Chronique de l'arbitraire II
Par Mademoiselle le 17/10/09, 18:02 - Nos amis et nous
Filed under: Violence
"Le rassemblement a eu lieu devant le tribunal à 14 heures. Nous étions nombreux, Il y a avait des gamins, des étudiants, pas mal de profs aussi, des éducs, des retraités et quelques élus. L'utra gauche en somme.
Nous avons respecté le vœu des familles, à savoir pas de slogans et beaucoup de calme. Nous avons attendu un bon moment devant le tribunal, en discutant entre nous, sous les caméras de la police, postée autour de nous, avant de traverser le centre ville pour rejoindre le parc. Toute la manifestation s'est faite sans bruit et dans une bonne ambiance.
Nous avons été filmés en permanence par les flics.
Au parc, nous nous sommes rassemblés devant un monument érigé à la mémoire de résistants, et nous avons applaudi quelques minutes, avant de nous remettre à discuter entre nous. Poitiers est une petite ville, 100 000 habitants à tout casser. Dans les manifs, on reconnait toujours les mêmes têtes, on cause alors un moment avant de projeter de se boire une petite bière. Je suis restée un moment, mais comme le soleil se cachait et qu'il commençait à cailler, j'ai décidé de rentrer. Le rassemblement se dispersait peu à peu, tranquillement, alors j'ai suivi le mouvement avec l'idée de troquer ma bière contre un bon café chaud. J'avais à peine fait deux cent mètres que j'ai vu un motard de la police arriver en trombe, suivi de mecs en blousons de cuir qu'avaient l'air d'être de la BAC. Je suis retournée sur mes pas rapidement pour voir ce qu'il se passait. Des flics se sont postés en masse devant l'entrée du parc et ont refermé les grilles sur les gens qui voulaient sortir. Un gars est passé devant moi très rapidement, encadré par des policiers. Le ton était franchement trash et la tension bien haute. J'ai vu que les flics avaient armé leur lacrymos. Ils étaient suréquipés et visiblement bien énervés. J'ai vu un autre mec passer entre deux policiers. La cinquantaine à tout casser, les cheveux grisonnants, dans le genre allure d'instit ou d'éduc. Il était tout livide. J'ai appris après qu'il était cardiaque.
Je n'ai pas réussi à comprendre comment ça avait pu tourner aussi rapidement, passer d'un climat franchement pacifiste à cette scène là. Les camions de flics ont déboulé dans tous les sens, et les manifestants se sont mis à scander "Police partout, Justice nulle part". Ils ont été enfermés dans le parc, personne ne pouvait passer. Des informations ont commencé à circuler entre ceux restés à l'intérieur et ceux qui avaient pu sortir grâce aux téléphones portables. J'ai appris qu'un des mecs s'était fait embarquer parce qu'il aurait tenté de voler un casque de flic (?!) et l'autre parce qu'il aurait traité d'abruti un haut fonctionnaire local, dans le cadre d'une discussion avec un pote. Une discussion privée, donc.
L'ambiance est restée tendue, on nous a demandé de remonter sur le trottoir à plusieurs reprises. Au bout de quelques minutes, une députée socialiste, qui avait participé à la manif, est venue parlementer avec les policiers, et les choses se sont calmées peu à peu.
Quand les camions de police sont partis, on les a gentiment applaudi. On a eu le droit à une réponse avec le doigt.
Ils étaient bien remontés les flics, bien agressifs. Ils regardaient tout le monde dans les yeux, le torse bien bombé, avec un air d'avoir envie d'en découdre. Alors voilà, je ne suis pas du genre trouillarde, mais de près, là, je l'ai trouvé impressionnant le bruit des bottes."



Commentaires
j'ai vécu dans les années 80 dans cette petite ville.
c'était effectivement très calme.
et très con aussi
alors maintenant
que le pouvoir des voyous en uniformes et en costard cravate s'y amuse à terroriser ceux qui ne sont pas incultes et barbares comme eux : cela ne m'étonne pas du tout.
c'est le silence des agneaux qui permet aux chiens rendus sadiques par la méchanceté du berger de tailler dans le vif en faisant croire que c'est le loup.
TN (Totalitarisme Naissant) II. Et pas le dernier.
présente aussi dans la "manif", je confirme que nous avons eu droit à de bonnes provocations de la part de nos amis les bleus! caméra donc mais aussi policier qui traverse le cortège, flash-ball à la main, casque sur la tête (!), alors que nous nous rendions au parc en discutant tranquillement. pour garder la paix, il serai mieux de l'avoir avant...
