La recette est toujours la même : On présente des femmes qui ont fait un choix étiqueté « moderne » (ne pas faire de gosses, ne pas être en couple etc..) comme un phénomène de société en plein développement, d'où l'intérêt de se pencher dessus, et on met en doute ce choix. Mais pas n'importe comment. Il convient toujours de ne pas avoir l'air de faire la morale aux lectrices, de ne pas leur imposer violemment un discours normatif. Alors, on psychologise la question, grâce aux experts. Psychologie magazine est assez bon dans ce genre de gymnastique... 

J.F., 40 ans, célib ch. Prince charmant

De plus en plus de femmes vivent seules. Beaucoup affirment qu’elles sont ainsi plus heureuses, plus libres. Pas si sûr car, en secret, elles attendent l’homme de leurs rêves.

Elles sont belles, intelligentes, cultivées, ont des postes à responsabilités, s’assument financièrement… et ont choisi de vivre seules. Hyperactives, la quarantaine insoupçonnable, ces « célibattantes » (9 %) remplissent leur agenda sans la moindre petite place pour un homme et affirment haut et fort avoir opté pour la « liberté ». Mais ce célibat est-il vraiment un choix ?

« Je me suis construit une petite vie tranquille, sans homme, sourit Annie, 40 ans. Une ou deux sorties par semaine, quelques week-ends, mais toujours chacun chez soi. Le quotidien, c’est nocif pour l’amour. J’ai vécu deux ruptures, je sais de quoi je parle. » Petite brune aux yeux clairs, médecin homéopathe, passionnée d’art contemporain, Annie fait partie de ces femmes dont on dit : « Elle a tout pour plaire, pourtant elle n’a pas de mec ! » « C’est un choix, affirme-elle. Pour rien au monde je ne troquerais ma vie de célibataire contre une vie de couple envahissante et sclérosante ! » Un choix ?


Ben non ! On s'en doute déjà un peu présenté comme ça... Mais bon, l'introduction passée, maintenant qu'on a saisi le ton, il faut du lourd : une enquête. Rassurez vous, pas besoin d'enquête sérieuse, le recyclage d'un bouquin suffit :

« En France, plus de trois millions de femmes vivent seules, âges et conditions sociales confondus.
De nombreux journaux se font l'écho de ce phénomène sociologique mais se contentent de l'image un peu rapide de la" célibattante "encore jeune, active et" assumant "sa solitude.
La réalité correspond peu à ce cliché.
J. C*** a mené une enquête en profondeur, interviewé des centaines de femmes célibataires, veuves, divorcées, jeunes et âgées.
Leurs confidences se lisent comme autant de romans.
Sourires et larmes mêlés, elles nous révèlent leurs difficultés matérielles et affectives, leurs tristesses, leurs rêves et souvent leur courage. »



Bon, le lourd est posé, on entre dans le domaine de l'incontestable. Mille femmes, franchement, hein. On peut donc avancer un peu : le choix est maintenant appelé un « prétendu choix ». Ah ben c'est bon, on a compris, les femmes se mentent pour supporter l'horreur de vivre sans homme à la maison.

« une sorte de faux-semblant masquant une peur panique de souffrir, une quête d’idéal ou encore une mauvaise image de l’homme. D’ailleurs, beaucoup d’entre elles prennent conscience de cette problématique et n’hésitent pas à faire un travail sur elles-mêmes et à se remettre en question afin de vivre mieux. »



Ah... elles sont MA-LA-DES ! Ben oui, franchement, il ne pourrait pas en être autrement. Bon, on a posé le lourd, le constat chiffré (?) avec l'enquête scientifique, maintenant, il nous faut du concret. Les témoignages.

Pour cela, il faut choisir une ou deux givrées sympathiques. Qu'est-ce qu'on a en réserve Jeanine ? Une divorcée ? Allez oui, c'est pas mal, ça en recolle un coup sur l'échec du couple, et au passage on pourra dire qu'elles l'ont cherché leur misère affective, et qu'elles abîment leurs gosses par dessus le marché. Très bon ça Jeanine, merci.

« En effet, un couple sur trois divorce (un sur deux à Paris) et les statistiques prouvent que ce sont les femmes qui quittent leur mari et décident de poser la demande en justice. Avec ou sans enfants, elles choisissent bel et bien de vivre sans homme. Elles ressassent alors des vieux souvenirs, nourrissent une colère parfois légitime et s’enferment dans un « plus jamais », reportant sur leurs enfants l’affection dont elles manquent. « J’ai tous les câlins que je veux avec mes fils. Ce sont mes petits hommes », lance Géraldine, une charmante enseignante de 41 ans. N’y a-t-il pas erreur sur la personne ? »



Ben si s'exclame la troupe de lectrices normales -en couple- derrière leurs écrans ! Attends, elle craint grave Géraldine.


