La presse féminine et le destin biologique des femmes
L'appel de la forêt
La presse féminine et le destin biologique des femmes
« Je revendique mon côté nana, car je crois en l’abyssale profondeur de la futilité »...
(Rédactrice en chef du magazine suisse Femina * )
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La presse féminine est consternante. Certains se contentent d'en rire, tandis que d'autres la lisent pour se détendre, comme elles regarderaient une série B... A première vue, les féminins n'ont rien à voir avec la presse dite « sérieuse », politique, et ces amoncellements de fadaises n'apparaissent pas franchement comme une priorité sur laquelle se pencher. Toutefois, considérer la presse dite « féminine » comme une sous presse pour un sous lectorat, nous empêche bien souvent de l'appréhender comme un vecteur idéologique à part entière, qui pourtant, réactualise sans cesse l'image d'une femme mythique, femme par nature, à la place immuable, figée dans une éternité de douceur et de beauté, d'hétérosexualité et de maternité. Tentons donc une plongée dans « l’abyssale profondeur de la futilité » pour voir ce que nous cachent les brâmes glamour de la féminité...
En ouvrant un féminin, on apprend par exemple -entre deux pages de publicité-, que les femmes ne font plus le ménage, mais cocoonent, tartinées d'une onéreuse crème qui « repulpe la peau au sein même de sa structure fondamentale où vivent les fibres de collagène »**. On découvre également qu'elles ne font plus « la bouffe et les courses », mais se passionnent pour le Laos grâce à la recette d'un plat exotique super tendance, soutiennent le commerce équitable ou l'agriculture biologique. Inventif et jamais à court d'idées euphorisantes, le magazine « Féminin Psycho » prend lui aussi part à l'enrichissement de cette novlangue, en remplaçant l'archaïque expression « faire un enfant », par... succomber à un « fantasme d'éternité ».
« Plusieurs
anciennes étudiantes d’université, dans un questionnaire distribué lors
de leur vingt-cinquième réunion annuelle, ont déclaré, l’air un peu
coupable, qu’elles étaient ‘simplement’ épouses et mères. Mais d’autres
ont immédiatement dit que le fait d’accéder à des métiers
traditionnellement réservés aux hommes ne conduisait pas nécessairement
à réussir sa vie. La maternité commençait à revenir à la mode. »
Le
« retour » de la maternité est régulièrement présenté dans les médias
comme un retour à la normale, Féminin Psycho4 n'échappe pas à la règle,
et tente à sont tour de convaincre les femmes de leur destin
biologique, dans une rubrique sobrement intitulée « moi et la vie », où
deux articles d'un dossier sont consacrés au désir d’enfant : « Ne pas
avoir d’enfant… », et, « C’est décidé : je veux un enfant ! ». Ces deux
articles, écrits par deux journalistes différents, sont deux angles
d’un même discours, et sont construits pour se compléter. Par exemple,
au témoignage ouvrant le premier papier : « D’aussi loin que je me
souvienne, je n’ai jamais voulu avoir d’enfant. Vraiment jamais. », le
deuxième répond en sous-titre par « ne jamais dire jamais ! ».
Caution scientifique et vox populi
Avant même de commencer la lecture du dossier, l’illustration
photographique plante un décor binaire extrêmement clair : alors que le
premier article présente des femmes sans enfant en proie au doute et à
des sentiments négatifs, le deuxième véhicule l’image d’une mère
nageant dans un bonheur franc et net.
Dans le premier article
: Tandis qu’en arrière plan, un nounours à l’air triste vous scrute,
deux phrases vous sautent aux yeux : « on la soupçonne alors de ne pas
aimer les enfants… » ainsi que « vivre épanouis sans progéniture, tel
est leur désir... ». Deux photos de femmes aux couleurs pastel assurent
l’illustration : L’une contemple ses pieds et semble absorbée par des
pensées pas franchement réjouissantes, tandis que l’autre regarde en
l’air avec une mine d’évaporée, allongée sur son lit comme une ado qui
n’a pas grandie. Aucune ne sourit.
Dans le deuxième article :
Le ton est nettement plus joyeux, les deux phrases mises en exergue
sont cette fois : « J’ai su que ce serait lui et pas un autre… », et,
« C’est dans les grands moments d’amour que naît le désir d’enfant ».
Une pleine page est consacrée à la photo d’un beau bébé blondinet aux
yeux bleus, ses deux petites quenottes dehors et la gougoutte de bave
au menton. En arrière plan, sa mère affiche un sourire éclatant.
De
plus, les points de suspension du titre du premier article (« Ne pas
avoir d’enfant… ») qui semblent à la fois désigner un situation
provisoire, mal affirmée, contrastent avec les points d'exclamations
des titres du deuxième article, sous-entendant ainsi un accomplissement
presque logique. Enfin, le corps du texte est jalonné par quelques
témoignages, introduits ponctuellement par l’usage des guillemets et
les deux articles comportent chacun deux encadrés :
- celui d’une
témoin qui raconte toute son histoire dans un style direct (ce ne sont
pas des propos rapportés par le journaliste)
- celui d’un expert,
(une psychologue pour le premier article et un sexologue andrologue
pour le second), qui s’exprime par le biais d’un question/réponse avec
le magazine.
Ainsi, la mise en page de l’article permet une
dynamique de légitimation des différents propos tenus : ils se
répondent, se confirment, se valident et s’illustrent mutuellement.