Ce soir dans le soir 3, phrase d'intro (texto !) d'un reportage sur la dernière invention de l'Etat :
"deux jours après les violences en marge d'une manifestation à Poitiers, le ministère de l'intérieur annonce la création par décret de deux nouveaux fichiers de police pour mieux surveiller les groupes extrémistes."…
Juste au cas où le bruit des bottes n'aurait pas été suffisamment audible, on y rajoute des fers.
En primeur un extrait du Post-scriptum à "La Vie n'est pas moderne" (Jonas Vigna-Carafe), qui va paraître ces jours-ci à La Nuit, surtitré "Excès modeste dans le repli": car ce que nous vivons c'est
« le passage de l’état d’exception sans retour à la dictature souveraine.
« À l’ère impériale de la dictature souveraine, nouvelle forme d’État constituée (au sens fort de la constitution matérielle) par les arsenaux antitrerroristes en question, c’est-à-dire à travers le droit pénal et de procédure pénale, nous ‘n’avons plus besoin’ que l’exception se décrète pour que nos droits soient suspendus : en effet, nous sommes tous légalement des ennemis absolus ou, ce qui revient au même, des criminels sans droits, pour peu que l’exécutif décide de nous désigner tels en nous prêtant des intentions subversives, c’est-à-dire attentatoires à l’unité politique, ou au monopole en vigueur du pouvoir de décision de l’inimitié 6. Autrement dit, il n’est plus besoin que la loi prévoie une clause d’auto-suspension pour décréter l’exception ; l’exception n’est plus la règle empirique, elle est la règle légale. Cette légalité de l’exception, qui ne se décrète donc plus, définit la dictature souveraine. Cette dernière, par opposition aux magistratures romaines du même nom, dont Montesquieu disait qu’elles « ramènent violemment l’État à la liberté » (De l’Esprit des lois ii, ch. 3) n’est rien moins que le véhicule, pour l’État, du retour violent à la liberté, c’est-à-dire au pouvoir de la loi ; elle n’est rien moins que la démission violente du pouvoir violent du despotisme : elle est la légalisation du despotisme même. Il faut se débarrasser de l’image personnelle de la dictature, bien plutôt adéquate au despotisme, pour accéder au concept de dictature en général, et à celui de dictature souveraine en particulier. N’importe quel ‘magistrat’ ou officier public peut l’exercer, puisqu’elle est inscrite dans la loi : pareil officier peut même parfaitement se désigner au terme d’une procédure électorale qualifiée ordinairement de démocratique.»
LSA...
j'ai relu le texte que vous citez plusieurs fois...
et là notamment...
"Cette dernière, par opposition aux magistratures romaines du même nom, dont Montesquieu disait qu’elles « ramènent violemment l’État à la liberté » (De l’Esprit des lois ii, ch. 3) n’est rien moins que le véhicule, pour l’État, du retour violent à la liberté, c’est-à-dire au pouvoir de la loi ; elle n’est rien moins que la démission violente du pouvoir violent du despotisme : elle est la légalisation du despotisme même."
je n'y comprends rien du tout et pourtant je me coltine souvent des textes abscons ou abstrait dans divers domaines...
la suite est du même tonneau
et je n'ai pas besoin de ce genre de conceptualisation pour constater que le pouvoir en place est malsain. c'est à dire qu'il fait le mal.
mais ce qui m'inquiète plus, c'est l'impacte de ce genre de discours sur les masses de téléspectateurs abrutis ! je ne doute pas un seul instant que ce type de discours va leur apparaître délirant et va induire chez eux effarement et rejet des critiques analystes sérieux de l'évolution des choses... et leur adhésion renforcée à ceux là mêmes qui de part la simplicité de leur malfaisance ont pris le pouvoir avec la légitimation de ce peuples de téléspectateurs abrutis de bière, de fascination pour les super poupées et les rolex de leur président.
isa pas LSA...
Inquiétez-vous de l'impact Paul. perdez votre précieux temps à vous inquiéter, ce livre ne se vendra pas à plus de 1000 exemplaires contrairement à ce que vous savez qui se vend...
Debord n'écrivait pas pour 1000 lecteurs.
Si vous considérez que l'analyse n'est pas sérieuse je ne vous force pas à la lire et à tenir compte. Pour ma part je la tiens pour sérieuse. Je crois que je n'ai rien de plus à vous opposer.
