince et gracieuse et maquillée et élégante et soumise à ton homme, aux hommes, à ton patron à ton chef.
Règne de l'humiliation:
Tu es grosse, tu es laide, tu es inutile, tu es bonne à rien si en plus tu es pauvre tu n'existes pas.
Consumérisme déchainé:
crème pour maigrir, crème pour briller, crème pour gommer, crème pour se cacher!
La gaine!!! pourquoi pas le corset pendant qu'on y est!
Dis-donc ma chériiiiiiiie, entre les magazines et la tv, tu vas finir par tomber malade.. va chez ton coiffeur, ensuite va faire quelques emplettes, et puis laisse la critique aux hommes (genre bhl, finky, et autres penseurs de hautes volées).
non mais !
Et à la fin de belle toute nue, la nana qui accepte de poser à oilpé est toujours mise dans une position improbable, genre les genoux croisés devant la poitrine, parce qu'on va pas lui faire exhiber son gras les bras grands ouverts quand meme.
Ca me fait penser à la couv de chéplukel magazine qui a fait poser Marianne James nue, on voit rien parce qu'elle a les jambes croisées très haut devant ses tétés... mais on vous garantit qu'elle était à poil pour prendre la photo!
Bon je dis ça, mais l'intérêt même de mettre de la meuf à poil partout m'échappe, donc je ne peux pas parler en expert
Mais bon, on te montre des femmes qui ont le physique de 70% de la population féminine, et on te dit que c'est monstrueux, ça te fait des générations de complexés : les nanas qui sont toujours trop grosses, et les mecs qui sont persuadés de se trimballer un boudin alors que si bobonne faisait un effort, ils n'auraient plus honte de l'emmener au bowling de Roupette les Bains.
Sur ces bons mots, je vais manger des Pepito trempés dans le Nutella.
D'après mes expériences, les rondes baisent mieux que les maigrichonnes, et na...
(et l'autre ferait meux des renommer en Corps-du-lard...)
Après Sarkozy aka l'homme qui protège les fâmes de la burqa mais qui ne valait pas 4 milliards, M6 s'est mis au féminisme aussi, voyons !
Je me demande bien quel est le public visé notamment de "Belle à poil" qui vient de passer à la télé - donc le dimanche après-midi..
Je trouve ta chronique a hurler de rire et pleine d'esprit. Nous venons de créer un nouveau magazine féminin féministe "Les Poupées en Pantalon" dont le premier numéro vient de sortir. Si un jour l'envie de prend d'écrire quelque chose dans un numéro n'hésite pas à nous contacter !
Salutations féministes
Bon...
ben... euh...
j'ai regardé la vidéo !!!
c'est complètement dingue !
en plus
la pétasse qui donne des leçons aux autres ferait bien de commencer par elle-même !
moi j'ai trouvé qu'elle avait un gros cul d'autant plus ridicule et beurk qu'il est juché sur des allumettes et coiffé d'une cocotte en papier qu'à même plus assez de cheveux pour donner un genre volcanique à une façon rèche et sévère de se mouvoir, presque agressive...
bref
on a furieusement envie de voir la brave femme qui semble manifestement plus qu'agacée, lui envoyer une mandale dans son ratelier de maîtresse d'école frigorifique !
alors le reste...
ben par ailleurs...on fait subir le même genre de choses aux hommes... en les forçant à se vêtir progressivement d'uniformes sombres, de chemises immaculées au col raide et étranglant doublement fermé par un phallus arrogant de bêtise !
bon désolé je m'énerve je m'énerve
j'aime pas l'embonpoint parce que ça me rappelle furieusement l'étouffement par mes aieux puants de suffisance et fiers de leur adoration de la bouffe de l'alcool et de la baise...
donc c'est pas pour mieux baiser... on a rien fait d'ailleurs par la suite pour que j'aime ça !
mais ce que je ne supporte pas, c'est qu'on force quelqu'un en le dévalorisant : ça c'est l'humiliation totale et ça m'est insupportable.