L’auteur de l’article fait le lien entre la science de l’expert et le
vécu réel des femmes « témoins » : tout se corrobore, tout s’explique,
tout est donc vrai.
La question de la liberté de choix en
matière de maternité est présentée comme une question de biologie :
les vraies femmes doivent normalement vouloir devenir mères. On ne
lutte pas contre la nature. Dès lors, quoi de mieux qu’un scientifique
pour expliquer ces phénomènes naturels, dépolitiser le débat et lui
offrir un gage de sérieux. Lorsqu'en plus, il s'agit d’UNE scientifique
qui explique que « le pire est la réduction de la féminité à la
maternité, qui tend à ranger les femmes au service de tous. », la
caution devient plus qu’excellente, elle est inattaquable. Cette
psychologue semble d’ailleurs parfaitement consciente de son rôle
lorsqu’elle ajoute qu’« (…) il serait médiatiquement incorrect de
contester aux femmes la possibilité de choisir leur vie (…) ». Mais
c’est précisément à cette contestation que va se livrer méticuleusement
l’auteure de l’article, en ajoutant au poids de la science celui de la
morale.
En effet, si la journaliste commence en dénonçant
mollement les préjugés contre les femmes sans enfants (« (elles) sont
en général suspectées de mille maux par leurs semblables. », « Les
hommes, eux, bénéficient d’un jugement nettement plus clément (…) »),
elle glisse ensuite subrepticement vers un autre type de discours en
insinuant que « pour beaucoup », ces femmes ont tout de même un
comportement douteux : « Le doute est de mise et, pour beaucoup, il y a
d’emblée confusion entre maternité et féminité, comme s’il fallait
absolument être mère pour être femme. ». Enfin, elle se fait
porte-parole de cette majorité : « Ne seraient-elles pas un peu trop
égoïstes en pensant que tout tourne autour (…) de leur propre
carrière ? Ne seraient-elles pas irresponsables, inconséquentes ou dans
l’incapacité d’assumer les charges liées à l’éducation d’un enfant ? »,
« On peut trouver justifié que (…) notre cousine ne soit pas encore
mère à 30 ans, mais inexcusable qu’elle ne le soit pas à 35 ou 40. »
Le
changement de ton implique forcément une réception différente pour la
lectrice : aux froides excuses que l’article accorde au départ à ces
pauvres femmes, succède ensuite un questionnement dans un style plus
direct utilisant le pronom « on ». L’auteure se place ainsi comme le
porte voix des lectrices et donc de la société, c’est à dire de toute
une loi morale contre lesquelles ces femmes qui refusent la maternité
s’entêtent.
Le sérieux de la science et le poids de la morale, va
donc permettre à un message subliminal de se dessiner entre les lignes
du discours officiel : les femmes sans enfants sont des malheureuses
qui ne s’en rendent pas compte, des êtres qui n’ont pas encore accédés
à la maturité ni aux sentiments profonds. Ce sont des handicapées
relationnelles : égoïstes, névrosées, seules ou mal accompagnées.
Quand les hormones passent, le libre arbitre trépasse…
Pour le sexologue andrologue, qui lance son cri tribal
depuis un encadré réservé à l’« expert », procréer est naturel : «
(…) ne serait-ce qu’à un niveau hormonal, les femmes ont un désir
d’enfant. (…) C’est donc un besoin naturel (…) ». Par contre, refuser
de devenir mère demande « (…) un cheminement particulier qui conduit à
cette décision ».
Partant de la norme maternelle, c’est
l’absence de désir d’enfant qui poserait question : opposant ainsi un
vide à une nature pleine. Ces femmes ne seraient pas entières, mais
amputées, ou pas encore abouties.
Plus encore, elles
n’existeraient pas vraiment, étant uniquement définies par la
négative : elles sont des non mères, qui ont fait un non choix :
« (…) les femmes qui ne font pas le choix d’être mère » (et non : qui font le choix de ne pas être mère.)
.«(…) ne
revendiquent absolument aucun désir de procréer (…) » (et non :
revendiquent le désir de ne pas procréer. Notons l'emploi du verbe
« revendiquer »)
« (…) des 10% de femmes qui, en France, restent
sans enfant. » : comme rester les bras ballants, rester en carafe ou
sur le carreau ?
Les témoignages de ces non mères, assurent
l’illustration des propos tenus par la journaliste et les experts. Au
détour d’une phrase, chacune va exprimer un malaise qui va corroborer
l’image véhiculée par l’article : celle d’une femme qui souffre
forcément de quelque chose pour refuser la maternité. Valérie, par
exemple, n’a « (…) pas le désir de maternité. » et se demande :
« Serait-ce un gêne que nous devrions absolument avoir ? Sommes nous
pour autant des monstres d’égoïsme ? ». Cécile, quant à elle, fait part
de ses angoisses de « solitude », de « manque », de « vide », et enfin
Virginie, rapporte les propos réjouissants de son compagnon : « Selon
lui, avec une mère comme moi, quasi névrosée avec l’obsession de tout
bien faire, tout enfant normal ferait ses valises à 3 ans et
demanderait son émancipation ! ».
Présentées également comme
des jouisseuses sans vergogne, légères et inconséquentes, l’article
avance plusieurs raisons à leur refus de maternité : « envie de ne pas
faire comme tout le monde », « peur de grossir, de ne plus être libre,
d’être une femme au foyer », « envie de ne pas subir les
transformations physiques dues à une grossesse », « profiter des
opportunités », « privilégier la situation professionnelle », « (…)
indécrottables jouisseurs célibataires ». Les enfants ne sont
d’ailleurs désignés que par des termes péjoratifs comme
« progéniture », « entrave », « fardeau » qui viennent « brider » ces
femmes.