"Le moindre des paradoxes du fascisme n'est pas celui de sa rhétorique et de ses emprunts à son ennemi juré : le socialisme. Tout un arsenal social-révolutionnaire est convoqué pour attirer et
galvaniser les foules.Le choc des éléments
modernistes (l'art futuriste, l'avion, la voiture, la vitesse) et des idées conservatrices (la famille, la patrie, la terre-mère, la glorification outrancière du
combat et de l'héroisme) forme un cocktail aussi détonnant qu'efficace". (Mosse)
Beaucoup de laudateurs de sarkozy ont parlé à son propos de révolution. Quel modernisme chez cet homme et parallèlement le retour des vieilles lunes conservatrices n'est ce pas? Les affiches publicitaires Leclerc parlent de révolution de la consommation.
C'est quand des hommes comme Adrien Marquet (socialiste) ont rejoint les conservateurs qu'il y a eu peu à peu émergence du fascisme. Besson, Rocard ça ne vous dit rien Paul? L'ex-extrémiste Rocard....
Parallèlement des révolutionnaires sont arrêtés (Tarnac). A Poitiers un homme est arrêté pour des propos tenus en privé. Relisez la fin du passage "N’importe quel ‘magistrat’ ou officier public peut l’exercer, puisqu’elle est inscrite dans la loi (..)"
Rappellez-nous de combien ont écopé les deux personnes incarcérées en dépit de nombreux témoignages et de films?
Les suicidés ne peuvent plus témoigner, les malades n'en ont pas la force.
Vous croyez vraiment que les gens sont fascinés par les poupées et les rolex du président? Vous n'entrevoyez pas d'autres raisons plus douloureuses et implacables pour lesquelles ceux-là l'ont élu? Et que faisaient leurs opposants les plus affichés? On en voyait à Besançon, tout sourire, qui se filmaient et passaient une excellente journée de rigolade en mettant en scène l'enterrement de la démocratie...le tout diffusé sur Bellaciao...
Dans son journal Victor Klemperer écrit "« Les pogromes de novembre 1938 ont moins marqué le peuple », observe Klemperer, « que la suppression de la tablette de chocolat à Noël. » (1, 508)
Les expulsions et l'odieux discours de Dakar ont moins marqué les esprits que la baisse du pouvoir d'achat et la trahison du "travailler plus pour gagner plus".
Plus loin il note:
"Car l'opposition entre Juifs et "Aryens", la tension entre eux était deux fois moins intense que celle opposant protestants et catholiques, celle entre patrons et employés, ou entre gens de la Prusse‑Orientale et de la Bavière du sud, entre gens de la Rhénanie et Berlinois. Les Juifs allemands faisaient partie intégrante du peuple allemand, tout comme les Juifs français faisaient partie du peuple français. … Il n'y a qu’ une solution à la question juive: mater son inventeur » (1, 457)
@Isa : je ne comprends pas
je ne vous ai rien opposé
juste émis un avis quant à la clarté de sens d'un texte ou plutôt d'une citation et d'un type de discours...
et par ailleurs je crains fort que vous soyez tellement enfermé dans vos lectures, que vous ne vous aperceviez plus de l'abîme qui vous sépare de l'abétissement général...
Vous lisez très mal Paul... Vos craintes sont de celles qui ne s'occupent de leur propre avis, qui ne tiennent compte que de leur propre mots. En un mot vous êtes noué.
@Isa :
oui je pense que radicalement ce qui a porté au pouvoir l'innommable condamnable au bucher devant ses électeurs, c'est la mise en scène de la fascination pour son type de réussite. et les exemples que vous indiquez sont tout à fait interprétables en ce sens.
par ailleurs, je ne prends pas Debord pour un imbécile.
en revanche je suis très sceptique quant au gens qui passent leur temps à alimenter leurs dire en faisant des citations d'auteurs.
il me semble beaucoup plus convaincant à la suite d'une lecture d'en exposer l'essence par une reformulation adaptée à la circonstance du discours et ainsi poursuivre le travail de la pensée initiale de l'auteur d'un outil en le développant dans d'autres circonstances.
la citation est un exercice typique de la culture petite bourgeoise : ça vient directement de la pratique du cathéchisme.
je suis gentil quand je dis que ce n'est pas convaincant.
par ailleurs, il y a longtemps que sans référence à des auteurs, je suis convaincu que l'idée de démocratie est en soi une démagogie typique de ce que les gens ayant intégrés les modèles en place (autrement dit étant devenus adultes et donc aptes et autorisés à imposer à une progéniture leurs dictats) reproduisent par tous les moyens dont ils disposent.
les récents événements d'arrestation d'individus qui ne sont en rien des voyous mais pire sont des militants très prudents et évitant très précautionneusement d'être de près comme de loin mêlés à une quelconque manifestation de volonté de pouvoir destructrice de personnes en manque de domination (donc des voyous), ce qui est précisément arrivé à Poitiers, est typique de ce que la démocratie populiste produit : la réalisation des fantasme secret d'un peuple motivé essentiellement par la jalousie, le sectarisme, la bêtise, la méchanceté, le conformisme, toute chose dont le peuple français fait remarquablement preuve depuis fort longtemps et matière de quoi il a battu tous les record européen pendant l'invasion de l'autre peuple champion de domination ethnocentrée en europe.