Dévaloriser? Mais de quoi au juste? La beauté pour toutes fins ou pour tous moyens? Il m'apparaît qu'elle est un moyen fort utile d'obtenir quelques "satisfactions", qui cumulées, finissent par dessiner une existence plus "enviable". C'est du moins qu'elle (la beauté et l'existence) sont perçus.

A quel point? Jusqu'au déni ou l'incapacité des autres de percevoir les nuances, pourtant grossières, de votre propos. Je m'explique. Lorsque je dis aujourd'hui sans être embarrassé qu'on ne me trouva pas jolie dans mon existence et je peux le dire généralement avec assurance parce que le propos ne m'a jamais été rapporté et qu'à quarante ans on peut se faire une idée d'autant plus sure que désormais la joliesse sera sur le déclin. Quand je dis ceci j'énonce un fait, je n'expose pas une valeur. J'énonce un fait qui a une importance dans l'existence et qui parfois peut-être déterminant. En somme je donne l'une des caractéristiques principale de ma vie d'homme occidental dans la France de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle. Que fait-on? On le déni. Que ce soit en famille ou avec quelques proches en général on trouve à redire à cela; comme si vous n'aviez pas vécu vous-même votre propre vie. Un homme peut dire qu'il est grand ou petit et pourtant rien ne fixe de maniere déterminante qu'on est ou grand ou petit. A partir de quelle taille? Ou n'est-ce pas plutot ce que l'on entend qui vous détermine à dire que vous êtes petit ou grand. N'est-ce pas que la société utilise votre taille pour par exemple rejoindre une équipe de basket ball? A-t-on vu des basketteurs philosophes de 2,15m qui prétendaient être petits parce qu'il y a plus grand qu'eux? De la même manière je peux me situer parmi les hommes qui n'ont pas été recruté pour leur joliesse par les femmes de la société de cette époque. Je le peux sans m'embarrasser parce qu'il est question de beaucoup de beautés chez Sophie et Tom Jones dans le roman d'Henry Fielding et que l'auteur n'est pas à ce sujet hypocrite. Je le peux parce que les gens de notre époque ne s'embarrasse pas de cacher ce trait de bonne physionomie à leurs semblables et je vois mal qu'ils aient passés 40 ans, sans se concerter, à me le cacher à moi seul
Pourquoi un tel déni? C'est une vraie maladie ce déni. Une vraie maladie de l'époque. C'est une maladie parce que tout ces gens sont disposés à écouter Gainsbourg parfaite son image sur sa "tête de chou" et à l'apprécier ainsi. Mais la chose doit encore rester du domaine du spectacle, c'est à dire qu'ayant tout envahi on doit dénier au spectacle de l'avoir fait. De sorte qu'on aboutit à des abérrations, à des choses odieuses comme cette emission de M6. On vous empêche de dire votre existence et quelques traits déterminants de celle-ci, pour cacher ce qui est parfaitement visible, c'est à dire pour changer la réalité de la perception qu'on eut de votre gueule et pourquoi pas votre gueule elle-même? Ainsi de la chirurgie esthétique et de tous les maquillages. Car si ça ne va pas c'est vous qui devez changer. Vous et vous seul. La voilà la contre-révolution du siècle. La contre-révolutionnaire n'est plus seulement celui qui vous dit que vous êtes grosse ou laid, c'est aussi celui qui vous empêche de raconter votre propre histoire. Alors allez-y Paul parce que sur ces sujets je crois que vous serez intarissable
J'ai de la chance : non seulement je ne connais pas Christina Tadugra, mais je n'en avais même oncques entendu parler avant de lire ce billet. Et il est fort probable que je n'en entendrai jamais plus parler après avoir lu ce billet :-}
...et ma Sorcière met des gros pulls
@ardoise : Attention, rire donne des rides ma chériiiiiiie.
@Lledelwin : Bah non, même pas besoin d'en rajouter. c'est tragique.
@Nobo : Des armées de gaines débarquent en effet...