Puis, afin de mieux encore souligner l'immaturité et
l'égoïsme de ces femmes, l’auteure les oppose aux couples qui n’ont
pas la chance de pouvoir procréer mais sont « prêts à traverser des
épreuves longues, douloureuses et coûteuses pour enfin donner naissance
ou adopter l’enfant qui les rendra heureux (…) ».
Enfin, nos
témoins sont dépeintes comme fragiles, indécises, mal organisées ou
carrément névrosée jusqu’à la moelle : « (…) quasi névrosée avec
l’obsession de tout bien faire (…) ». Elles ont « une image
généralement négative de la famille », une « absence de stabilité
amoureuse », « peur de la situation économique pleine d’inconnus »,
« peur de ne pas être à la hauteur », « peur de ne pas assumer un rôle
qui me paraît lourd (…) », peur de manquer de cette « énergie immense
(…), d’un moral et d’une organisation admirables » que doit avoir la
mère d’aujourd’hui…
Les peurs retranscrites ici traduisent un défaut
de féminité : la vraie femme étant censée instinctivement savoir
comment vivre une maternité, prendre en main l’organisation de la
sphère domestique à l’arrivée de l’enfant, prendre en charge plus tard
l’éducation etc. Il semble permis d’être effrayée un moment par la
maternité, par inexpérience, mais pas au point pathologique de refuser
de s’y engager.
Ce défaut de féminité serait dû à une mauvaise
transmission des valeurs féminines : la responsabilité en incomberait
alors à… d’autres femmes. Les mauvaises mères et les vilaines
féministes seraient donc coupables d’avoir brimé le « besoin naturel »
de procréer chez certaines femmes. L’article, nous le verrons par la
suite, fera d’une pierre deux coups en présentant le témoignage d’une
femme qui retrouvera son instinct maternel à la suite du décès de sa
mère féministe !
Pour l’experte psychologue, c’est l’histoire
personnelle qui est centrale dans le choix de ces femmes. Or cette
histoire, serait celle des « (…) images maternelles que la fillette a
rencontré dans son enfance ». Une femme prendrait « symboliquement la
place de sa propre mère » en procréant : les névrosées qui refusent
« l’affrontement » avec leur mère restent donc bloquées au même stade
que celle qui veulent « (…) rester l’enfant éternel de ma mère. ».
Celles qui refusent de devenir mère seraient donc immatures. Le
sexologue renchérit : « Cela dépend énormément de la relation
mère/fille. (…) Si cette image (de la mère) est négative, on peut (…)
ne pas désirer être mère à son tour. » . Une mauvaise mère étoufferait
donc l’instinct maternel de sa fille…
Quand les mères sont
également des féministes, il faut carrément attendre leur mort pour
devenir une ‘femme’ : « Ma mère était une féministe de la première
heure (…) elle était même assez fière d’avoir une fille aussi libre
dans son corps et dans sa tête. J’étais donc la digne fille de ma mère.
Les choses ont changé vers 1999 quand ma mère est décédée. (…) L’idée
d’être mère faisait doucement son petit bout de chemin. »
« Car
après trois décennies de libération sexuelle et de dictature de
l’orgasme, on s’aperçoit que le désir pour le désir s’avère décevant. »
Le féminisme des années soixante-dix a donc permis aux
femmes d’acquérir la liberté de choisir de ne pas faire d’enfant,
certes, mais le journal nous explique implicitement qu’elles en sont
malheureuses, ou le seront bientôt ; elles doutent, souffrent de
névroses, de blocages inconscients… Entre les lignes, il faut lire
qu’elles sont malades de liberté, parce que cette liberté n’est pas
dans leur nature. Sophie, 36 ans, qui témoigne dans l’article, s’en
excuse même : « j’avais un caractère trop indépendant (…) ».
Le
besoin d’indépendance de Sophie, qualifié d’excessif, (excessif pour
une femme bien entendu), semble l’avoir dérouté un temps de son destin
biologique, de sa nature. En effet, Sophie, petite, n’était « pas du
genre à coiffer des poupées ». Elle se décrit comme « casse cou »,
« dans l’armée », « mes liaisons étaient très courtes, et je
choisissais des partenaires libertins (…) ». Le journaliste complète la
description du ‘garçon manqué’ : « (…) à 18, puis à 23 ans, elle décide
même de se faire avorter. A l’époque, cette technicienne informatique
n’avait qu’une seule idée en tête : profiter de la vie et des
hommes. ». Mais, heureusement, un évènement inattendu va faire oublier
à Sophie ce besoin excessif de liberté et elle va renouer avec une vie
plus conforme à sa condition de femme, nous allons le voir…
Chassez le naturel, et il revient au galop : de la « dictature de l'orgasme » à la démocratie du hochet...
Le constat est triste. 10%6 des femmes françaises se
traîneraient sur les ruines de la quête du plaisir et de
l’indépendance, errantes, telles des fantômes, angoissées, vides et
perdues, à cause de trois décennies de féminisme. Quant au couple et à
la société, ils auraient sombré dans la crise… Mais heureusement « la
solution semble à portée de bras ! »
Ne jamais dire jamais ! Si
l’idée de faire un enfant était impensable, elle peut refaire surface
des années après et changer votre vie. (…) ».
Traduction : si l’idée
« peut refaire surface », c’est qu’elle était enfouie dans vos tripes.
