"Le rassemblement a eu lieu devant le tribunal à 14 heures. Nous étions nombreux, Il y a avait des gamins, des étudiants, pas mal de profs aussi, des éducs, des retraités et quelques élus. L'utra gauche en somme.

Nous avons respecté le vœu des familles, à savoir pas de slogans et beaucoup de calme. Nous avons attendu un bon moment devant le tribunal, en discutant entre nous, sous les caméras de la police, postée autour de nous, avant de traverser le centre ville pour rejoindre le parc. Toute la manifestation s'est faite sans bruit et dans une bonne ambiance.

Nous avons été filmés en permanence par les flics.

Au parc, nous nous sommes rassemblés devant un monument érigé à la mémoire de résistants, et nous avons applaudi quelques minutes, avant de nous remettre à discuter entre nous. Poitiers est une petite ville, 100 000 habitants à tout casser. Dans les manifs, on reconnait toujours les mêmes têtes, on cause alors un moment avant de projeter de se boire une petite bière. Je suis restée un moment, mais comme le soleil se cachait et qu'il commençait à cailler, j'ai décidé de rentrer. Le rassemblement se dispersait peu à peu, tranquillement, alors j'ai suivi le mouvement avec l'idée de troquer ma bière contre un bon café chaud. J'avais à peine fait deux cent mètres que j'ai vu un motard de la police arriver en trombe, suivi de mecs en blousons de cuir qu'avaient l'air d'être de la BAC. Je suis retournée sur mes pas rapidement pour voir ce qu'il se passait. Des flics se sont postés en masse devant l'entrée du parc et ont refermé les grilles sur les gens qui voulaient sortir. Un gars est passé devant moi très rapidement, encadré par des policiers. Le ton était franchement trash et la tension bien haute. J'ai vu que les flics avaient armé leur lacrymos. Ils étaient suréquipés et visiblement bien énervés. J'ai vu un autre mec passer entre deux policiers. La cinquantaine à tout casser, les cheveux grisonnants, dans le genre allure d'instit ou d'éduc. Il était tout livide. J'ai appris après qu'il était cardiaque.

Je n'ai pas réussi à comprendre comment ça avait pu tourner aussi rapidement, passer d'un climat franchement pacifiste à cette scène là. Les camions de flics ont déboulé dans tous les sens, et les manifestants se sont mis à scander "Police partout, Justice nulle part". Ils ont été enfermés dans le parc, personne ne pouvait passer. Des informations ont commencé à circuler entre ceux restés à l'intérieur et ceux qui avaient pu sortir grâce aux téléphones portables. J'ai appris qu'un des mecs s'était fait embarquer parce qu'il aurait tenté de voler un casque de flic (?!) et l'autre parce qu'il aurait traité d'abruti un haut fonctionnaire local, dans le cadre d'une discussion avec un pote. Une discussion privée, donc. 

L'ambiance est restée tendue, on nous a demandé de remonter sur le trottoir à plusieurs reprises. Au bout de quelques minutes, une députée socialiste, qui avait participé à la manif, est venue parlementer avec les policiers, et les choses se sont calmées peu à peu.


Quand les camions de police sont partis, on les a gentiment applaudi. On a eu le droit à une réponse avec le doigt. 

Ils étaient bien remontés les flics, bien agressifs. Ils regardaient tout le monde dans les yeux, le torse bien bombé, avec un air d'avoir envie d'en découdre. Alors voilà, je ne suis pas du genre trouillarde, mais de près, là, je l'ai trouvé impressionnant le bruit des bottes."