@julka : Je me demande si on ne les paie pas en effet. Ou alors, c'est comme cela qu'on écoule nos stocks d'intermittents en période de crise.
@céleste : Oui, c'est assez dingue qu'on revienne à la gaine. Tiens ça me fait penser au passage sur la lingerie dans backlash de Faludi, ou elle décrit l'évolution façon retour de flamme des "créations" de lingerie dans les années 90, vers de l'odieusement inconfortable pour Lafâme qui doit souffrir pour être belle.
@damien : Vais demander une prime de risque en effet. Parce que figure toi qu'à force de regarder ou de lire ces machins, il me vient parfois des idées saugrenues du type masque hydratant et rinçage du cheveux à l'eau froide pour refermer les bidules du cheveu.
@Hamsterviolent : Au début de l'émission, la voix off présentant le machin explique que 2/3 des françaises sont au régime et qu'il est temps que les femmes s'acceptent enfin, pour elles, et pour les maris, qui en ont marre de subir leurs femmes au régime... Les pôvres. Obligés d'attendre que bobonne cuisine un plat pour lui et un plat pour elle. Le drame.
@GouineMum : Et d'après les journaux et une femme politique suisse (je crois), les féministes baisent mieux que les non féministes. Je te raconte pas l'expérience avec une féministe ronde.
@Claire Obscure : Je l'ignore. Certainement des employées obèses (60 kg pour 1m65)
@Les poupées en pantalon : Merci. J'ai entendu parler de votre sortie, je n'ai pas encore eu le temps d'y jeter un oeil. Vais le faire cette semaine. Si j'ai une idée, une envie, je vous contacte, ça marche.
@paul : Il y'a un versant de l'émission réservée aux hommes. Par contre, et malgré la violence du relooking, je n'ai pas eu le sentiment que leur masculinité était remise en cause, tandis que pour les femmes ce qui revient en permanence, c'est qu'il leur faut retrouver leur féminité. On s'entend, mon problème n'est pas en soi que la masculinité ou la féminité soient remis en cause dans l'absolu. Seulement, dans le cadre de l'émission, il me semble que ce qui est reproché aux hommes c'est plutôt leur mauvais goût ou leur flemme de changer de look, tandis que chez les nanas, c'est hyper psychologisé autour de leur "nature féminine" qui serait planquée tout au fond d'elle pour des raisons x ou y.
Mais peut-être n'ai-je pas regardé assez d'émissions (pour mon équilibre c'était mieux). Sais pas si je suis claire.
@Isa : Tu excuseras ma difficulté toute femelle à monter en généralité et en abstraction.
On retrouve tout à fait cette injonction à taire sa tristesse et à se repackager (excusez le néologisme) dans les deux émissions. Il s'agit d'ordres. ça rappelle d'ailleurs tout à fait le ton de la presse féminine, qui ordonne sur un registre infantilisant aux femmes de se maquiller ou de se coiffer de telle ou telle façon, avec des phrases du type : "pas étonnant que vos cheveux soient comme ceci, puisque vous n'avez pas utilisé tel ou tel soin". Pas étonnant que vous ayez l'air d'un épouvantail si vous ne suivez pas les règles d'or du maquillage...
Bref, on retrouve vraiment le "ta gueule la moche, c'est de ta faute, regarde comment on doit faire quand on est une vraie femme respectable".
@Swâmi Petaramesh : Si seulement il suffisait d'éteindre la télé pour que ça n'existe plus...
@Mademoiselle: L'injonction de taire sa tristesse devrait être un presque devoir humain de la dire, l'état du monde est tel.... Jonathan Swift disait "« Les plaintes sont le plus grand tribut que reçoive le ciel et la plus sincère partie de notre dévotion. ». C'était une autre époque... car la poétesse croate Vesna Parun, dont j'ai déjà parlé ici, relève que toutes les idéologies du XXème siècle ont nié la souffrance humaine. Le mot "combatif" est dans toutes les bouches nazies (Mein Kampf, mon combat) et corrolérement Hitler présente sa politique en matière d'éducation, l'éducation physique vient largement en tête, la formation du caractère est secondaire car elle advient selon lui plus ou moins d'elle même lorsque justement le physique est le maître de l'éducation et qu'il réprouve l'esprit. Au dernier rang du programme pédagogique, suspectées et dénigrées, la formation de l'intellect et des nourritures spirituelles.