Chassez le naturel, et il revient au galop…
L’auteur fait
d’abord mine de rejeter toute vision manichéenne, donc toute
simplification douteuse grâce à des phrases du type : « le désir
(d’enfant) se construit », il n’y a pas d’un côté les femmes
« désireuses de repeupler la planète » et de l’autre « des femmes
–souvent taxées d’égoïsme- abhorrant depuis toujours la maternité. ».
Puis il assène « Rares sont les décisions irréversibles. », allusion au
concept très à la mode dans les médias, de l’horloge biologique, épée
de Damoclès de la femme « libérée ». L'adjectif «rare» signifie
évidemment que les femmes qui ne veulent pas d’enfant changent presque
toujours d’avis ; presque, car il y a toujours des femmes incurables,
et d’autres, dont le corps sanctionnera l’inconséquence.. Le terme
«irréversible» évoque donc la fin de la période de fécondité des femmes
: lorsque ces femmes se décideront enfin à faire un enfant (puisque
elles le feront, c’est presque sûr), il sera peut-être trop tard :
elles seront trop vieilles.
Il faut donc absolument sauver ces
femmes avant qu’il ne soit trop tard. Le suspens est insoutenable, une
vilaine crampe nous prend à la lecture du cas de Sophie, que nous avons
déjà évoqué plus haut. Souvenez-vous que Sophie est présentée comme une
sorte de cas extrême, pas féminine pour un sou : « pas du genre à
coiffer des poupées ». « casse cou , genre rafting, escalade,
parachute», « dans l’armée », « mes liaisons étaient très courtes, et
je choisissais des partenaires libertins (…) », « A 18, puis à 23 ans,
elle décide même de se faire avorter. A l’époque, cette technicienne
informatique n’avait qu’une seule idée en tête : profiter de la vie et
des hommes. »
Heureusement, l'article nous apprend que celle-ci est
devenue entre temps « une maman comblée ». On est un peu sonné tout de
même : si Sophie, qui semblait particulièrement perdue à la cause
maternelle, est devenue une « maman comblée », c’est que toutes les
femmes peuvent y arriver !
On respire.
Sophie est un cas
passionnant : si a « 25 ans » elle faisait n’importe quoi, elle semble
par contre être devenu femme a « 36 ans » : en insistant sur les deux
temps de la vie de Sophie (25, puis 36 ans), l’article pose en quelque
sorte les limites de l’acceptable, faisant ainsi écho au premier
article (« On peut trouver justifié que (…) notre cousine ne soit pas
encore mère à 30 ans, mais inexcusable qu’elle ne le soit pas à 35 ou
40. »). Un vrai cas d'école cette Sophie. Remarquons au passage que
l’auteur désigne dans un premier temps Sophie par son prénom, ou
« elle », ou encore « cette technicienne informatique ». Puis,
lorsqu’elle est ENFIN devenue mère, il l’appelle « la jeune femme ».
Les
progrès de la condition féminine semblent alors se résumer à
l’allongement de la période de tolérance accordée aux femmes qui ne se
dépêchent pas de devenir mère. La tolérance décroissant au fil du
temps, il ne reste bientôt qu’une possibilité de repenti aux femmes :
les « grossesses tardives ».
Les femmes sont bouffées par les mythes : Les rôles éternels
Eve avait piétiné les jolies fleurettes de l’Eden de son
inconséquence légendaire, Adam recolle les morceaux. Partons donc en
quête d’« éternité » avec lui…
« Et ce fantasme d’éternité est plus fort que tous les liens légaux, moraux et sociaux qui régissent le couple. »
Qui va « sauver l’amour » se demande en vibrant l’auteur de l’article ? Un Homme bien sûr…
Pour commencer, il faut un Adam moderne, pour ne pas être suspecté de
retomber dans les vieux schémas patriarcaux. La simple énonciation
faisant, ici, toujours office de vérité, l’auteur annonce que les
hommes « changent », influencés à leur tour par le féminisme. Il se
paie même le luxe de préciser « Avec un peu de retard ». Un brin
d’humour ne fait pas de mal.
Il justifie tout de même le scoop par une petite cuisine journalistique, dont voilà la recette :
Evidez
toute pensée critique, pimentez de condiments sociologiques
(« domination masculine ») puis agrémentez de pépites scientifiques
comme « les hommes se construisent moins dans la virilité » (prenez
garde à ne pas vous couper : le « plus » ou le « moins » est un outil
quantitatif très pointu). Mélangez enfin le tout, laissez reposer et
servez froid, comme la revanche, la soupe est prête !
Voilà, c’est
fait, les hommes ont fait peau neuve. Qu’ils entrent en scène. Et c’est
face à l’Armaggedon du féminisme qui a imposé le « désir pour le
désir », que les Bruce Willis de la natalité réagissent. Les hommes
sauvent le genre humain, rien que cela... « Monsieur exprime un désir
d’enfant, parfois même plus fort que Madame. ». Dieu soit loué.
La
vie de Sophie, dont le témoignage est décidément très riche, semble en
effet avoir basculée, comme le prédisait l’article dans son
introduction :
« Puis un jour, elle rencontre le père de ses
enfants : « j’ai su que ce serait lui et pas un autre. » Six mois plus
tard, elle tombe enceinte : « J’ai tellement aimé ça qu’un an et
dix-huit jours après la naissance de ma petite Valériane, naissait un
petit Florian. » ajoute la jeune femme, âgée de 36 ans. Aujourd’hui,
elle dit « être une maman comblée » (…) ».
