Gauche sévèrement burnée, le retour...
Par Mademoiselle le 23/01/09, 12:40 - Nos amis et nous
Filed under: Couteaux
Non
plaies
Je tourne depuis un moment sur des blogs se réclamant "gauche de la gauche", et j'ai l'impression que dans le sentiment d'urgence qui se développe face au gouvernement actuel, il y a comme une réaction ultra virile qui s'installe. Genre « ouais, on est pas des couilles molles, on peut pas laisser faire, on va leur montrer qui on est gnargnark ouch ouch (cri de gorille) ».
Je me disais, que dans cette espèce
d'ambiance d'urgence, le côté petit crapahuteur couillu
para-militaire qui galope contre les barricades va devenir difficile
à gérer pour ceux qui représentent déjà dans ces contrées des
groupes un peu minoritaires. En gros, le côté « ton combat
nous divise et on a pas besoin de ça face à sarko, faut agir et pas
se disperser » va prendre encore plus d'ampleur que
d'habitude... Bien entendu, il y aura des déclarations de principes
du style « pas de sexisme ici, pas d'homophobie » mais dans les faits ce sera le dernier de leurs soucis.
En même temps, il fallait s'y attendre, quand elles
avaient un peu moins le couteau sous la gorge, les organisations
politiques à l'extrême gauche se sont contentées, face à la
demande de quelques femelles militantes, de propulser une nénette
pas trop dérangeante dans un coin, avec un paquet de feuilles et des
petites gommettes en lui disant « tu vas t'occuper des
questions de sexisme ». Ça a été là l'apogée de
l'intégration des idées féministes dans les organisations
d'extrême gauche... Y'a bon.
Ce que je vois poindre me fiche un peu
la trouille. Le lexique du militant extrême gauche semble tourner
autour d'un pénis en érection : il va falloir être bien durs !
Bien dur face à un pouvoir dur. Bien dur. Je les vois d'ici les
réunions avec sur l'estrade cinq types en train de vociférer en
empruntant au registre de la guerre des métaphores de pénétration.
Va y avoir intérêt à rester dans l'rang moi j'te l'dis.
Quand ça concerne des petits lycéens
qui se font un peu trembler en se baladant avec un keffieh (que
d'ailleurs maman a très certainement commandé à la redoute) et une
bière premier prix, bon hein... mais quand on fait un tour sur
certains blogs d'extrême gauche, on dirait que même les adultes on
envie de rejouer a « Big Jim » ou « GI Joe ».
Faut dire qu'ils ont trouvé leur maître version cravatée avec notre
colérico-couillu national. On se souvient tous du « C'est
toi qu'a dis ça ? Ben descends un peu l'dire ! Descends un peu, si
t'as des c... si tu crois... bahbahtututdjé... ben viens, viens ! »
Dans cette ambiance bien burnée, je sens qu'il va y avoir une foule de nénettes qui vont encore rester au
bord du terrain à regarder des matchs entre les viriles de droite
DURE et les viriles de gauche DURE. Allez les filles, on remballe les
gommettes... Et on apprends le vocabulaire de la guerre politique
« vais lui mettre dans l'cul », « fils de pute tu
vas voir si on sait pas faire grève »...
Je tournais donc sur ces blogs quand, il y a quelques jours, je tombe sur un billet de CSP, blogueur à l'impitoyable gentillesse et à la virilité exacerbée. Habituée au côté couillu des billets, marque de fabrique de la gauche qui s'empare du registre de langue populaire pour rougir avec style ses positions, j'entame la lecture d'un billet sur l'ignoble habitude de féminiser les textes politiques. Et j'apprends que CSP vote contre. Plus, il s'insurge.
Pourquoi ?
- ça rend les textes illisibles
- c'est une horreur grammaticale
Que CSP ait une lecture poussive qui lui demande beaucoup d'efforts et de concentration, que ces exotismes langagiers lui rendent ce travail de lecture pénible, soit, soit. Il y en a bien qui ont du mal avec les films sous-titrés, ne stigmatisons pas nos difficultés entre gauchistes. Respect. Hein. Bon.
Que CSP s'accroche à la grammaire officielle, là, j'en reste pantoise. Mais soit. À la grande rigueur, passons encore. Il faudra simplement qu'il daigne nous prévenir de la date de son prochain repas avec Jean D'ormesson. Et puis, pourquoi ne pas ajouter une catégorie orthographe au blog, avec : "On dit bite, couille et enculé, et non bitte, couyes et ancullé" ?