Aujourd'hui d'ailleurs les psychiatres et autres médicastres vous recommandent de faire du sport et on en voit jamais aucun évoquer un livre. Le joggeur présidentiel à la banane corrélée à l'expansion de la misère et "combatif", "se battre" vient dans toutes les bouches, au spectacle du sport, sur les lieux de l'aliénation salariée, on l'entendit même d'un combat pour qui convoitait une femme.
Dans ces conditions Jacques Ellul dans son exégèse des nouveaux lieux communs en pointait un de redoutable "l'empêcheur de tourner en rond". Celui qui gache la fête. le "devoir de bonheur" a fait flore dans les années 80 et de manière concomittante on reprochait à ceux qui n'y adhéraient pas de faire leur "Caliméro", de "geindre", de "se plaindre". L'emission de M6 s'inscrit là, dans le "think positive" (Think, penser devient acheter -car on ne pense plus c'est mauvais_ les produits cosmétiques qui changent positivement, les gaines, la chirurgie esthétique).
Si avec tous ces produits, toutes ces robes et ces gaines, toutes ces possibilités chirurgicales vous ne trouvez pas le bonheur c'est que vous méritez bien d'être malheureux et c'est avec cette assurance que la police viendra constater votre suicide au petit matin, avec la même indifférence qu'on regarde la grosse moche, et peut-être avec une petite blague tirée de Cristina Cordula "la vache l'est grosse à transporter. Alors ma chéééérie, tu vas être féminiiiine dans ton linceul"
@Isa : bonjour Isa
j'ai tout lu mais j'ai eu du mal à suivre.
en fait mon intervention était surtout du à une grosse colère devant cette vidéo.
systématiquement, ça montre les fondements que j'exècre de la culture ambiante.
on demande aux gens à se couler dans un modèle.
on n'accepte jamais qu'ils expriment ce qu'ils sont intrinsèquement.
quand je disais qu'on les dévalorise, c'est qu'on leur dit systématiquement que c'est pas bien d'être comme ils sont selon une échelle de valeur.
et j'ai cru comprendre que c'est ce vers quoi tend votre intervention à la suite de la mienne en parlant de ces contre-révolutionnaires qui non seulement rabaissent tout mais encore culpabilise les gens d'êre ce qu'ils sont ne façon naturelle et plus encore de l'exprimer.
ça me rappelle uneautre expérience pédagogique et sociale que j'avais faite lors de ma formation de prof des écoles en IUFM. j'étais tombé sur une équipe de formatrices exceptionnelles. Elles savaient que j'étais à la limite de démissionner tant je souffrait de l'ambiance de reproduction de modèle des collègues auxquels elles tentaient de donner des rudiment de pédagogie constructiviste non reproductrice de modèle.
Elles m'ont confié le groupe des "mémères" lors des cours de pédagogiedu corps sports danse... mémères ça désigne tout simplement les femmes et les hommes qui ont passé l'âge d'être sveltes et ont perdu l'habitude de faire de l'exercice avec souplesse et dynamisme.
