Si Mademoiselle ne peut pas vous aider à éviter toutes les conversations chiantes, elle peut en revanche vous donner quelques trucs testés et approuvés pour limiter les dégâts.

Tout d'abord, l'arrivée. Il faut être vigilante dès le départ. Il est possible que la nouvelle femme de votre cousin vous saute immédiatement dessus pour vous parler de fâme à fâme. Elle s'est mariée récemment, alors évitez-là dès le départ. Si vous ne le faites pas, vous aurez le droit à l'interminable récit de cet éphémère moment de gloire que fut son mariage. Si elle vient d'avoir un enfant, soyez encore plus prudente. Sachez qu'elle risque de vous coller son gamin dans les bras comme si c'était un cadeau. Elle se mettra ensuite à vous raconter tout un tas de trucs  dégueulasses sur les troubles digestifs de son bèbè, ce dont vous vous foutez complètement. Si vous voulez survivre, il faudra rapidement assumer votre monstruosité, montrer clairement que ça ne vous fait pas vibrer l'utérus du tout. Pour cela, prenez un air extrêmement maladroit lorsque vous aurez le gamin dans les bras afin de faire peur à la mère, ajoutez au tableau un air vaguement dégoûté et tenez l'enfant loin de vous. Lorsque la petite lumière du mépris viscéral luira dans l'œil de la môman, vous aurez gagné, elle vous foutra désormais la paix durant tout le repas. Cette technique peut vous paraître un peu radicale, mais sachez qu'elle vous permettra d'échapper à une longue discussion de femelles complices sur le tic tac de l'horloge biologique et la beauté du don de soi à travers l'enfant, ciment du couple.

Attention, vous avez évité ce premier piège rose gluant, mais c'est loin d'être terminé.

Vous pouvez également être confrontée au mari priapique de tata. Ça fait des années que vous le pratiquez celui-là, son amour pour vous à grandi avec la taille de vos bonnets de soutien-gorge. À Noël dernier, il vous a reluqué les seins pendant deux heures en répétant qu'il aimait les femmes comme vous, avec de l'esprit -pour ceux qui ne savent pas encore, l'esprit féminin est équipé de tétons-. Pour que le repas soit moins pénible, amusez vous à donner quelques petits coups dans son entre-jambe mental en vous attribuant toutes les tâches estampillées masculines. Commencez par le vin. Débouchez vous-même la bouteille, servez le vin et critiquez ses choix. Vous pouvez également lui donner quelques conseils sur l'ouverture des huîtres, pour éviter ces désagréables petits morceaux de coquilles cassées.

Si vous voulez vraiment l'emmerder, lisez Auto Plus avant le repas pour lui couper l'herbe sous le pied lorsqu'il se penchera en arrière, repus, pour causer du dernier moteur hybride.

Si vous êtes affublé de testicules, et que vous voulez éviter absolument l'épreuve de la réunion des mâles devant la maison, à causer de la bagnole de tonton machin ou le traditionnel appel des femelles aux mâles pour brancher le dernier équipement hi-tech, ouvrir les huître ou découper la dinde (pas la belle sœur, le volatile), optez pour la technique infaillible de mon père : prenez le premier livre qui vous tombe sous la main (un télé sept jours fera très bien l'affaire en cas d'urgence), et absorbez vous dans la lecture, en faisant mine de tout oublier autour. Prenez un air obtus, enfoncez-vous dans le canapé, normalement ça marche.

Enfin, pour les plus fatiguéEs de l'année, pour ceux/celles qui ont morflé chaque fois qu'ils/elles ont allumé la télé ou la radio, ouvert un journal ou entendu causer le buraliste, BUVEZ de l'alcool en quantité, et lâchez-vous un peu. Allez-y, surenchérissez aux propos de tonton machin, qui croit que dire maghrébin à la place d'arabe et voter PS le protège du racisme. Foutez-lui le nez dans sa merde. Tapez sur votre connasse de cousine Angélique qui minaude en bavant que les hommes et les femmes sont différents quand même, y'a qu'à voir biologiquement. Dites lui d'aller faire la vaisselle avec ses ovaires, que ça vous permettra de terminer votre cognac tranquillement. Chauffez-vous, montez en puissance, n'hésitez pas à salement tacler à la cheville, méchamment, pour casser de l'os... parce que c'est ça aussi l'esprit de Noël, un moment hors du temps pendant lequel on peut se permettre de rêver un peu.

Allez, bon courage à tous et toutes, encore une grosse semaine et c'est terminé.