En continuant la lecture, dont les "e" ajoutés à chaque mot participent d'un effet comique qu'on ne saurait manquer, on se rend compte de ce qui sous-tend la croisade "dictée de Pivot" de notre CSP. Ce n'est pas le spectre du vieil instituteur à la grosse baguette en bambou souple et dure qui plane. Ben non. Ce qui plane c'est son "profond-e scepticism-e quan-e-t aux question-e-s de sexe-et de genre(s)-e".
Ces questions, portées par des camarades, notre futur académicien ne les trouve "pas toujour-e-s pertinent-e-s dans leur volonté-e de
nie-e-r toute-e dimension-e biologique-e à ces question-e-s et de ne
voir que de la construction social-e partout-e."
Alors là. Ça donnerait presque envie de lui demander s'il trouve que la dimension biologique est également niée par les auteurs et militants anti-racistes. Non mais pourquoi pas ? Les noirs ont tout de même la peau noire. La peau, c'est pas social ça ! C'est biologique ! Et c'est pas de notre faute s'ils courrent plus vite aussi ! C'est biologique aussi ça hein ? C'est pas social non plus ! Et ben merde ! Y'a un moment, bite chatte couille, qu'il faut les dire les choses, merde bite enculé !
Non ?
Ah, on n'a pas finit de se marrer, nous les Autres, non masculins, non blancs, non hétéros. (avec un peu de pub au passage pour une militante et chercheuse qui se frotte depuis des lustres à ces gentils gauchistes qui préfèrent que le repas soit prêt en rentrant d'une révolutionnaire réunion.)



Commentaires
Voir aussi le commentaire que j'ai laissé à ce billet sur le blog d'Elly : http://pink.reveries.info/post/2008...
Ce qui me fait marrer dans l'histoire, c'est que sous couvert de ne pas céder au "politiquement correct", on s'en donne à coeur joie pour déverser son petit mépris (des féministes et des démagos de la LCR... ceux qui rient sous cape). A ça m'a l'air sérieux comme conscience politique tiens....
Je me suis heurté à l'organisation para-militaire de groupes anarchistes qui sont dérisoirement peuplés. Quelques figures charismatiques tiennent l'ensemble et imposent leurs voix enregimentées et c'est regrettable parce que les plus discrets sont également les plus sensibles.
J'évoquais cette phrase de Debord lors d'une récente réunion du comité de soutien local à Tarnac. La voici intègralement:
"Le manque de logique, c’est-à-dire la perte de la possibilité de reconnaître instantanément ce qui est important et ce qui est mineur ou hors de la question ; ce qui est incompatible ou inversement pourrait bien être complémentaire ; tout ce qu’implique telle conséquence et ce que, du même coup, elle interdit ; cette maladie a été volontairement injectée à haute dose dans la population par les anesthésies-réanimations du spectacle (...)
Je pensais au manque de cette logique et de cohérence du NPA par exemple. Prompt à défendre Rouillan mais curieusement absent à la défense de Tarnac. C'est cette logique propre qui est un défi à la logique et qui menace sérieusement ce qu'encore Debord avait entrevu dans ses commentaires à la société du spectacle en 1988 : « La cohérence de la société du spectacle a, d’une certaine manière, donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que l’on ne peut y réformer le plus pauvre détail, sans défaire l’ensemble. Mais, en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus ou moins s’exprimer : du syndicalisme aux journaux, de la ville aux livres » (Guy Debord in « commentaires sur la société du spectacle).
Julie Delpy et Judith Butler ont elles signé en faveur des inculpés de Tarnac...
(Christine, Christine Delphy. L'autre c'est Julie Delpy et on s'en fout...).
Sinon, Mademoiselle, merci pour ce billet qui dégonfle d'un coup la rage que je sens monter au sujet de celui de CSP depuis quelques jours. Ouf. Ça fait du bien...
C'est marrant, pourtant nous on a l'habitude de lire des textes féminisés plus long que des tracts : c'est pas si difficile que ça.
Et j'en connais pas mal qui savent même appliquer cette féminisation égalitaire en parlant, parce qu'elles (et ils !) trouvent qe ce n'est pas un luxe. Preuve que ce n'est pas si difficile que ça et qu'il suffit de vouloir pour pouvoir.
Mouais, autant je suis assez sceptique sur l'importance dans l'extrême-gauche des luttes féministes et de manière plus général toutes celles qui sont vues comme «annexes», autant je suis pas persuadée qu'il y ait vraiment eu de changement là dessus ces derniers mois.