J'ai directement réinvesti toute les méthodes que je pratiquais en danse contemporaine et en tai chi chuan.
l'idée est de trouver comme faire de son corps tel qu'il est un outil d'expression et d'action.
et on s'est mis à travailler à chercher des mouvements sur des thèmes émotionnels mais aussi d'action puis à travailler le comment perfectionner chaque mouvement dans son expressivité ou son efficacité.
et progressivement, les "mémères" se sont découvertes des tas de facilités inconnues jusque là, transformer leur façon de marcher pour sentir plus profondément toutes les actions concourantes à chaque acte... etc...
les autres groupes nous regardaient au début avec mépris et amusement.: ils faisaient des trucs classiques du genre comment forcer quelqu'un à apprendre à sauter selon un modèle. leurs visages étaient sérieux... anxieux.
dans notre groupe, on riait beaucoup, on faisait énormément d'exercice en se touchant, en étant très en contact les uns et les unes avec les autres, sans avoir peur de nos éventuelles inhibitions voir complexes.
et surtout, ces gens qui au départ avaient peur de faire quelque chose de leur corps, progressivement n'avaient plus peur de rien et n'enviaient rien des exercices formatés des autres. en plus ils devenaient collectivement prolixes d'idées de choses à réaliser.
et au final, les autres nous regardaient souvent, d'abord avec scepticisme... puis bientôt avec une certaine jalousie qui se traduisait par une critique acerbe...
ce cadre était exceptionnel et protégé par des gens qui cherchaient à transformer progressivement les modes de construction culturel
par la suite évidemment
je me suis tellement fait casser les reins par les collègues dans tous mes postes que j'ai démissionné.
@Mlle S. : ce n'est nullement les concepts de masculinité et de féminité que je vise ou que je sens visé. ce sont des concepts qui me sont totalement indifférents et sur lesquels je ne suis pas construit moi-même.
ce que je note dans la vidéo comme dans les autres indications que vous donnez dans votre article c'est que systématiquement on rabaisse la personne à l'égard d'une échelle de valeurs de modèles.
jamais on ne cherche à mettre en expression ou en lumière la sensibilité de quelqu'un.
je pense que c'est ce que la conceptualisation de l'intervention de Isa tend à dire.
le formatage masculin est beaucoup plus violent du fait qu'on impose à l'homme précisément une notion, un concept, un modèle de sensibilité appelé masculinité qui consiste précisément à ne pas avoir du tout de sensibilité, à n'avoir aucune expression corporelle visible, à nier totalement le corps masculin et pire encore à interdir toute sensualité à l'homme.
par ailleurs, si les modèles féminins sont déjà très strictes, ils manifestent tout de même une variété de choix dans les expressions à travers le choix des couleurs et des sensations de tissus comme de formes qui est totalement interdit aux hommes.
je n'ai pas la télévision donc je ne sais pas ce quel'on fait subir de violence aux pauvres bougres qui se fontprendre dans ces traquenards.
mais là encore celame rappelle une autre expérience pédago-culturelle
je faisais de l'enseignement général adapté en classe de segpa :milieu de zep de région parisienne, le nut est de faire un enseignementadapté à une préprofessionnalisation des élèves.
donc ils et elles travaillaient aussi en stage en entreprise.
et on leur faisait des réflexion sur les formes de présentation.
ce sontinitialement des filles qui m'ont demandé de faire quelque chose pourles aider à réagir aux remarques des autres prof et des patrons sur leurs vétements et leurs tenues...
je leur ai d'abord expliquer lecommentfonctionne la culture environnante en leur disant directement que ça fonctionne par échelle de valeurs et de modèles. que les gens cherchent toujours à placer l'autre enposition d'infériorité,qu'il n'accepte jamais de reconnaître ce quel'autre est vraiment
qu'il ne fallait rien attendre de reconnaissance de cette culture, juste bosser pour le fric.
ensuite je leur ai dit qu'il fallait donner le change
donc donner l'apparence de l'assurance et ne jamais baisser le regard quand on vous faisait une remarque,toujours exprimer de la fierté : c'est ce qu'ils attendent, de la force, ils ne connaissent que ça.
puis je leur ai dit que puisse qu'ils et elles cherchaient à se vêtir autrement, il fallait toujours se sentir en accord sensuel avec ce que l'on portait même si c'est pour faire semblant d'entrer dans le moule. ce qu'il faut c'est quelque chose qui soutienne l'apparence de force que l'on veut donner à ces connards.