« Dans ce report d’affection sur les enfants, nous sommes en plein Œdipe, explique M. G***, psychothérapeute. La mère, dans son rôle de Jocaste (je-castre), transforme psychiquement son garçon en fils amant. Les incidences sont de poids : certains enfants se heurtent à de graves difficultés scolaires tandis que d’autres, à l’inverse, surinvestissent l’école pour plaire à leur mère. Dans les deux cas, on observe souvent une faillite professionnelle, un chômage chronique ou encore une révolte perpétuelle chez l’adulte, qui vivra son enfance et son adolescence à retardement. La mère, elle, ne supportant pas le départ de son fils adulte, se mettra bien souvent en situation de dépendance, financière notamment. »



Ben dis Jeanine, tu nous as trouvé une experte qu'elle est vachement balèze ! Jocastre/Je castre ! On a pas une bonne perche pour passer au témoignage d'une hommasse, ça fera penser aux féministes, ce serait pas mal. Brigitte ? Parfait ça Brigitte : « De son côté, Brigitte, biologiste, 40 ans, apprécie de vivre « comme un mec » »


Impec' Jeanine, on peut s'enfoncer plus profond, on a toutes les bases :

malades, faux choix, conséquences sur les gosses, pas vraiment femme : aucune ne voudra se reconnaître là dedans, c'est le moment de leur donner une porte de sortie honorable : l'Homme.
On en recolle une couche avant ? Bon ok, si tu veux. T'es en forme Jeanine aujourd'hui...

« Vivre seule plutôt que mal accompagnée. Ce choix, souvent douloureux, s’avère être le résultat d’expériences malheureuses et d’échecs à répétition. Et cette pseudo-liberté que revendiquent Cécile, Géraldine, Hélène et Brigitte dissimule en fait une véritable peur de souffrir. »



Bon ça suffit là, je sais, ce ne sont que des femmes, mais elles ont compris je pense. Il est temps de leur dire qu'elles cherchent un homme sans le savoir. Mais avant, il faut leur baliser le parcours : à quel âge on cherche quoi ? Ça mettra un petit coup de pression aux trentenaires célibataires.
On reprend l'experte de l'enquête, il faut toujours recoller un coup de sérieux de temps en temps, alors on alterne : psy, enquête, psy/enquête. Il faut les cerner pour que ce soit incontestable Jeanine.


T'as quoi là ? Un coup d'horloge biologique ? Très bon oui, balance.

« A 35 ans, paniquées, beaucoup de femmes se mettent tout à coup en quête de l’homme parfait. Vers 40 ans, prises par l’urgence d’un désir d’enfant, elles cherchent non seulement un compagnon sur mesure mais également un père responsable. « La vie affective semble partagée en plusieurs stades : une recherche d’amour passion jusqu’à 30 ans, puis le désir de fonder un foyer, une famille, observe Jeanne Cressanges. Les femmes en reviendraient presque au mariage de raison du XIXe siècle. »



L'humour, toujours l'humour. Mariage 19°, c'est bon, hein ? Tu crois pas si bien dire. Allé, on continue :

« Pour sa part, J. T***, psychothérapeute, constate que, de 20 à 30 ans, les femmes ne se sentent pas encore femmes. Ce sont de grandes adolescentes plus à la recherche d’un copain que d’un compagnon. Entre 30 et 40 ans, elles tentent « d’y arriver » dans tous les domaines : le travail, la vie de couple, les enfants… Difficile de tout concilier ! Certaines s’investissent complètement dans leur métier, d’autres dans la vie de famille et quelques-unes trouvent un équilibre. Celles qui ont tout investi dans la vie sociale retourneraient bien au nid mais, hélas, il est vide. »



Le Nid, la ponte, la Natuuuuure.

Faites gaffes medames, depuis que vous jouez aux femmes libérées, vous prenez le risque de passer à côté de votre but naturel, celui qui vous rend heureuse, celui qui vous permet de vous réaliser : couple, bébé.

Bien entendu, vous pouvez avoir un travail, une vie sociale, une certaine liberté, mais elle a des limites. En terme d'âge, en terme de nature féminine. La liberté n'est pas faite pour vous, elle vous rend malheureuse. Mais on vous accorde la possibilité de faire des choix dans votre vie : quel mari ? Le bébé à 28 ou 32 ans ?

C'est compris les dindes ? Dans le doute, on va passer au choix de l'homme, en faisant un petit détour pour parfaire le portrait de l'abrutie qui n'a pas de mec :

Comment vivent ces femmes en quête de l’homme idéal ?

Elles passent du rire aux larmes, de l’enthousiasme à la déprime, du repli sur soi à de brusques escapades… Les femmes qui vivent en solo sont en perpétuelle quête d’identité. Celle-ci se construit au fil de leurs rêves et de leurs réflexions, avec un regard permanent sur elles-mêmes : elles installent des miroirs partout, consultent des voyantes, rédigent leur journal intime. Elles arborent leur « révolte ménagère », notamment à propos des repas symbolisant la vie familiale. Ils sont rapides, pris sur un plateau ou une table basse. Le lit est un lieu prépondérant : elles y lisent, écrivent, regardent la télévision. Leur rapport au travail est très particulier : le bureau devient la vraie famille, les vacances et les week-ends, un cauchemar.



Ça vous fait envie d'être une ado hystérique mal dans sa peau ?

On se traîne sur le lit en chialant, on ne sait pas qui on est (l'homme seul vous permettra de vous connaître, vous ne pouvez pas vous définir hors du couple, vous ne devez pas le faire), on tourne en rond, on ne tourne pas rond...

Prête à rentrer dans le rang ? Bon, tout n'est pas perdu pour vous, mais ne soyez pas trop castratrices, ne soyez pas trop difficiles, ne soyez pas trop indépendantes... Et il pourrait y avoir "une chance" pour que vous le rencontriez un jour, le Prince Charmant, à condition de créer "une disposition intérieure à la rencontre", d'être prêtes "à l’engagement, la surprise et à quitter leur vie ancienne."

C'est-y pas bon ? hein ? allé on termine en musique, avec une chanson qui résume bien la fragilité des femmes libérées. Les pauvres. Sauvons les de cette liberté trop lourde à porter, sauvons les malgré elles.