Tout le monde commence
donc bien à comprendre, grâce à Sophie, que même chez un vrai garçon
manqué, le désir d’enfant ne serait qu'enfoui, et que seul un prince
charmant pourrait révéler la femme à sa vraie nature, la maternité.
La
même révélation soudaine, phénomène frisant le paranormal, est arrivé à
Nora, 37 ans, concepteur multimédia (qui témoigne dans l’encadré
« témoin » de l’article « c’est décidé : je veux un enfant ! »).
Là
encore, à 37 ans, elle est juste dans les temps et si on s’intéresse à
elle, et pas à une femme plus jeune c’est parce qu’il est important de
faire résonner bien fort le tic-tac de « l’horloge biologique ».
Nora,
souffre d’un handicap : sa mère était une « féministe de la première
heure ». Elle aussi, donc, est un de ces cas désespérés qui va voir sa
vie basculer :
« Je n’en ai eu réellement le désir (d’enfant) qu’à
partir du moment ou j’ai rencontré le futur père de mes enfants » :
conforme donc, Zorro est arrivé…
Puis la magie opère : « (…) nous
avons très naturellement et très bizarrement eu l’envie profonde de
faire un enfant (…) ensemble. ». On flirte avec l’occulte.
Nora
était comme dénaturée, c’est pour cela que ce besoin naturel, cet
instinct qui jaillit l’étonne tant. Elle ressent la profondeur de
sentiments mûrs et un besoin tripal de procréer depuis sa rencontre
avec l’HOMME.
L’envie profonde de Nora fait également écho au
début de l’article qui voyait dans les envies soudaines de maternité un
« désir plus profond », opposé, donc, aux désirs superficiels des
non-mères.
Hantés quelques instants par le spectre de la
dénatalité (30% des allemandes et 40% des américaines « restent » sans
enfants7) ou les groupes extrémistes australiens qui invitent au
« boycott des taxes servant à financer les allocations familiales »,
les auteurs nous rassurent enfin, car il paraîtrait en effet qu’en
France, tout rentre dans l’ordre : « La mode du foyer, du cocooning où
il fait bon de gazouiller autour du nid semble plus que jamais de
retour ». Nora en témoigne d’ailleurs : « Ça a beaucoup étonné nos amis
respectifs pour lesquels nous étions d’indécrottables jouisseurs
célibataires et pour lesquels nous sommes maintenant l’exemple type de
la famille. »
Heureusement, donc, que les premières troupes
vertueuses sont là, faisant entendre le « credo des couples
modernes » : « je pouponne donc je suis !», juste réponse à la
« dictature de l’orgasme » imposée par plus de « trois décennies de
libération sexuelle » (entendre de libération des femmes).
Un « travail idéologique de dissimulation du travail idéologique »
A grand renfort de tautologies (la femme sera toujours la
femme et les choses étant ce qu'elles sont...) et d'images
caricaturales (le prince charmant, le nid douillet...), l'article nous
prend la main et nous fait profiter des vertus moralisatrices et
normatives du “happy end” : comme dans la belle au bois dormant, tout
s'arrange à la fin, selon un ordre naturel, c'est à dire, qui ne se
discute pas...
Le sous-titre « La fin du désir pour le désir »
annonce un grand questionnement : qu’est-ce qui pourrait bien attiser
la flamme de la maternité ? » (notons qu’on n’attise qu’une flamme
présente, un peu étouffée seulement). La réponse est simple comme
bonjour : le fantasme d’éternité. Le ton de la fin de l’article change
franchement. Jouant sur le registre du surnaturel (« miracle »,
« magie », « magique », « éternelle », « éternité » (3 fois !)),
l’auteur explique qu’il faut voir dans l’Enfant le quasi messie venant
sauver une société en crise. Explication apocalyptique finale…
La
« fièvre hormonale » que connaît le couple (période pendant laquelle il
se laisserait diaboliquement aller à de sauvages recherches de plaisir
purement égoïstes) ne durerait qu’ « entre deux ou trois ans ». Puis
elle laisserait place au vide, et enfin à la séparation. « Faire un
enfant s’avère le moyen idéal de tisser les liens et même de les
consolider pour l’éternité. ». L’enfant est présenté comme un être aux
pouvoirs surnaturels : « Non pas qu’il offre un remède miracle aux
couples qui battent de l’aile, mais force est de constater que
l’arriver d’un bébé a le pouvoir presque magique de consolider une
relation. » Ce n’est donc pas vraiment un miracle, c’est juste
« presque magique » ! La preuve : L’enfant sauvera l’amour, le couple,
« Et au-delà du couple, c’est peut-être de la crise de toute une
société que l’enfant va devoir répondre ! » (mais de quelle crise
parle-t-il ?). Voilà donc notre douce et respectable madone à l'enfant,
bien à sa place, attendant le retour d'un prince éternellement et
profondément lié à elle.
La référence implicite aux mythes, dont
« la fonction [...] est d’évacuer le réel »9, permet à la presse
féminine de réaffirmer et de réactualiser sans cesse un discours
conservateur, de le dépoussiérer et de l'ancrer, de rendre les rôles
sociaux « traditionnels » indépassables.