elles ne savaient pas quoi choisir dans ce qui était à portée de leur bourse.
donc je leur ai dit de se fier à leur sens :repérer les couleurs et sentir par le toucher le tissus dans le quel on se sent le mieux, pour les formes ben c'est pareil, imaginer le truc qui met en forme ce que l'on veut exprimer.
et progressivement, je les ai vu changer de vétement de façon naturelle et assez réussi dans le sens de l'expression de leur force et de leur sensibilité. du coup, les retours de la part des collègues et des patrons ont été assez inattendus : ils avaient l'impression de ne plus avoir à faire à des gosses mal dans leur peau et sans but...
donc ça marche
même si c'est pas du tout la procédure du modèle ambiant !
@Isa : complètement d'accord sur ce quevous pointez de l'esprit guerrier du XXiéme siècle !
c'est même ce qui m'horripile dans le vocabulaire contestataire qui lui aussi ne parle que de combat et jamais de construction...
mais bon...
le siècle est à la destruction
Mlle S : Ouaip, je confirme aussi pour la baise féministe
(manque juste encore que qu'elles viennent me voir en tant que clientes ; remarque que j'ai eu le cas récemment... mais je ne sais pas si elle est féministe)
Ouéééééé, merci pour ces éclats de rire, d'autant plus que, l'autre dimanche, cassée par un gros rhume, j'ai comaté sur mon canapé (enveloppée dans un gros pull difforme, le cheveu gras, et en mangeant des trucs gras et salés, ouuuuu), et j'ai visionné ces deux émissions hallucinantes, tout en me disant que non, s'pas possib', je devais délirer, la fièvre, tout ça... Pis j'ai pensé qu'un jour, tu t'attaquerais certainement à la Cristina. Ben je suis pas déçue ! :-))
Evidemment, j'étais tombée sur l'émission où il s'agissait de relooker un couple (mais surtout la dame, hein) pour leur MARIAGE, parce que forcément, s'agissait d'être une vraie Fâme pour ce jour qu'est le plus beau de tous les jours de la vie d'une Fâme... séquence émotion à l'église comprise, donc, la totale !
@GouineMum : J'étais tombé sur cette info en fait :
Je lis même Le matin, c'est dire.
@ko : Oui, j'ai vu dans les vidéos sur le site de M6. ça m'a l'air bien gratiné en effet. Faut au moins avoir une bonne fièvre pour arriver à regarder jusqu'au bout.
Mlle S : Ya pire comme lecture...
Sur le thème de l'article : en fait, je ne sais pas si mes partenaires baisent bien parce qu'elles sont féministes ou parce qu'elles sont gouines, ou parce qu'elles sont les deux...
Moi j'ai un faible pour la séquence émotion où après 4h de longue séparation, le cobaye retrouve famille et amis dans un torrent de larme dont même Ingrid Betancourt en serait jalouse. Et les interviews des réactions bouleversantes, sur fond de musique titanic "Je retrouve enfin ma mère/fille/copine/femme! C'est magnifique, merci!"
Vraiment touchant.
Ah ...
Je me rappelle avoir passer un grand moment devant "belle toute nue"....
Je suis resté hébétée devant ce truc en regardant une bonne femme de 40 ans perdre toute dignité en confiant à la France entière qu'elle ne vivait que pour les magazines féminins. Le tout finissant avec sa photo sur écran géant dans Paris et elle l'oeil humide tellement qu'elle est belle sur sa photoàpoil...
J'ai trouvé ça incongru qu'une femme qui devrait avoir bien d'autre raison de se faire valoir à cette age ce comporte comme une ado bien dressée de 13 ans... non en fait c'est pas incongru c'est affreusement flippant...
Quant à la baise des féministes, j'imagine que si on attend plus qu'un concombre tentant pathétiquement de prendre des poses lascives en attendant que tout se passe puisque c'est comme ça que la fâame baise ben oui ça doit être mieux.