J'ai plutôt l'impression que les blogs (et le forum j'en parle pas) favorisent un peu le côté «c'est moi le plus fort et qui ai une grande gueule», avec les provocations à deux balles pratiques pour attirer des commentaires et donc une certaine audience. Maintenant, je suis pas persuadée que ça réflète une réelle tendance de la «vraie vie», ou alors en tout cas pas spécialement en hausse.
La préoccupation du vocabulaire et des référenciels de sens me semble en effet fondamentale dans toute volonté de transformer les rapports humains et donc reconstruire la société.
Votre article rejoins ma constante préoccupation de sensibiliser les militants à abandonner tout vocabulaire à connotation guerrièer : donc ne plus parler de lutte, de bataille, de guerre, de victoire etc
abandonner aussi les vocable de la famille militaire comme militant.
parler de construction, d'analyse, de conceptualisation, de transformation, d'évolution, de travail, d'expression, de sensibilité, etc...
mais les habitudes sont telles qu'elles nuisent à la prise de conscience de l'unité des racines guerrière du système et de ses contestataires valorisateurs.
paul : Tu ne crois pas que ta petite diatribe réformarde/anti-révolutionnaire est passablement hors-sujet ici ?...
Mademoiselle ou Monsieur GouineMum
de toute façon il est clair que quoi que je puisse dire vous avez un profond mépris pour mes dire dès ma première apparition sur ce site.
Donc tous les moyens vous sont bons pour nier toute proposition qui puisse venir de moi.
et que par ailleurs vous faites preuve d'une agressivité très virile dans tous vos propos... l'esprit du guerrier ne sommeil pas en vous : il est très actif au contraire.
sans moi
on ne construit rien dans la guerre.
Dis camarade Paul (ça va "camarade" j'ai le droit ? en plus ça n'est pas genré...) il me semble qu'en plus du vocabulaire, tu pourrais t'attaquer à l'iconographie, genre le frontispice de ton site... les pin-ups d'heroic-fantasy c'est d'un conventionnel...
Pour en revenir au cœur du sujet... Je ne suis pas emballé par les -e- et autres (trice). Je suis pas non plus complètement obtus, déjà l'excellent site langue-fr.net a réussi à me convaincre que dire "la ministre" ou "auteure" n'était pas une hérésie. (on trouvera d'ailleurs sur ce site une intéressante analyse du traitement du genre dans les manuels scolaires et des pistes afin d'arrêter de présenter le féminin comme une déclinaison du masculin, mais la notion de genre comme une alternance - ce qu'elle est ; mais je m'égare un peu comme d'habitude)
La question que je me pose est : l'état des choses, à savoir le neutre partageant les formes du masculin, est-il un vrai frein aux causes égalitaires ? Plus précisément, le féminisme se porte-t-il mieux dans les pays anglophones (même forme pour tout le monde, existence d'un sujet neutre différencié pour les objets) ou germanophones (forme plurielle semblable au féminin même au masculin) ? Et comment se porte-t-il au Japon où il y a une forme pour chaque catégorie de sujet (humains, animaux, chiffres, objets inanimés, lieux...) ?
Autre question : à l'oral, faut-il énoncer l'écrit "Français(es)" ainsi : "Françaises, Français" ou : "Français, Françaises" ? Et pourquoi ne pas plutôt écrire : institutrice-teur plutôt que instituteur-trice ? Comment définir la priorité quand on cherche l'égalité ? (à quoi vous êtes en droit de me répondre : quand on tendra vers l'égalité en pratique, on se posera la question, en attendant priorité au féminin)
Si quelqu'un a inventé une forme bivalente (pas neutre, qui est un genre à part, mais englobant les deux genres sexués) facile à appliquer à tout, je suis preneur...
Sur l'histoire de la guerrièritude, moi je dois être très guerrière aussi (ou pas, je sais pas), mais il me semble que le problème c'est surtout que, oh, bizarrement, les reproches d'agressivité, de violence, viennent souvent du côté du manche. Par exemple, un homme agressif ne sera souvent pas perçu comme agressif, ou alors juste un peu énervé. Une femme agressive sera une hystérique et complètement décrédibilisée.