Dans ce dossier, afin de
passer d'un constat censé traduire une réalité (il y a des femmes qui
veulent des enfants et d’autres non), à l'affirmation que la fonction
naturelle et obligatoire des femmes était leur rôle de procréation, le
travail de glissement opéré tout au long de l’article a donc suivi ce
chemin :
-> Il existe des femmes qui n’ont pas de désir
d’enfant... -> ces femmes sont temporairement malades pour ne pas
ressentir de désir d’enfant, mais... -> presque toutes seront
amenées à changer d’avis lorsqu’elle rencontreront l’Amour avec un
grand A... -> l'Enfant seul peut créer et maintenir un lien profond
dans un couple -> une société ou les couples ne sont pas liés
profondément est une société en crise -> procréer est donc le seul
remède à la crise de la société
D’où cette conclusion implicite :
Les femmes, dont la fonction naturelle et instinctive est de procréer, assurent l’équilibre de la société en assumant cette fonction, donc, celles qui refusent de l’assumer mettent en péril l’équilibre de la société
S'il est « médiatiquement incorrect de contester aux femmes la possibilité de choisir leur vie », il semble en revanche médiatiquement tout à fait possible et nécessaire de rappeler en douceur que si la laisse s'est allongée, si elle peut se porter avec des strass et le sourire, elle n'en demeure pas moins toujours une laisse sur laquelle on tire de temps en temps pour un bon rappel à l'ordre naturel.
* Citation de la rédactrice en chef du magazine Femina, in Le Matin Dimanche, 06.02.05
** « Beauté » : des rédactrices de magazines féminins encore pires que les publicitaires, par Dominique Caliandro. Publié le dimanche 18 janvier 2004 http://www.acrimed.org/article1449.html
Publié le 06/02/09 par Mademoiselle






Commentaires
Ce texte est bien vu, hilarant -quoique déprimant- et remarquablement écrit.
Enfin de la critique-média digne de ce nom, dégagée de toute fausse-impertinence.
Le "gouvernement des corps", indolore, qui concourt à une pré-socialisation des jeunes esprits, d'autant plus nocive. Pour les plus vieilles lectrices...ne pas se décourager ?...
Requiem "Fémina"
Incisivement et viva la Rédaction tripière !
Viva !
Merci Modale !
Tripièrement,
Mlle S.
La propagande pour la foi religieuse procède parfois du même schéma d'opposition : d'un côté le "bonheur", la "joie", "l'accomplissant" pour qui "accepte" la loi de Dieu comme on accepte la pesanteur, de l'autre la "souffrance", le "désespoir", le "vide" pour qui refuse de "marcher dans le chemin de Jésus-Christ".
Cet article est excellent.
C'est parce que la presse dite "féminine" le vaut bien...
"Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont des sophismes". "Poésie" d'Isidore Ducasse...
On peine à trouver d'autres qualificatifs que le riche vocabulaire qui tourne autour de la merde pour qualifier, non pas la presse féminine que je connais fort peu, mais l'abyssale bêtise de la rédactrice suissesse...
Notre expression libre et entière n'existe pas encore, prenons avec courage cette vérité, ne nous enlisons pas dans un discours dont le pouvoir du formatage de notre expression vise à maintenir une forme du maintien de la place de chacun et de chacune. Soyons conscientes que le poids de notre inconscient collectif nous fait croire que le discours masculin est vérité première, reléguant le discours féminin au 2ème plan malgré notre volonté consciente du contraire (Nous sommes dans une société patriarcale) ne l'oublions pas ! Cela nous aidera Nous les Femmes a franchir un obstacle de plus vers la réelle expression de la Femme dans son identité profonde, dans sa progression identitaire pour sa reconnaissance au combien justifiée. Bon courage à nous Toutes.
Bienvenue Mabrodie !
En te lisant, je tique sur plusieurs points, je pense que la lecture des autres billets de ce blog te confirmera que nous ne faisons pas dans l'essentialisme ici... Donc La Femme, son identité profonde, nous n'y croyons pas, qui plus est, nous ne souhaitons absolument pas qu'émerge une reconnaissance de cette dernière... Cette féminité soit disant naturelle dont nous devrions être fières, c'est justement ce que contribue à réaffirmer constamment la presse dite féminine...
Je trouve cela d'ailleurs curieux que tu puisses à la fois dénoncer "un discours dont le pouvoir du formatage de notre expression vise à maintenir une forme du maintien de la place de chacun et de chacune" et ensuite espérer que la place de La Femme soit enfin reconnue. J'y vois une contradiction, pas toi ?
Si l'essentialisme implique une fierté c'est à l'unisson de manipulations d'ordres guerrières. Il y a dans la poésie de Ginsberg par exemple un essentialisme d'une autre nature. Il n'est pas porté sur la séparation des genres mais sur la communion généralement humaine. "Holy the cocks of the grand father in Arkansas".
C'est cette frontière ténue entre ces deux essentialismes d'où vient une confusion ou un malentendu qui nous a souvent séparé Mademoiselle et moi. L'un parfois démesurément "idéaliste", l'autre parfois outrancièrement "cynique". Nous ne sommes pas naïfs, nous poussons tous deux nos logiques respectives.
Excuse moi, je dois être bête mais je ne comprends pas ce que signifie "la communion généralement humaine".
C'est moi qui suis bête. Tout le prouve...
Il y a particulièrement deux affirmations dans l'article de Femina qui éveillent chez moi eux contre-arguments:
- les femmes sans enfant sont immatures et égoÏstes, alors que souvent elles sont justement dans une intellectualisation et un recul par r/r à la maternité, donc un dépassement de l'égo (responsabilité de donner la vie dans un contexte pas forcément favorable, futur angoissant etc...), contrairement à beaucoup de mères qui font des enfants pour donner un sens à leur vie (et que l'être humain qui résulte de cette pulsion se démerde). Quant bien même donner la vie serait "instinctif" comme ce genre d'articles veulent nous faire croire, je ne vois pas en quoi céder à son instinct animal serait une preuve de maturité et d'altruisme.