Je dois être lâche, après deux jours d'hésitation, j'ai cliqué sur le lien, failli lancer la vidéo... et puis non, finalement, j'ai pas osé.
Ce qui me rend vraiment triste, c'est que les femmes qui acceptent de subir ca (et en public elargi!) sont volontaires.
Et je trouve un peu court, voire tres court, voire carrement degueu, de les qualifier, comme ca, sans reflechir davantage, de "connasses" (Isa, premier commentaire).
Humilier quand on ne comprend pas... ca donne l'impression, mais seulement l'impression, d'etre intelligent et superieur.
Et, au fait, merci beaucoup d'avoir regarde ca pour nous, je n'en aurais pas le courage. C'est tres marrant a lire, alors que ce doit etre atroce a regarder.
Felicitations pour la transmutation.
@cultive ton jardin: Le premier que j'ai entendu de parler "connards" c'était un photographe au sujet des protagonistes premier loft. Je ne trouve pas de qualificatifs plus juste s'agissant d'une véritable guerre chère madame. Lorsqu'un patron de chaîne a refusé de cautionner la télé-réalité il a subi une levée de bouclier et des pressions terribles. Il s'est suicidé.
Quand Michel Bidlowski présentait sur France Culture dans les années 90 une emission littéraire fort intéressante (avec Gilbert Lascaux, Roger Dadoun etc...), on a posé Laure Adler en directrice des programmes pour qu'elle bouleverse tout et tire imparablement vers le bas le traitement de la littérature sur cette radio (ce qui s'est nettement aggravé après elle). Bidlowski s'est jeté depuis ses bureaux. Suicidé. Le lendemain, sur l'antenne, une brève intervention d'un journaliste, de dire "qu'il (Michel Bidlowski) s'était suicidé. Il avait reçu beaucoup de pressions".
CTJ : Je pense qu'outre volontaires elles sont surtout corrompues, à savoir payées pour ça. Tu as remarqué qu'on n'y voit guère que des femmes de classes sociales pas riches ? Cette émission a donc aussi une dimension de rapport de classe, voire de lutte des classes (faire miroiter aux pauvres les idéaux des riches).
Le pire , c'est que cette propagande est efficace auprès des jeunes de mon âge : toutes (même les plus minces) ont la hantise de "finir" comme les protagonistes de "Belle Toute Nue" , comme si c'était une honte d'avoir des rondeurs.
Et une de mes amies, une jeune fille charmante, se tue à faire des régimes pour devenir "regardable", selon ses propres termes , alors qu'elle est ravissante. On pourrait d'ailleurs aussi parler de la presse gay qui , dans ce domaine, vaut bien la presse féminine.
Bonjour,
je voudrais reagir face a cet article juste pour signifier que les femmes qui participent a cette emission (avec C. Cordula) sont totalement consentantes. alors peut etre que ce genre d emission n'est pas la meilleure solution pour l'emancipation de la femme mais en tous cas elle plait a certaines et personne les y oblige a participer.
http://www.ephemanar.net/mai20.html...
Sont-elles de la même espèce? C.Cordula et André Leo?
Momone06 : Le consentement dans ce genre de media est une question hautement discutable, crois-en mon expérience médiatique. Et surtout : personne n'est obligéE non plus de produire et diffuser ce genre de merdes. A qui cela profite-t-il ? C'est ça la question cruciale.
Mais bien sûr. Et si un jour quelqu'un décide de réhabilliter les jeux du cirque à la télévision , ou de créer un programme ou l'on verra des hommes battre leur femme en direct, du moment que les participants sont "consentants" (le seront-ils vraiment ?) , il n'y aura plus qu'à se taire, puisqu'un tel programme plaîra certainement à certains, et que personne ne les aura obligés a y participer.
Si les participants sont d'accord , tout est acceptable à la télévision, c'est bien connu...
@brainac: mais ces programmes existent bel et bien... Aux Etats-Unis une chaîne diffusait une émission de télé-réalité qui mettait en scène des combats de clochards. Les clochards étaient "consentants" et rémunérés