D'ailleurs sur un des billets de CSP c'est assez drôle, puisque si l'on peut trouver le blog en lui-même relativement «guerrier» ou je ne sais trop quoi, quelques commentateurs semblent ne pas trouver de mot assez dur pour fustiger l'agressivité de ces sales gouines trop remontées et trop radicales (d'ailleurs c'est pareil, on pourrait croire que le ton du blog c'est «je suis super radical et j'en suis fier», apparemment quand c'est les gouines qui sont radicales, ça va pas non plus).
paul : Bien au contraire, on ne construit rien du tout sans lutte. En France, on est très bien placéEs pour le voir de près, depuis au mons soixante ans. Et d'ailleurs pas que dans les causes féministes. Donc, va jouer avec tes potes réformards STP. (et ne t'imagine pas que tes pseudo-piquettes transphobes et sexistes me feront réagir)
Fin du débat avec toi, adieu.
Elly : Bé oui, CSP est la preuve vivante qu'il y a aussi de gros cons phallos et homophobes au NPA... Ce qui n'est pas très surprenant en soi, juste tout aussi pathétique qu'ailleurs : apparemment la conscience politique s'arrête là où commence la bite.
J'ai suivi le lien donné par Elly, il m'a l'air très bien cet amendement 104... Ceux qui sont contre donnent effectivement l'impression d'être agressés dans leur virilité, j'ai du mal à comprendre pourquoi. Mais bon, je suis pas au NPA... (par contre je le garde sous le coude pour le congrès d'automne du PG, on verra les réactions... vu ce que ça donne sur la représentation paritaire ça peut être rigolo... ou pas...)
" Et pourquoi ne pas plutôt écrire : institutrice-teur plutôt que instituteur-trice ?"
L'ordre alphabétique.Normalement,lui n'est pas sexiste.
Des fois je contracte les mots: "instituteurice",plus long,mais facile prononcer.Et ça évite de taper,d'écrire les tirets.
A l'oral,on peut prononcer notre deuxième suffixe après une petite pause,aussi.
C'est presque drôle (presque,hein) que certain(-e?)-s disent trouver ça dur à lire...moi,dès que je lis un texte qui n'est pas féminisé, j'ai l'impression de replonger dans le grand bain patriarcal, je ne vois plus que l'envahissement du masculin.
L'ordre alphabétique défavorise, de fait, le féminin, à l'exception des noms en ales/aux et euse(s)/eux ; mais c'est effectivement une règle simple et claire - je m'en veux de n'y avoir point pensé.
Premiers travaux du congrès du PG hier, le texte des statuts transitoires a été féminisé (bigenré ? puisqu'il reste encore le masculin) à coups de -e- sans que ça provoque de cris d'orffraie. Reste la question de la représentation paritaire imposée qui est maintenue, le débat étant reporté au prochain congrès, à l'automne... Y a qu'à recruter plus de femmes et la question se résoudra d'elle-même... ou pas...
On dit pas : « fils de pute tu vas voir si on sait pas faire grève » mais : « fils de pute, virgule, tu vas voir si on sait pas faire grève, point d'exclamation ! »
franchement, je préfère qu'on s'occupe moins de ces conventions grammaticales orthographiques, et qu'on se tourne plus du côté des inégalités salariales. Qu'on me dise agent ou agente, quelle importance?
Il n'y a pas d'inégalités salariales Fanny c'est une oppression, un système conçu ainsi et qu'on s'en accommode, qu'on le réforme, qu'on le rende plus juste il sera, il est viscéralement oppressif et injuste.
fanny : L'importance dans les termes est leur côté performatif. En l'occurrence le fait qu'en la postulant on crée de fait l'invisibilité d'une moitié de l'Humanité. Donc oui, les termes sont importants.
C'est probablement juste s'agissant du mot "agent". Mais quand j'emploie le mot "professeur" ou le mot "Hommes", j'ai à l'esprit les femmes aussi bien que les hommes. Mais vous avez raison GouineMum je n'ai pas l'assurance que mes interlocuteurs pensent semblablement et globalement.
Isa, ta remarque pourrait s'appliquer à la langue française... Ergo, refondons-la de zéro !
Que voulez-vous dire Lyhel?
(C'est parti pour la réanimation après l'anesthésie)
Je ferai juste remarquer que les éventuels liens entre le genre grammatical et le genre sexué sont largement conditionnés par les cultures, et souvent inexistants. (p.ex. fr. "_le_ soleil" et "_la_ lune" vs. all. "_die_ Sonne" et "_der_ Mond" ; curieux, non ?). Et que des langues qui ne semblent posséder qu'un seul genre grammatical (p.ex. l'anglais) ne sont pas pour autant non-sexistes.
Euh... Je vous pésente ma question-fétiche, adoptée de je ne sais plus qui:
"Révolutionnaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes?"