Bien au contraire.
- de croire que les enfants consolident le couple. Pourquoi nier tous ces enfants " de la dernière chance" dont les parents ont divorcé un an après leur naissance ? Les femmes se retrouvent alors plus ou moins seules à assumer, alors qu'elles sont beaucoup précaires.
De toutes façons ce n'est pas une question de maturité, mais le fait qu'on parle de maturité, suivant ainsi le schéma voulant que plus une femme se soumet à ce qui est présenté comme sa destinée biologique, plus elle l'accepte, plus elle est reconnue -on se demande par qui....- comme mature. (le parallèle avec Freud et le plaisir dit vaginal vs clitoridien est d'ailleurs frappant).
je commence a devenir accro de votre site...:-) vous deconstruisez parfaitement toute categorie de gerne et devoilez l'aoprpesison derriere...je savais tout cela, mais je n'aurais pas su comment le dire, comment le formuler aussi bien! merci, je revinedrai
Neanmoins, vos verites m'attristent profondement. moi, je me sens en effet en laisse, et je sens sur ma perosnne stout ce que vous dites ici...la liberte vraie est fausse, on peut s'eclater un peu, mais attetnion jusqua 30 max 35 and, apre son est une vieille fille rate, une femme ratee...egoiste, nevrosee, oui... on reste une femme enfant si on ne decide pas un jour de procreer...ou meme d'etre enc ouple hetero monogame...vous n'avez pas parle directement de sexualite, ici...la sexualite feminine fait peur depuis toujours. si elle n'est pas canalisee via la maternite, elle deviant deovrante, destabilisante...et donc condamne...incomprise dnas le meilleur des cas...a l'heure des scandales faits pour le port de la burqa en France, on se rend compte que nos burqs occidentales sont en effet transparentes, mais pas moins lourdes. Merci encore.
Bonjour Mademoiselle,
tout d'abord, merci pour cet article très recherché et intéressant. Je suis d'accord avec toi, les mentalités sont beaucoup trop figées et surtout le fait de dire que "le désir de maternité est biologique" n'est autre que le désir des hommes pour nous faire "assumer" nos rôles idéalement féminin pour eux. Bon, je dis les hommes, mais certaines femmes partagent également cette idée. Et je trouve ça complètement absurde qu'ils nous poussent à nous sentir coupables parce qu'on ne veut pas procréer (ou pire : élever son gosse).
Cela dit, les dernières réflexions que j'avais en tête par rapport au positionnement des hommes (ce n'est pas une tentative d'excuse, loin de là, mais il est très important de voir toutes les facettes d'un problème pour pouvoir mieux le comprendre et ainsi tenter de mieux le résoudre
) m'a été très inspiré du livre d'Elisabeth Badinther "XY de l'identité masculine" que je lis en ce moment ^^
Cela dit, il y a cette différence biologique avec l'homme qu'à partir d'un certain âge on ne soit plus dans la possibilité de faire des enfants (à moins qu'on congèle nos ovules...? mais je ne suis pas assez la médecine pour vous dire si c'est le cas et si ce le sera un jour...), ce qui contribue à nous foutre la pression. En effet, l'homme a cet avantage que même s'il ne veut pas d'enfants à 30 ans, il sait que s'il en veut à 70 il ne sera pas dans l'impossibilité de le faire. C'est une triste réalité de la vie : parce qu'on est née femme on a biologiquement des contraintes que l'homme n'a pas, ce qui a par ailleurs contribué à la construction des règles sociales d'une certaine manière selon l'environnement habité etc... Ainsi, ce n'est pas jamais UNE idée à changer, mais des milliers, et tout un système à revoir, parce que justement, c'est fait pour les hommes, ce qui nous obligent à suivre leur pas si on veut les mêmes chances qu'eux (et encore...), parce que eux ne se plieront jamais à nos besoins.
Je ne dis pas que les hommes sont à blâmer, ou la société à prédominance machiste. Il ne faut juste pas se laisser piétiner, et il ne faut pas apeurer les hommes ni en avoir pitié. La Femme est un individu à part entière, et toutes ses actions naturelles en accord avec son être font d'elle une Femme, sans parler des stéréotypes qui ne sont que créations aléatoires et intéressées de la société.
Ainsi, être mère est un stade mais non un aboutissement. De plus, si quelqu'un pense qu'une femme ne devient femme que quand elle devient mère c'est qu'il n'a rien comprit à l'identité de la Femme en elle-même. Et je parle également des femmes qui deviennent mères dans ce but. On ne peut devenir mères ou épouses pour ne plus être filles, car ça signifiera alors que leur stade antérieur n'est même pas encore abouti et qu'elles sont dans un autre rôle pour les mauvaises raisons.
Forcément, avant, c'était comme ça. Mais parce que la femme était comme un enfant ou comme un animal : elle n'était pas intelligente, pas dépendante, n'avait pas d'identité, n'avait pas de poids (avoué) dans la société et ne servait à rien d'autre qu'être au service de l'homme. Le remue-ménage des catégories sociales ne date pas d'hier, mais quand nous on change nos statuts, l'homme les change aussi. C'est pourquoi il se raccroche aux seules ficelles qu'il connaît pour essayer de retrouver sa masculinité.