Pour ce qui est des actes et coutûmes des politiques, il n'y a pas en france de véritable opposition idéologique à ce système démagogico-démocratique. Les prétendus contestataires portent tous plus ou moins tard dans leur "carrière" l'uniforme qui indique leur intégration du modèle : le costard cravate, voir pire, le crane rasé. Les prétendus contestataires quand je les analyse au delà des mots qu'ils manipullent superficiellement de sorte d'illusionner l'auditoire, révellent en fait leur intention de valorisation personnelle selon les critères communs à ceux auxquels ils font mine de s'opposer. le principe est le même dans toutes les corporations et les classes sociales : la rivalité jalouse, la haine du gagnant qui fait qu'on dépense toute son énergie non à réaliser quelque chose mais à empécher qu'autour de soi quoi que ce soi se réalise car on craint que cela soit à un bénéfice qui vous échappe.
le principe du peuple français c'est la jalousie et le mensonge.
le peuple français méprise profondément les étudiants : ce sont des fainéants prétentieux qui profitent de fric des autres, ceux qui "travaillent" aveuglément à la reproduction du système en éduquant leurs enfants en les plongeant dès les premiers mois devant la télévision.
Les étudiants sont des malfaisants pour le peuple français : donc ça fait jouir le peuple français représenté par un mauvais étudiant, quelqu'un qui a méprisé les autres et les études pendant toute sa jeunesse de façon éclatante, qui s'est entouré de gens du même acabis, ayant réussi par médisance, dénonciation, complots divers, théâtralisation de fausse compétence, tout concourant à la fascination pour une idée du chef basée sur le pouvoir d'intimidation, de domination brutale et obscure :rien n'est plus efficace que la bêtise obscure pour faire taire un contradicteur cultivé, éclairé et pertinent. c'est exactement ce que le peuple français fait par l'intermédiaire des gens qui le représentent : les flics et les politiques.
Alors après, il y a des gens qui s'expriment, comme les étudiant arrêtés par exemple : ils sont une toute petite minorité statistique. et c'est cette faiblesse du nombre qui est récupérée par l'innommable démocratie populiste pour dire que précisément ces gens là ne sont pas démocrates.
donc
je suis contre la démocratie. et je suis contre le peuple français qui n'est absolument pas représenté par les étudiants arrêtés par les sbires des mémères planquées derrières leurs téléviseurs.
parce que je ne sais ce qui en vous résiste. C'est moi qui vous ai dit que je n'ai rien à vous opposer. Ce qui chez vous avec un tel argument relève ou de la paranoïa ou d'une réthorique très malhonnête qu'on trouve couramment dans les joutes politique, je vous laisse l'osculter. La bêtise commence par la reproduction de l'anti-dialogue...et comme vous semblez l'avoir fait assez naturellement et sans même y penser...
Quand au reste: on trouve chez vous l'imagerie spectaculaire puisque vous me prêtez la vie d'un vieil intellectuel enfermé en quelque sorte dans sa tour d'ivoire. On a vu plus intelligent et surtout argument plus raffiné et moins tributaire de la pensée et de l'imagerie dominante... La bêtise commence par l'expansion des lieux communs, fussent-ils soigneusement cachés...
Quand à l'abêtissement général il n'est certainement pas niché dans les poupées et les rolex que les sujets regarderaient béatement et admiratifs. Ce simplisme est inquiétant...
"la citation est un exercice typique de la culture petite bourgeoise : ça vient directement de la pratique du cathéchisme."
Sans commentaires. Risible. Et malheureusement très répandu. On trouve beaucoup de gens agacés par les citations. Soit parce qu'ils n'en ont eux mêmes aucune à fournir. Soit parce que par confusion et dogmatisme ils prêtent des intentions et un formatage à ceux qui en font.
Debord en faisait et de fort à propos.
Au risque de vous blesser les notes de Victor Klemperer me paraîtront toujours plus intéressantes que vos arguments.
Et je préfererai toujours à l'ampliation cette citation d'un ouvrier agricole marocain, dans les champs, ces derniers jours "tu vois on a pas besoin de patrons". Petit bourgeois et catéchisme n'est ce pas?
à lire avant de commenter