En effet, homme et femme se sont construits socialement en opposition constante. Maintenant que la femme PEUT faire les mêmes choses que l'homme, ce dernier tente encore de marquer les différences. Parce si être femme c'est faire les choses de femme et d'homme, que fait l'homme pour être homme ?
Bon, je crois que je vais m'arrêter là, je ne vais pas non plus écrire un deuxième article ^^ En plus, je me suis arrêtée net dans mon commentaire parce que je ne savais pas quand j'allais finir mon développement ^^' Mais c'est un sujet qui comprend tellement de choses !... Encore merci pour nous l'avoir fait partager
Voilà, encore désolée d'avoir tant écris sans être arrivée à une conclusion, et merci pour ce blog !
Merci les entrailles. On se sent moins seuls depuis qu'on vous lit.
Et puis on discute, c'est stimulant (je me rends compte qu'alors que, en couple depuis pas mal d'années, et alors que je n'ai jamais ressenti l'envie d'avoir des enfants et mon conjoint non plus, je ne peux pas m'empêcher d'ajouter quand on évoque le sujet avec des amis : "mais sûrement dans quelques années, bien sûr, j'en voudrai", uniquement pour être dans la norme.).
On se croit vigilant, et puis parfois on se laisse aller. Alors lire les entrailles, ça rend aussi plus exigeant.
Et puis ça fait du bien de lire tous les jours, comme une évidence, que le privé est politique. Bien sûr que c'est une évidence, mais on finirait par l'oublier, à Bibaland.
Bravo. Il n'y a rien à ajouter à cet excellent article. Venant d'une région (les DOM) ou la réassignation des genres aux rôles qui leur sont traditionnellement attribué est particulièrement sévère ("Une fille est faite pour faire des enfants et doit obéir à son mari ! Un graçon, ça ne pleure pas, na" et toutes ces conneries) je ne peux qu'applaudir à cette mise en pièces de l'ordre patriarcal.
Oui , on peut être femme sans être obligé d'être mère.
Il est cependant navrant qu'on soit obligé, en plein XXIe siècle, de rappeler cela.
J'adore cette dissection des mags féminins, particulièrement l'emploi généralisé du "on" qui résonne un peu comme une colonie de vacances ou un cours d'aérobic : "allez on fait ceci on fait cela" ... et aussi le fait d'employer les prénoms alors que toutes ces histoires sont complètement inventées par les journalistes et autres psys afin de donner de l'authenticité à leur volonté d'imposer. c'est vraiment la main de fer dans le gant de velours. ça me fait du bien de lire aussi précisément, que je ne suis pas seule à pas être dupe, même si je serais incapable (pas la patience !) de l'analyser et le décrire aussi finement que toi.
Bonjour et merci pour cet excellent article ! Pouvez-vous me donner la référence du n° de Féminin Psycho en question ? J'aimerais pouvoir me le procurer pour voir ces 2 articles !
Merci
@elise : merci. Je cherche dans mes piles de magazine et je te le donne.
Je pense qu'il pourrait s'agir du n°27 de février 2006, mais je n'ai accès qu'à la couverture...
En fin de compte, c'était bien rangé, donc plus rapide que prévu.
Alors, il s'agit du Féminin psycho n°27, de février 2006. (l'article que j'ai écrit date un peu, donc... mais rassure toi Lafâme, rien n'a changé depuis.)
Sur la couverture, Hélène de Fougerolles y brâme qu'il faut dire à ses proches qu'on les aime.
Le dossier, analysé dans l'article, va de la page 108 à la 114.
Ah, j'avais pas vu le comm d'avant. Oui, donc il s'agit de celui là.
Super, merci ! Je l'ai trouvé à vendre sur Internet, je vais le faire étudier par mes élèves pour éveiller un peu leur sens critique !
Cet article tombe à pic : je vais l'envoyer à beaucoup de monde, car en ce moment, je m'inquiète en écoutant bon nombre de mes amies dire "l'horloge biologique tourne", d'ailleurs à n'importe quel âge je trouve cette idée ridicule ! sommes-nous en train de courir après le chapelier telle Alice au pays des emmerdes ? à la mode cette année : mes amies ont entre 25 et 30 ans et se sentent obligées et déclarent vouloir se "poser" et "enfin" fonder une famille, comme si c'était obligatoire, dans l'achèvement total de la quêêêête de la féminité. Débat bientôt sur l'instinct maternel ? oh oui ! je peux peut-être comprendre ce qu'est l'instinct animal ( et encore) mais l'instinct maternel c'est vraiment la foutaise totale...ça a été construit pour laisser mitonner les femmes à la maison, faire le ménage, la cuisine et se réjouir que leur petit dernier a perdu sa première dent de lait ou que machine va s'inscrire à son premier cours de judo et que bidule récite tellement bien sa récitation
tout en oubliant de construire leur vie sans que ce soit forcément la vie de famille, juste pour combler le videc'est d'un rasoir ! et le jules qui est tellement bien sur la photo la seule fois où il a changé les couches... "magique" ou "bizarre", c'est sacrément palpitant. J'attends votre prochain article avec impatience Mademoiselle !!@screugneugneu : Merci. L'horloge biologique, effectivement, c'est le reprivatisation du politique par la nature. Le cri de l'utérus au fond du bois, ça marche bien. Et ça me flingue d'entendre des amies sociologues en causer comme une d'évidence. De quoi se demander à quoi ça sert que Ducros il se décarcasse ?